machine electronique gros plan usa 2004 voteMachines à carte perforée toujours en vigueur, bornes électroniques pas encore au point, enregistrement et identification des électeurs laissant à désirer, difficulté pour les Américains de l'étranger de faire parvenir leur vote : comme il y a quatre ans, le scrutin présidentiel du 2 novembre pourrait encore réserver de mauvaises surprises, notamment en Floride. La mise en garde, sérieuse, est relayée à la fois par Jimmy Carter et l'Organisation de la Sécurité et de la Coopération en Europe, chargée par l'administration Bush d'enquêter sur les conditions de vote.
Pourtant, pour éviter une telle situation, le Congrès avait adopté en 2002 le "Help America Vote Act" (HAVA). Son objectif était d'aider les Etats à établir des listes électorales précises et à moderniser et uniformiser les procédures de vote –il en existe cinq actuellement-, avec pour horizon la présidentielle. Mais sa mise en service s'est révélée beaucoup plus longue que prévue. Résultat : les systèmes diffèrent toujours selon les Etats, et même selon les différents comtés d'un même Etat. Et à un mois de l'élection, l'inquiétude grandit outre-Atlantique.
Un e-voting encore loin d'être au point
Premier débat : la technologie, avec notamment les machines électroniques à écran tactile, qui devrait représenter environ 30% des votes. Censées éviter tout problème, "leur fonctionnement pourrait", au contraire, "causer de nombreuses contestations en cas d'élection serrée" selon l'OSCE. La plupart ne délivrent en effet aucun bulletin de secours en papier pour un éventuel recomptage. Le logiciel utilisé ne serait aussi pas à l'abri de bugs -144 000 suffrages ont été exprimés pour 19 000 inscrits dans une élection locale en Indiana-, d'un trucage, voire d'un piratage. Et la proximité des sociétés assurant la maintenance avec le camp républicain est loin de restaurer la confiance des sceptiques.
Résultat de ce déploiement effectué à reculons : le système à carte perforée, à l'origine de nombreuses contestations il y a quatre ans, devrait toujours être utilisé par environ 12% des électeurs. Et source de batailles si l'un des deux camps –ou les deux- exige un recomptage manuel.
Rayé à tort, inscrit deux fois
Deuxième débat : l'identification et l'enregistrement des électeurs. On se rappelle qu'en 2000, nombre d'entre eux, supposés acquis au camp démocrate, n'avaient pu voter en Floride car ils ne figuraient plus sur les listes électorales, gérées par une républicaine. Se dirige-t-on vers un bis repetita ? Oui, répond Jimmy Carter. "Récemment, on a tenté de rayer des listes électorales 22 000 Américains originaires d'Afrique (probables électeurs démocrates), mais seulement 61 hispaniques (probables électeurs républicains) en les accusant d'activités criminelles" lance-t-il. Des affirmations évidemment démenties par le gouverneur de l'Etat, Jeb Bush, frère cadet du président sortant.
Là encore, la décentralisation du scrutin entraîne de fait des situations ubuesques. Chaque Etat, voire chaque comté, gère à sa propre manière les listes électorales. Le HAVA prévoit une uniformisation dans ce domaine, mais il n'a pu être mis en place cette année. L'OSCE met donc en garde contre des fraudes, avec des électeurs rayés à tort, ou, au contraire, inscrits à plusieurs endroits. L'installation d'urnes provisoires pour permettre aux non-inscrits de voter pourrait aussi être sujette à de nombreux recours. Chose encore plus incroyable : on peut parfois voter sans présenter de justificatifs d'identité.
Par fax et sans isoloir
Dernier problème : les modalités du vote par correspondance. Environ 3,7 millions d'électeurs sont expatriés, auxquels viennent s'ajouter 1,4 million de militaires. Les premiers ont toutes les peines du monde à s'enregistrer sur le site internet du Pentagone, "au point parfois de renoncer" comme le déplore le New York Times. Et l'envoi du bulletin par la poste, loin de garantir l'indépendance de choix, est tellement compliqué que plusieurs milliers d'enveloppes devraient arriver à destination après le 2 novembre.
Les militaires peuvent quant à eux envoyer leur suffrage par courrier, voire par fax comme leur recommande la hiérarchie. Mais beaucoup craignent cette procédure : ils n'ont en effet pas d'isoloir et le secret de leur choix est totalement levé. Or si les officiers votent généralement républicain, il semble que la base penche du côté de Kerry...
(photo : une machine de vote électronique)
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