mosaïque des quatre grands témoinstf1.fr : Qu'avez-vous pensé de ce dernier débat ? Qui a été le meilleur selon vous ? Bush, Kerry ou match nul ?
Thibaut : Kerry vainqueur par K.O. !!! Le débat a commencé comme un combat de boxe avec une série d’uppercuts dont Bush ne s’est jamais remis. Il a désespérément cherché à s’attirer les faveurs du public en faisant de l’humour, mais rien n’y a fait. Kerry n’a pas relâché la pression au cours de ces 90 minutes. Il a alterné les attaques frontales et d’autres attaques plus subtiles, félicitant le président sur un point de détail, pour aussitôt l’attaquer sur le reste de sa politique.
Bush a cependant été assez émouvant à la toute fin du débat en parlant de sa famille, plaisantant même sur le fait que la Première Dame parlait mieux l'anglais que lui. Ce qui est, malheureusement pour lui, absolument vrai...
Patrick : Selon moi, ce débat se situe trop près du précédent. Il y a eu moins d'une semaine entre les deux, ce qui le rend moins significatif. Bush paraissait meilleur que Kerry dans le sens où il est apparu plus à l'aise, souriant, etc. De son côté, Kerry, comme toujours, a mieux répondu aux questions, de façon détaillée et a semblé plus compétent. Donc, à mon avis, Kerry a gagné le débat sur ce point. Les sourires de George Bush semblaient faits exprès et ne montraient pas d'émotions sincères.
Alex : Ce dernier débat était très intéressant parce que les candidats ont parlé des questions d'emploi et de santé. Ce sont des sujets qui touchent beaucoup d'Américains, qui sont nombreux à être chômeurs depuis deux ou trois ans. Selon moi, John Kerry a été le meilleur. Bush n'a aucun plan sur l'économie et la santé. Il accuse le sénateur d'être un libéral qui va augmenter le déficit de notre pays. C'est toujours la même histoire avec les républicains. Pour eux, ce n'est pas grave de dépenser 0 milliards dans un erreur : l'Irak. Mais attention, il ne faut surtout pas dépenser de l'argent pour permettre aux Américains de mieux s'éduquer ou pour les aider à avoir une assurance maladie. Bush veut tout privatiser. Mais la question est qu'un chômeur aux USA ne peux pas se soigner, il n'a aucune assurance.
Vince : Selon moi, il y a eu encore une fois essentiellement un match nul. Chaque candidat a balancé les chiffres qui allaient avec leurs programmes. En revanche, comme précédemment, sur le terrain du style, John Kerry a gagné. Si l'aisance devant la caméra et l'apparente facilité avec lesquelles un candidat donne ses arguments influencent le vote, John Kerry a eu l'avantage, bien que très léger. Le sénateur était certainement plus lisse mais le président est apparu plus réfléchi dans ses réponses.
tf1.fr : Les questions économiques et sociales étaient très attendues. A votre avis, quel candidat a été le plus original dans ses propositions ? Qu'avez-vous pensé de leurs arguments ?
Thibaut : Kerry a été très bon et très clair. Il a martelé le mauvais bilan de Bush puis a montré, me semble-t-il, de façon convaincante, comment il comptait créer des emplois et améliorer la vie quotidienne de la classe moyenne. Il a lourdement insisté sur le fait que Bush privilégiait le 1% d’Américains les plus riches. Bush avait certainement quelques éléments à lui opposer mais j’ai vraiment eu l’impression que le président, surtout au cours des 60 premières minutes, avait perdu pied.
Patrick : Ni l'un, ni l'autre m'a semblé plus original. En fait, je critiquerais plutôt le manque d'originalité de la majorité des propositions. Malgré cela, Kerry, au moins, a répondu aux questions posées, ce que Bush n'a pas toujours fait, surtout quand il s'est agi des questions d'emploi. Alors que Kerry semblait avoir travailler ces dossiers, Bush répétait des thèmes assez superficiels, en critiquant Kerry, au lieu de répondre aux questions. Néanmoins, il faut souligner que ni Kerry ni Bush n'ont vraiment expliqué comment ils vont financer leurs plans économiques.
Le fait que cette campagne présidentielle connaisse un tel engouement selon les sondages, est une chose inouïe en temps de guerre. C'est vraiment historique. Cela montre le mécontentement que suscite la politique du président Bush. Mais il reste que, pour beaucoup de gens, il est difficile de changer de président en période de guerre.
