© INTERNEThibaut est un Français expatrié à Chicago, étudiant en MBA à la Kellogg School of Management. Tout au long de la campagne électorale américaine, vous retrouvez ses impressions, ses critiques et ses anecdotes, recueillies par la rédaction. Pour sa troisième intervention, ce jeune père de 32 ans observe que les démocrates qu'il côtoie semblent de plus en plus consternés par la tournure de la campagne et pessimistes sur l'issue de l'élection.
J’ai eu l’occasion d’écouter plusieurs interventions de Bush et de Kerry et cela renforce mon opinion sur le fait que Kerry n’a pas su créer un lien affectif avec la population ; les démocrates voteront pour lui faute de mieux. D'ailleurs, ils commencent à avoir l’habitude. Bush lui, s’il est détesté par certains, reste adoré par d’autres. Et très franchement, je trouve qu’il est "bon" dans ses meetings. Je pense qu’il va finalement l’emporter en novembre. Quant à celui que je préfère, je garderai cela pour moi : "invité" sur le territoire des Etats-Unis, je m’impose, disons, un devoir de réserve.
Mauvaise information et image sympathique renforcent le succès de Bush
Néanmoins, pour comprendre le succès de Bush, deux constatations s’imposent : tout d’abord la plupart des Américains, hors des grandes métropoles, sont très mal informés ; l’essentiel des news sont locales et nationales, mais très peu internationales. Pour l’anecdote, je n’ai entendu parler de la France qu’une seule fois, lors de la grève des employés de la Tour Eiffel la semaine dernière ! Les infos sont présentées brutes, sans réel éclairage pour pouvoir les appréhender. Il faut également comprendre que critiquer la tournure que prend la guerre et mettre en doute les choix stratégiques du président peuvent ici être facilement qualifiées de remarques "anti-américaines".
Et puis l’Américain "moyen" s’identifie facilement à un président qui aime se reposer en jeans dans son ranch et défend les valeurs familiales et traditionnelles. A l’opposé, Kerry apparaît comme l’intellectuel, proche des riches familles de la côte Est, cultivé et francophile, ce qui n’est pas une qualité en ce moment.
Bush renforcé par les assassinats d'otages
En ce qui concerne les récents assassinats d'otages américains, très paradoxalement, ce type d’acte terroriste ne fait que renforcer le discours de Bush : "Voyez tous ces terroristes irakiens que nous sommes allés combattre avant qu’ils ne soient eux-mêmes venus nous faire du mal aux USA". Plus la situation est tendue, plus la posture naturelle est de s’aligner derrière le Commandant en chef. Je crains donc que les "swing states" ne suivent Bush, dans une certaine mesure, par réflexe.
L'autre jour, j’ai regardé une conférence de presse de Kerry lors d’un déplacement en Floride : il a été très virulent contre Bush lors de son "speech" puis a répondu aux questions des journalistes. Et là, il a été littéralement harcelé sur sa position concernant l’Irak. Il était obligé de répéter en permanence que oui, il soutenait les boys, que oui, il faut pourchasser les terroristes et que oui, le monde est mieux sans Saddam Hussein. Sa position consistant à dire qu’il fallait, grosso modo, faire la même chose mais, grosso modo, sans se fâcher avec toute la planète, est difficile à faire passer : à tel point que dans ces moments-là, Kerry parle très lentement afin de choisir ses mots avec précaution.
De l’avis général, toutes les attaques "négatives" entre les deux camps, sont consternantes et empêchent les candidats d’aborder les vrais sujets ; ceci étant dit, la plupart des gens préfèrent ergoter sur le pseudo passé militaire de Bush -moi le premier- que sur la réorganisation de la protection sociale. Enfin, je n’ai pas constaté beaucoup d’engouement pour les prochains débats. Les démocrates qui m’entourent commencent à croire à la défaite de Kerry et sont totalement… consternés !
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