
Ils seraient 10 000 côté démocrate. Dans le camp adverse, on préfère taire leur nombre pour entretenir le suspense. Les candidats à la présidentielle ont beau accorder leur confiance au système électoral américain -John Kerry l'a répété lundi sur la chaîne NBC, ils ont préféré appliquer à la lettre le principe de précaution : ils ont engagé une armée d'avocats prêts au combat juridique pour préparer un éventuel lendemain de scrutin difficile. Le staff Kerry a ainsi fait savoir qu'il envisage de dispatcher un juriste dans chaque circonscription électorale pour surveiller le vote et que cinq équipes sont prêtes à superviser un éventuel recomptage des voix.
Pourquoi une telle crainte de voir le cauchemar d'il y a quatre ans se répéter ? Tout d'abord, l'issue du vote apparaît extrêmement serrée. Cela laisse donc présager de nombreuses contestations et opérations de recomptage. Le second se fonde sur des dysfonctionnements déjà observés. Tous les regards se tournent vers la Floride, point de départ du scandale de la précédente élection. Plusieurs actions en justice ont d'ores et déjà débutées sur le déroulement du scrutin. Les plaignants dénoncent des irrégularités et des pannes de système dans le processus de vote anticipé ou celui, par correspondance, des expatriés et des militaires.
Pas de trace
Mais c'est le système de vote qui cristallise les craintes. Beaucoup font remarquer que les anciennes machines à perforation, à l'origine de la polémique de 2000, sont toujours présentes dans certains comtés. Pour pallier ces problèmes, le Congrès a décidé de renouveler le système, à hauteur de 3,9 milliards de dollars. Mais dans le "Sunshine State", Etat clé pour la victoire avec ses 27 Grands électeurs, la mise en place de machines électroniques ne s'est pas faite sans heurts. Ces machines à écran tactile ne délivrent pas de reçu, pourtant seule preuve pour l'électeur de la prise en compte de son vote. Sachant également que, sans ce dernier, un décompte des voix post-élection s'avère impossible, plusieurs actions en justice ont été menées pour que cette technique soit déclarée anti-constitutionnelle. Mais un juge fédéral de Floride, saisi par un représentant démocrate, a rejeté la demande de doter les machines d'imprimantes. Selon lui, elles ne violent pas, en l'état actuel, la loi électorale.
L'ancien président Jimmy Carter, lui-même responsable de nombreuses missions de surveillance électorale dans le monde, a toutefois affirmé que "les conditions de base (…) n'ont pas été réunies (…) pour assurer un vote équitable dans cet Etat-clé." Quant aux observateurs internationaux, certains dénoncent qu'ils ne sont toujours pas les bienvenus dans plusieurs comtés d'Etats indécis. Une chose demeure certaine : cette polémique sur les machines sans imprimante pourra éclater plus fortement sur le terrain juridique dès le lendemain de l'élection en cas de bataille sur les résultats. La seule solution pour que l'Amérique se réveille le 3 novembre avec un nouveau président reste une participation sans équivoque. Les candidats l'ont compris et mobilisent leurs troupes tous azimut à cet effet.
(photo : une machine de vote à écran tactile)
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