Alex : Je pense que John Kerry a un meilleur plan que Bush. Le président sortant m'a fait rire avec ses allusions. Il a dit : "Ted Kennedy est le sénateur conservateur du Massachusetts". Dans ce cas-là, le président est le gouverneur "socialiste" du Texas ! Il a mis cet Etat en banqueroute en huit ans et a créé un déficit exponentiel aux USA en 4 ans. Pour moi, il n y a vraiment qu'un socialiste qui peut arriver à cela.
Vince : Chaque candidat a été mauvais. Plusieurs fois leurs réponses n'avaient rien ou peu à voir avec les questions posées. Les deux ont saisi chaque opportunité (et en ont créé d'autres qui n'auraient pas existé) pour parler de l'éducation et de la santé, particulièrement pour les personnes âgées. Aucun n'a fait l'effort de remettre ces sujets dans leur contexte. Les affaires intérieures sont complexes et difficiles à expliquer dans un format tel que celui du débat.
Les candidats se sont pliés aux exigences du groupe de votants le plus puissant, les personnes âgées, en leur laissant entendre qu'ils n'auraient pas à sacrifier leur sécurité sociale. Le système est brisé et il devra être remis sur pied ou le gouvernement y passera. A la décharge de George Bush et John Kerry, il est très difficile de parler de sujets tels que le déficit, l'avortement, l'éducation, ou l'impôt, en deux minutes ou 90 secondes. Les débats sont un terrible outil de mesure pour décider pour qui voter.
Je pense que le président a été le plus original des deux. Il a essayé quelques fois d'élargir à un plus vaste sujet une étroite question, particulièrement sur l'éducation. Cependant, ce qui m'a franchement le plus déçu c'est qu'il a raté de nombreuses opportunités de contrer avec de solides arguments ce que disait John Kerry.
tf1.fr : Plus globalement, pensez-vous que ce dernier débat ait pu convaincre des indécis de voter pour Bush ou pour Kerry ?
Thibaut : Je pense que la plupart des indécis voteront pour Kerry. Il a vraiment eu une "attitude présidentielle", s’est montré très déterminé. Il a établi, lors de son "closing statement" (ndlr : sa dernière déclaration), un parallèle assez fort entre sa détermination de jeune héros de la guerre du Vietnam et sa détermination en tant que (peut-être) futur président des Etats-Unis à ne laisser aucune institution supranationale (suivez mon regard jusqu’à New York où se trouve le siège de l’Onu) décider de la politique des Etats-Unis. S’il arrive à convaincre les Américains que travailler avec les Nations unies ne veut pas dire affaiblir les Etats-Unis, je pense que c’est gagné !
Patrick : Il est toujours assez difficile de juger de ce qui motivera les indécis. Si ces derniers préfèrent un président vraiment au fait de l'actualité, des affaires internationales et de la politique intérieure, ils voteront Kerry. S'ils préfèrent un président ayant les mêmes qualités personnelles que leur voisin, ils voteront Bush.
Alex : Je pense que Kerry a convaincu beaucoup d'indécis grâce à ces débats. Dans un sondage en Ohio juste après le débat, le démocrate était en tête avec 52% contre 39% pour Bush. Vraiment, je pense que cette fois Kerry a prouvé que même si ses plans ne sont pas les meilleurs, il a tout de même un programme pour le pays sur la politique étrangère, la guerre en Irak, l'économie et la santé.
Et ce qui m'a étonné mercredi soir après le débat c'est de voir Karen Hughes (la conseillère de Bush) venir à la télé sur CNN, MSNBC et FOX News et dire qu'il y a eu une claire victoire de Bush. Même chose avec Rudy Gulliani, l'ex-maire de New York qui se prend pour un des grands "caïds" du parti républicain alors qu'il ne représente rien du tout. Idem pour Sean Hannity, un des présentateurs d' "Hannity and Colmes" sur Fox News. Le parti républicain n'est vraiment plus le celui de Nixon, de Reagan et de Bush père. Mais on a des démagogues qui viennent dire n'importe quoi à la radio et à la télé ou qui écrivent n'importe quoi comme Rush Limbaugh, Sean Hannity et Ann Coulter. Bravo le parti républicain qui compare la guerre en Irak et en Afghanistan à la deuxième guerre mondiale. Ce sont tous des clowns !
Vince : A ce stade, il ne doit pas y avoir encore beaucoup d'indécis. Certains laissent croire qu'ils n'ont pas encore fait leur choix, mais je pense qu'en fait ils cherchent le commentaire ou la position qui les aidera à le justifier. Cela étant, ces débats ont été aussi quelconques qu'ils le pouvaient, en donnant à la presse quelques petites phrases pour faire les gros titres, que la plupart des "indécis" regardent toujours. Ils ont plus besoin de justifications, que d'une influence.
(Photo : Vince, Thibaut, Alex, Patrick)
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