Bush ou Kerry, l'Amérique décide

Par , le 02 novembre 2004 à 12h21 , mis à jour le 02 novembre 2004 à 17h58

Depuis midi, heure française, les Américains choisissent leur nouveau président. L'élection s'annonçant serrée, il n'est pas certain que le nouveau locataire de la Maison Blanche soit connu dès la fermeture des bureaux de vote, demain matin à 5h.

Election US 2004 : dans un bureau de vote à New York (AFP)

150 millions d'électeurs environ –sur une population estimée à 290 millions d'habitants-, deux grands candidats, une myriade de "petits" candidats (notamment Nader et Badnarik), une dizaine de "key states" sur 50 Etats, des armées d'avocats présents dans les bureaux de vote : l'Amérique se rend aux urnes aujourd'hui pour arbitrer la bataille entre John Kerry et George W. Bush. Les premiers bureaux de vote ont ouvert à midi, heure française, dans plusieurs Etats de la côte Est, notamment New York et la Virginie. Décalage horaire oblige, les autres Etats ont suivi chacun leur tour tout au long de la journée.

 

Le vote sera clos dans l'Indiana à minuit, avec les premières estimations quelques minutes plus tard. Les autres Etats suivront dans la foulée. A 1h, le New Hampshire (4 Grands électeurs) et surtout la Floride (27 Grands électeurs) seront les premiers "battleground states" à livrer leur verdict. L'Ohio (20 Grands électeurs) est attendu à 1h30, la Pennsylvanie (21 Grands électeurs) et le Michigan (17 Grands électeurs) à 2h. A 5h, avec les résultats de Californie, d'Oregon, de Washington et d'Hawaï, le nouveau président des Etats-Unis sera en principe connu -ayant retenu la leçon de l'an 2000, les chaînes de télévision ont néanmoins promis de respecter le principe du "too close to call", c'est à dire ne pas donner d'estimations si le scrutin est très serré. Le résultat de l'Alaska (à 7h), acquis à Bush, ne devrait ensuite pas changer la donne.

 

Gagnant en voix, perdant aux Grands électeurs ?

 

A l'issue d'une campagne jugée "ignoble" par beaucoup d'observateurs, dégager un favori est loin d'être aisé à la lecture des derniers sondages. Totalement contradictoires, ils donnaient les deux prétendants à la Maison Blanche, tantôt gagnant, tantôt perdant selon les jours et les instituts. Il est vrai que le nombre de nouveaux inscrits sur les listes électorales complique les choses : personne ne sait pour qui ils vont voter. En revanche, on s'attend à une forte hausse de la participation, généralement à peine supérieure à 50%. Le pic atteint en 1960 entre Kennedy et Nixon (62%) devrait être atteint, voire battu.

 

Un bis repetita du scénario de 2000 n'est donc pas à exclure : comme Al Gore, Bush ou Kerry pourrait arriver en tête du vote populaire, mais second au nombre de Grands électeurs –comme un retournement de l'Histoire, certaines projections prédisent d'ailleurs la mésaventure à… Bush. On pourrait également assister à un scénario rocambolesque où ils seraient à égalité et obtiendraient chacun 269 Grands électeurs.

 

Contestations multiples

 

Ce serait alors la Chambre des représentants nouvellement élue qui désignerait le président. Outre la présidentielle, les Américains sont en effet également appelés aux urnes pour de nombreux autres scrutins. Au niveau national, ils votent ainsi pour le Congrès, en renouvelant la totalité des 435 membres de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Onze Etats choisissent aussi leur gouverneur et de multiples scrutins et référendums locaux (dont 11 sur le mariage gay) sont enfin organisés. Parmi eux, les regards se tournent vers le Colorado. S'il est validé, un référendum d'initiative populaire pourrait attribuer les 9 Grands électeurs de l'Etat à la proportionnelle et non plus selon la règle du "winner takes all" ("le gagnant prend tout"). Le bouleversement pourrait complètement changer la donne de la présidentielle. Le perdant ne manquerait pas alors de contester le résultat devant les tribunaux.

 

Cela viendrait s'ajouter aux nombreuses autres batailles juridiques attendues. Les deux camps s'apprêtent en effet à lancer des procédures sur tous les fronts : la validité des inscriptions sur les listes électorales, la fiabilité des machines électroniques à écran tactile, les dysfonctionnements des machines à carte perforées toujours en service, les modalités de recomptage des voix en cas de faible écart… Bref, il n'est pas certain que l'Amérique se réveille mercredi matin avec son nouveau président.

 

(photo : dans un bureau de vote à New York - AFP)

Par Fabrice Aubert le 02 novembre 2004 à 12:21
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