John F. Kerry, le nouveau JFK ?

Par CNRS Thema, le 12 octobre 2004 à 17h24 , mis à jour le 07 octobre 2004 à 15h58

Ils ont les mêmes initiales. John Forbes Kerry est-il l'héritier de John Fitzgerald Kennedy ? Les Américains revivent-ils l'année 1960 ? André Kaspi, président du Comité pour l'histoire du CNRS, dresse le portrait croisé des deux hommes.

kennedy kerry

Ils ont les mêmes initiales : peut-on comparer John Fitzgerald Kennedy et John Forbes Kerry ? Kerry est-il l'héritier de Kennedy ? Les Américains revivent-ils l'année 1960, au cours de laquelle J.F. Kennedy mena une très active campagne électorale et l'emporta, en fin de compte, sur Richard Nixon, le vice-président sortant ? André Kaspi, historien, président du Comité pour l'histoire du CNRS, dresse un portrait croisé de ces deux ténors de la vie politique américaine.

Kennedy était catholique. Kerry l'est aussi. Il y a quarante ans, c'était à la fois un handicap et un atout dans les élections présidentielles. Bon nombre de protestants (1) se méfiaient des "papistes". Il fallait les rassurer. Et bon nombre de catholiques se réjouissaient que l'un des leurs puisse enfin entrer à la Maison-Blanche, comme n'importe quel citoyen américain né aux États-Unis. Aujourd'hui, un Américain sur quatre est catholique. Kerry n'inquiète pas pour ses convictions religieuses, sauf peut-être l'Église elle-même dans la mesure où il a pris parti pour l'avortement.


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Kennedy était sénateur du Massachusetts. Kerry l'est aussi depuis 1984. Pour Kennedy, c'était la preuve qu'il n'avait aucune expérience du pouvoir exécutif. Mais le Massachusetts jouissait d'une réputation flatteuse : un des treize États fondateurs de la République, le berceau des grandes universités comme Harvard (dont Kennedy était diplômé), l'un des hauts lieux du libéralisme à l'américaine (entendons : le progressisme, la volonté de changer la société par l'intermédiaire du gouvernement fédéral).

Kerry n'a guère plus d'expérience de l'exécutif que Kennedy. Mais dans une Amérique qui a beaucoup changé, le Massachusetts passe pour défendre une cause que la majorité des Américains ne soutiennent plus. La libéralisation des mœurs, l'opposition à la peine de mort, la défense de l'environnement, l'extension de la sécurité sociale, voilà autant de thèmes que rejette l'autre Amérique, celle qu'incarne George W. Bush. Kerry doit recentrer son discours, au risque de décevoir quelques-uns de ses partisans.

De la guerre froide à la guerre contre le terrorisme

Kennedy était un homme jeune, marié à une très jolie femme, avec des enfants en bas âge. Sa famille, d'origine irlandaise, disposait d'une immense fortune. Lui-même, avait été un héros de la guerre du Pacifique et se vantait, parfois exagérément, de ses exploits militaires. Kerry a 61 ans. Son épouse Teresa, l'une des femmes les plus riches des États-Unis, est la veuve du sénateur H. John Heinz qui possédait notamment la marque Ketchup. Ancien combattant du Vietnam, Kerry fut trois fois décoré avant de s'opposer à une guerre qu'il avait connue de très près. Son talent oratoire laisse à désirer. Ses positions politiques sont parfois trop nuancées, incertaines et changeantes. Ses propositions pour revivifier l'économie, pour sortir de la guerre d'Irak, pour réformer la société ne manquent pas d'intérêt, mais elles sont toujours mal connues des Américains, tout comme sa personnalité laisse perplexes bien des électeurs. En 1960, la guerre froide battait son plein. Aujourd'hui, la guerre contre le terrorisme impose d'autres choix, d'autres méthodes, d'autres objectifs.

John Kerry exprime son admiration pour John Kennedy. Il l'a rencontré dans sa jeunesse. Il bénéficie depuis de longues années du soutien du sénateur Ted Kennedy. Cela fait-il de lui pour autant un second Kennedy ? Il fait campagne avec d'autant plus de détermination que sa candidature est soutenue par tous ceux qui détestent George W. Bush. Est-ce suffisant pour qu'il devienne le 44e président des États-Unis ?

1/ George W. Bush est protestant

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(photo-montage : John Fitzgerald Kenney, à gauche ; John Forbes Kerry, à droite)

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