© AFPFrançois Durpaire, professeur agrégé, est chargé de cours en histoire nord-américaine à l'Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne. Il a notamment participé à la rédaction de "La civilisation américaine", publié aux Presses universitaires de France, pour lequel il a rédigé les chapitres consacrés aux minorités. Il collabore également avec le CNRS.
Tf1.fr : Globalement, les minorités votent généralement démocrate. Est-ce, qu'a priori, cela sera encore le cas cette année ?
François Durpaire : Dans l'ensemble, oui. La question principale est en fait de savoir quelle sera leur mobilisation. Des campagnes de sensibilisation sont menées pour limiter le taux d'abstention. Elles visent notamment les jeunes noirs, avec la participation de stars du R'n'B telle que Babyface, avec comme slogan "Vote or die" ("Votez ou mourrez").
Tf1.fr : Les deux candidats courtisent-ils ces minorités ?
F.D. : Bush ne mène pas de campagne spéciale. Il semble avoir totalement abandonné le vote des Africains-américains. Il pourrait d'ailleurs battre son "record" de 2000, où il n'avait récolté que 9% de leurs suffrages. La présence de Colin Powell et de Condoleeza Rice à de hautes responsabilités n'y changera rien : ils sont perçus comme un alibi. Cette tactique est en revanche plus surprenante avec les Hispaniques. Cette communauté, très hétérogène, est en effet beaucoup moins amarrée aux démocrates. Son vote est beaucoup plus volatile.
De son côté, le staff de Kerry a tiré la sonnette d'alarme au début de l'été vis-à-vis des Africains- américains. Leur vote n'est acquis aux démocrates que depuis le début des années 60 et il ne tombe pas forcément dans leur escarcelle si rien n'est fait. Kerry s'est donc recentré pour éviter qu'ils ne choisissent l'abstention. Il a également lancé un véritable plan de marketing politique auprès des Hispaniques avec les clubs "Unidos con Kerry". Son programme reprend de nombreuses revendications ou particularités de la communauté : foi, honneur, valeurs familiales, accès à l'éducation, santé, bilinguisme ou encore légalisation des clandestins.
"Les 'Natives' auront un rôle vital au Nouveau-Mexique"
Tf1.fr : Est-ce que certaines minorités peuvent faire basculer des "swing states" ?
F.D. : Tout à fait. C'est par exemple le cas des Hispaniques en Floride. Dans cet Etat, il faut distinguer les exilés cubains, qui votent généralement républicain, et les Mexicains. Or les Cubains perdent petit à petit leur influence. Les deux candidats insistent donc moins sur les Cubains de peur de s'aliéner les autres Latinos, qui ont parfois été excédés de la proportion prise par l'affaire du petit Elian en 2001.
CNRS Thema est un
magazine thématique
en ligne qui présente
la réflexion et les travaux
du CNRS sur des
questions de société.
Cliquez ici
pour découvrir
l'intégralité
du CNRS Thema-
Les "Natives" auront également un rôle vital, au Nouveau-Mexique principalement, mais aussi en Arizona et au Colorado. C'est l'avantage du système électoral américain qui se déroule Etat par Etat. Avec un vote au niveau national, les "Natives", qui représentent à peine 1% de la population, seraient totalement exclus du débat. Là, Kerry mène une véritable campagne pour s'attirer leurs faveurs. Il a ainsi participé à des cérémonies traditionnelles et promet la reconnaissance de nouvelles tribus et des droits plus importants, notamment pour les Navajos. Sans surprise, Bush les ignore.
Tf1.fr : Le poids des Asiatiques, en augmentation dans la population, l'est-il aussi au niveau électoral ?
F.D. : Leur rôle électoral est assez faible. Il s'agit tout d'abord de la communauté la plus hétérogène politiquement et économiquement. Leur mobilisation électorale est ensuite généralement faible. Enfin, ils sont concentrés en grande partie en Californie, un Etat déjà acquis à Kerry. Ils sont donc absents de la campagne, même chez Kerry. Se focaliser sur leur vote risquerait en fait de se retrouver en porte-à-faux avec les Hispaniques.
"Difficile de mobiliser les Arabes et les musulmans"
Tf1.fr : Dans quelle situation se trouvent les Arabes et les musulmans ?
F.D. : La communauté est très hétérogène. La plupart des Arabes sont chrétiens et la majorité des musulmans ne sont pas Arabes. Et même dans le contexte actuel, il est très compliqué de les mobiliser. Kerry n'a cependant pas abandonné. Il a repris plusieurs de leurs revendications dans sa plate-forme (critique du Patriot Act de John Ashcroft, abandon des profils raciaux). Sa femme Teresa a aussi participé à la convention contre la discrimination des Arabes. En 2000, leur vote était allé vers Bush à une courte majorité. A priori, il devrait basculer vers Kerry, sans jouer cependant un grand rôle dans le résultat final.
Tf1.fr : Quid de Nader et des minorités ?
F.D. : Le vote Nader est plutôt élitiste. Les minorités ne sont donc pas le cœur de son programme. Un électeur ne votera pas Nader car il appartient à une minorité, il votera Nader pour d'autres raisons.
Le poids des minorités |
- Africains-américains : environ 36 millions, 12,3% de la population
- Hispaniques : environ 39 millions, 12,5% de la population
- Asiatiques : environ 11 millions, soit 3,6% de la population
- "Natives" : environ 2,5 millions, soit 1% de la population
(photo afp : un club hispanique "Unidos con Kerry")
Retour MYTF1
Chargement en cours...




