L'Ohio, "champ de bataille" décisif

Par , le 20 octobre 2004 à 17h53 , mis à jour le 24 janvier 2005 à 11h21

Vingt Grands électeurs, des sondages serrés : sur la liste des "Battleground states", l'Ohio figure en bonne place. Bush et Kerry multiplient donc les efforts dans cet Etat touché par la crise industrielle, qui pourrait devenir une nouvelle Floride.

[Expiré] [Expiré] bush ohio © AFP

"Je vais faire suivre mon courrier ici". La plaisanterie, prononcée le 16 octobre à Xenia, une ville moyenne de l'Ohio, est de John Kerry. Elle est cependant assez représentative de la campagne : afin de remporter ses 20 Grands électeurs, les deux candidats multiplient les visites dans cet Etat du Midwest. Il est vrai que les statistiques sont révélatrices : depuis le début du siècle, l'Ohio a toujours voté pour le futur élu, sauf en 1944 et 1960. Et jamais un républicain n'a obtenu son billet pour le Bureau Ovale sans s'y imposer.

 

Depuis mars, John Kerry et John Edwards, son co-listier, s'y sont déplacés 18 fois, contre 13 pour le ticket Bush-Cheney. La raison de cet empressement ? Les effets du système électoral américain où le vainqueur d'un Etat obtient la totalité de ses Grands électeurs. Les deux prétendants à la Maison Blanche concentrent donc tous leurs efforts sur les Etats où la bataille s'annonce serrée. C'est le cas de l'Ohio, où l'absence probable de Ralph Nader rend le duel encore plus féroce. Ce n'est ainsi pas un hasard si le débat Edwards-Cheney s'est déroulé à Cleveland, l'une des métropoles de l'Etat.

 

"Ceinture rouillée"

 

Il y a quatre ans, George W. Bush l'avait emporté de trois points face à Al Gore, 50% contre 47%, soit à peine 165 000 voix. Pour l'instant, les sondages sont assez contradictoires, donnant soit Bush soit Kerry vainqueur, avec entre 4 et 8 points d'avance, les indécis étant estimés à environ 6%. Cette instabilité de l'électorat devrait inciter les deux camps à jeter toutes leurs forces pour le combat final. Pour l'instant, ils n'ont pas lésiné sur les moyens. Rien qu'entre les 7 et 13 octobre, l'équipe Bush a dépensé 3,6 millions de dollars en spots télévisés, sa concurrente 3,3 millions. Au total, plus de 14 000 publicités ont été diffusées sur les chaînes de télévision locales depuis mars.

 

Objectif : convaincre environ 4,5 millions d'électeurs –sur une population estimée à 11,4 millions- de cet Etat industriel, faisant partie de la "Steel Belt", la "ceinture de l'acier", rebaptisée "Rust Belt", la "ceinture rouillée". La région a en effet été ravagée par la crise économique qui sévit depuis 2001. En quatre ans de présidence Bush, l'Ohio a perdu près de 250 000 emplois dans l'industrie, le taux de chômage grimpant de 3,9% à 6,3%. La classe ouvrière -mineurs de charbon et métallurgistes- a été logiquement la plus touchée par cette désindustrialisation et les délocalisations. Conséquence : l'économie et le programme des deux candidats sur le sujet sont donc aujourd'hui la préoccupation majeure de la population, devant l'Irak.

 

L'économie pour Kerry, les valeurs pour Bush

 

Cette situation semble a priori favoriser John Kerry. Avec le chômage, beaucoup d'Américains perdent également leur assurance-santé, souvent payée par l'employeur. Le sénateur du Massachusetts a notamment reçu un soutien de poids avec le ralliement de l'USWA, le syndicat des ouvriers de l'acier. Pourtant, de nombreux électeurs ne croient plus aux promesses des démocrates sur l'assurance-maladie, déjà lancées par l'administration Clinton. D'autres, surtout au Sud, continuent de partager les valeurs défendues par George W. Bush : religion, famille, soutien aux armes à feu ou encore opposition à l'avortement et au mariage gay. Les républicains exploitent également l'opposition de style entre John Kerry, l'aristocrate bostonien de la côte Est, et les petites gens de la classe ouvrière.

 

Jusqu'au lundi 1er novembre, veille de l'élection, les équipes de campagne vont donc multiplier les opérations de porte-à-porte pour convaincre les indécis de choisir leur champion. Au soir du 2 novembre, comme l'estiment certains observateurs, l'Ohio pourrait s'avérer être la nouvelle Floride. Le résultat devrait y être tout d'abord très serré. Ensuite, étant donné que trois quarts des électeurs voteront avec des machines à cartes perforées, à l'origine des scandales de 2000, beaucoup craignent de nombreuses contestations, de nombreux recomptes et une longue bataille juridique. Comme il y a quatre ans.

 

(photo afp-Stephen Jaffe : George W. Bush en meeting à West Chester)

Par Fabrice Aubert le 20 octobre 2004 à 17:53
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