© MoveOn"Anybody but Bush" ("N’importe qui sauf Bush"). Le message des "libéraux" américains est simple, voire simpliste. Pour le public européen, Michael Moore en est le symbole depuis l’obtention de sa Palme d’or à Cannes pour Fahrenheit 9/11. Outre-Atlantique, ses idées sont surtout relayées et mises en scène par MoveOn, une galaxie d’activistes de gauche utilisant Internet à la fois pour se développer, récolter des fonds et faire campagne contre George W. Bush.
Six ans après sa création, avec deux millions de membres, MoveOn s’affirme aujourd’hui comme l’un des plus importants groupes de pression du pays. Sa naissance remonte à l’affaire Lewinsky en 1998. Exaspérés par la dimension de l’affaire, un couple de riches entrepreneurs de
La claque Howard Dean
Après le 11 Septembre, Eli Pariser, tout juste diplômé du Simon’s Rock College de Bard, dans le Maine, lance MoveOn Peace, où il plaide pour une réponse mesurée aux attentats. Là aussi, sa pétition récolte des centaines de milliers de signatures, comme celle déclenchée deux ans plus tard lors de la guerre en Irak. Logiquement, Blades, Boyd et Pariser se rejoignent. Ils s'engagent alors dans l’action électorale pure, en créant notamment MoveOn PAC (Political action committee), en soutenant et en finançant des candidats proches de leur philosophie. Les frais de fonctionnement limités –quatre permanents seulement pour faire tourner la machine- permettent de garder le maximum de dollars pour le terrain. Courant 2003, ils se retrouvent dans le projet de Howard Dean, l’un des candidats à l’investiture démocrate. La claque reçue par ce dernier lors des primaires montrera néanmoins les limites de MoveOn, qui, selon ses détracteurs, prêche uniquement des convaincus.
Mais il en faudrait plus pour stopper MoveOn dans son combat anti-Bush. Sans afficher un soutien explicite et entier à John Kerry, MoveOn entend peser dans la campagne. Son trésor de guerre lui permet ainsi d’acheter de l’espace publicitaire pour délivrer ses messages anti-Bush –en janvier dernier, le refus de CBS de diffuser un spot à la mi-temps du Super Bowl avait créé une polémique très profitable à l’organisation. Son plus beau coup jusqu’à présent : avoir rassemblé les grandes stars de la musique américaine. Ben Harper, Pearl Jam, Bruce Springsteen ou encore REM vont ainsi s’embarquer à la fin du mois dans le "Vote for change tour" ("La tournée pour le vote du changement"). Délaissant les grandes villes, la caravane musicale s’arrêtera essentiellement dans les "swing states", ces Etats dont le choix sera décisif le 2 novembre.
Kerry, les indécis et MoveOn
De son côté, John Kerry prend plus ou moins ses distances avec MoveOn. Le candidat démocrate, qui mène une campagne en partie axée sur les électeurs indécis du centre, sait que le côté engagé de ces activistes pourrait lui valoir quelques désagréments. Les stratèges de Bush auraient en effet vite fait de l’assimiler à ceux qu’ils présentent comme des gauchistes.
Le sénateur du Massachusetts s’appuie néanmoins parfois sur le réseau. Dernièrement, il s’est par exemple attaché les services du documentariste Errol Morris. Ce dernier a réalisé un spot télévisé où des électeurs qui ont changé de camp depuis 2000 expliquent leur décision. Et comment le réalisateur a-t-il recruté ses ouailles ? En passant une annonce sur les forums de MoveOn.
(photo DR : image de l'un des spots télévisés de MoveOn)
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