
William Reymond est journaliste-écrivain. Il a notamment publié "Dominici non coupable" et "JFK, autopsie d'un crime d'Etat". Il a consacré son dernier ouvrage, "Bush Land, 2000-2004", à la politique du président sortant. Il était mercredi l'invité du quatrième et dernier t'chat tf1.fr/Wanadoo consacré au scrutin américain. En voici les meilleurs extraits. Cliquez ici pour en voir l'intégralité en vidéo.
La-fille : Pourquoi avoir écrit "Bush Land" ?
William Reymond : Je vis au Texas depuis 1999 et le personnage Bush m'a fasciné avant même son arrivée à la Maison Blanche. Tout d'abord, c'est un idéologue. Ensuite, un constat venant de France lors de la guerre en Irak : ma famille et mes amis ne comprenaient pas pourquoi je continuais à vivre aux Etats-Unis.
Marathon man : Vous vivez au Texas. Ressentez-vous réellement un sentiment anti-français ?
W.R. : Au Texas, non. J'y vis très bien. Quand je vais faire mes courses, on me pose des questions très intéressantes sur la France. La semaine dernière, je suis allé à Crawford (ndlr : le village où Bush possède un ranch), une personne m'a bien lancé "go home, go home", mais c'était la première fois. En revanche, des amis qui vivent sur les côtes Est ou Ouest ont effectivement vécu un sentiment anti-français. On le ressent en fait surtout dans les médias, notamment sur Fox News, et à la radio.
Bernard : Comment expliquer que les Français, si abstentionnistes, se passionnent pour un scrutin dont ils ne sont pas les électeurs ?
W.R. : Certains Français sont même frustrés de ne pas voter. Les Américains pensent qu'il s'agit de l'élection la plus importante de leur génération, cela déteint logiquement dans le monde. On a conscience que la politique américaine influence la marche de la planète et donc l'impression qu'il s'agit d'une élection mondiale.
"Il y a deux George W. Bush"
Nancy boy : Pouvez-vous détailler le plan de Bush contre la France s'il est réélu. Vous abordez le sujet rapidement dans votre livre.
W.R. : Il y a une volonté de ne pas pardonner à la France son opposition à la guerre en Irak. Elle vient s'ajouter à la croyance de certains membres de l'entourage républicain que la France sera une république islamique dans 50 ans.
L'administration Bush a donc mis en place un plan de mesures de rétorsions pour amoindrir le pouvoir politique français au sein de l'Europe : soutien de l'adhésion de pays alliés aux Etats-Unis (Turquie, pays de l'Est), punitions économiques, punitions politiques en coupant par exemple la transmission du renseignement dans la lutte contre le terrorisme. Plus globalement, l'Europe obsède l'administration américaine qui se demande comment lutter contre son pouvoir tout en la gardant comme alliée. 
"Bush Land (2000-2004)
Flammarion, 20 €-
Chicago : Il me semble que la "stratégie de l'idiot" que vous attribuez à Bush est erronée. Il faisait déjà des bourdes de langage ou de grossières erreurs dans ses premières campagnes au Texas.
W.R. : En France, dire que Bush est intelligent choque les gens. Mais il suffit de regarder le Bush d'aujourd'hui pour se rendre compte qu'il n'est plus celui d'il y a 15 ans. Il faisait alors de très bons discours et de très bonnes interventions, quel que soit le sujet. Son dossier militaire montre aussi qu'il possède un QI supérieur à Kerry et son parcours scolaire est également plus brillant. Il y a donc bien deux Bush : le premier est cultivé et arrogant, l'autre est le président sympa, proche des gens, en jean et santiags.
Mickaël76 : L'extrême droite progresse-t-elle aux Etats-Unis ?
W.R. : Son âge d'or date des années 50-60. En chiffre, elle n'augmente plus. Mais elle a trouvé en Bush un président qui s'adresse à elle en permanence, en mettant en avant les valeurs de la "Bible Belt". Le Bush Land, c'est la prise de pouvoir de cette droite américaine conservatrice et chrétienne avec pour valeurs la famille, la patrie et Dieu. On l'estime à environ 15 à 20% de la population américaine (60-65 millions de personnes). Tous les soirs, elle regarde les chaînes évangéliques. C'est un poids politique étant donné qu'il s'agit de gens disciplinés qui iront voter.
Romain : Bush est-il sincèrement religieux et désireux de "faire le bien" dans le monde ou est-ce de la pure stratégie politique ?
W.R. : Il y a réellement une dimension de rédemption religieuse chez lui. MAIS il ne faut pas nier que c'est également un souci électoral. La stratégie a été mise en place depuis deux ans par son conseiller Karl Rove, pour les élections législatives de mi-mandat. Il s'agit de le faire apparaître comme le représentant de la foi religieuse pour mobiliser les 4 millions d'évangélistes qui se sont abstenus en 2000 et qui ne voteront pas Kerry s'ils se déplacent le 2 novembre.
Bush+a+bush : Si l'élection donne encore lieu à des contestations, la plus grande démocratie du monde en serait-elle fragilisée ?
W.R. : Historiquement, quand un président sortant est candidat, il gagne largement ou il subit une défaite cinglante. Je pense que ce sera le cas cette année et que le résultat ne sera pas serré. Actuellement, les deux candidats ont intérêt à faire croire le contraire afin de mobiliser leurs troupes. C'est également l'intérêt des médias pour faire monter l'Audimat. Mon pronostic ? Si les gens vont voter en masse, Kerry va gagner grâce au travail effectué par ses troupes sur le terrain.
Democratepour+kerry : Pour vous, comment seront les Etats-Unis après l'élection?
W.R : Le nouveau président se retrouvera avec une Amérique divisée comme jamais. L'ignoble campagne qui a été menée laissera des traces. Le président devra essayer d'unifier cette Amérique divisée. Kerry promet un nouveau départ, "a fresh start". Il tentera de mieux expliquer les choses (comité, table ronde) mais il n'y aura pas de révolution sur le fond. Si Bush gagne, il prendra sa victoire comme un chèque en blanc : "j'ai été dans la vérité pendant 4 ans, je vais continuer sur ce chemin". Cela choquera l'Europe.
Monsieur+Cousin : Bush va-t-il nous sortir Oussama en dernier ressort ?
W.R. : C'est la théorie de la fameuse "october surprise", la "surprise d'octobre". On remarque que depuis 3 semaines, les médias parlent tous les jours de Zarquaoui. Il est présenté comme étant pire que ben Laden et responsable de tout ce qui passe en Irak. Donc s'ils arrêtent quelqu'un avant l'élection, ce sera lui. D'ailleurs, la CIA le traque réellement sur le terrain. Mais annoncer sa capture juste avant le scrutin pourrait en fait desservir Bush. Ce serait trop gros et les Américains ne sont pas si idiots.
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