© INTERNELe renouvellement partiel du staff de John Kerry, opéré au début du mois, est déjà visible sur le déroulement de la campagne du candidat démocrate. Après la polémique sur ses états de services au Vietnam, le sénateur du Massachusetts avait dans un premier temps envisagé de consacrer l'automne à la situation économique. L'arrivée de nouveaux conseillers, vétérans de l'ère Clinton en majorité, a changé la donne : John Kerry s'est recentré sur l'Irak. Et se montre désormais beaucoup plus agressif sur le sujet, avec une vision totalement opposée à celle de George W. Bush.
Mercredi, le New York Times titrait ainsi "deux vues de l'Irak, deux campagnes". Il est vrai que les derniers discours des deux prétendants à la Maison Blanche décrivent, pour l'un, un pays sombrant dans le chaos, pour l'autre, une nation se dirigeant vers la démocratie. Lundi, John Kerry, dans son intervention la plus virulente, avait dressé un tableau lugubre de la situation, accusant son adversaire de l'avoir créée par les "erreurs colossales" de son administration depuis le déclenchement des hostilités en avril 2003. "Nous savons qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive, qu'il n'y avait pas de liens avec Al-Qaïda, qu'il n'y avait pas de menace imminente" a-t-il également soutenu, affirmant que "dans de telles circonstances", il n'aurait "pas lancé l'Amérique dans la guerre". Une vision 100% opposée à celle développée par George W. Bush mardi devant l'assemblée générale de l'ONU. Loin du "chaos", le président sortant estime que "les Irakiens sont sur la voie de la démocratie et de la liberté".
Le premier débat très attendu
Cette radicalisation des points de vue pourrait s'amplifier dans la dernière ligne droite avant le scrutin du 2 novembre. Le camp démocrate compte concentrer ses attaques sur la gestion "arrogante et incompétente" de la crise depuis la chute de Bagdad. L'équipe républicaine devrait quant à elle faire valoir que Saddam Hussein serait toujours là si Kerry avait été au pouvoir.
Reste à savoir si la mise en avant de l'Irak aura des conséquences sur le vote des indécis. Le camp Bush estime que focaliser le débat sur le sujet est positif pour le président, malgré les pertes. Cela aurait en effet l'avantage de démontrer une nouvelle fois que l'Amérique a besoin d'un vrai chef incontesté, une garantie que n'offrirait pas John Kerry. Mais les critiques émises par plusieurs sénateurs républicains, dont John McCain, démontrent que cette tactique est risquée. Un risque pris également par John Kerry s'il n'arrive pas à contrecarrer les attaques sur ses changements de position. Le premier face-à-face télévisé du 30 septembre, consacré à la politique étrangère, s'annonce donc particulièrement intéressant.
(photo d'archives : un soldat américain à Falloujah)
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