© INTERNEEgérie de la gauche des seventies, millionnaire philanthrope, vieux garçon hypocondriaque, avocat des consommateurs, écologiste implacable, éternel candidat à la présidentielle, auteur richissime de best-sellers, tombeur des démocrates, pourfendeur des républicains, complice de la droite populiste : tout a été dit sur Ralph Nader.
Ce fils d'un immigrant d'origine libanaise est né en 1934 dans une petite ville du Connecticut. Parlant l'arabe, il sert dans le restaurant de son père avant d'être envoyé — un privilège pour la petite bourgeoise américaine — à l'université de Princeton, puis à Harvard. Un passage de six mois dans l'armée, en 1959, puis le jeune diplômé de droit part sur les routes d'Amérique latine, d'Afrique et d'Europe, avant de rentrer au pays comme beaucoup de ces travelers des années 60, plus durs et plus ardents.
Un impudent avocat-enquêteur
Sa carrière d'avocat trublion commence réellement en 1960, à la publication d'un article sur la sécurité des automobiles qui fait grand bruit. Le jeune plaideur devient rapidement l'un des consultants du ministère du Travail et du Sénat spécialisé dans ces questions et publie en 1965 un premier best-seller synthétisant ses enquêtes : "Unsafe at any speed". Sa charge irrite tant la General Motors qu'un détective est engagé pour fouiner dans la vie privée de l'impudent avocat-enquêteur, qui devient une star sitôt la manigance découverte.
Les 425.000 dollars qu'il retire d'un accord à l'amiable passé avec le géant de Detroit l'aide à fonder un groupe de lobbying, qui pousse le Congrès à adopter une rafale de lois sur la sécurité automobile, la liberté d'expression et la protection de l'environnement. En pleine hippie hype, il fonde en 1969 le Center for Study of Responsive Law (CSRL), composé de jeunes diplomés poil-à-gratter très vite surnommés "Nader's Raiders", qui alignent les rapports sévères envers les multinationales et le droit des consommateurs. D'ONG en fondations, de magazines en instituts, Ralph Nader devient le porte-flambeau d'une vox populi contestatrice dans l'Amérique post-Vietnam. Il devient même l'ami personnel du président Jimmy Carter. Il fait savoir qu'il vit seul dans son petit appartement de Washington DC, sans femme, sans enfant et sans permis de conduire.
Mais l'agitateur civique mange son pain noir dans les années 80, les années Reagan. Il se heurte à une administration qui cherche à limiter le poids des agences fédérales. En 1986, son frère meurt d'un cancer, à la suite de quoi Ralph Nader développe une forme d'hémiplégie faciale. Ses meetings sont plus amers, ses affaires de plus en plus contestées : le pourfendeur des multinationales ne gagne-t-il pas lui-même beaucoup d'argent ?
Absent en Ohio et en Pennsylvanie
Sa première candidature à l'élection présidentielle date de 1992, en tant que candidat indépendant. En 1996, il est l'homme du Green party, le mouvement des écologistes américains, sans parvenir à rassembler les fonds nécessaires à une campagne efficace. Mais cette erreur, il ne la commet pas en 2000, où sous les couleurs écologistes il rafle 2,74% des suffrages, dont près de 98.000 votes en Floride qui coûtent la victoire au démocrate Al Gore.
A 70 ans, sa candidature de 2004 ressemble à son baroud d'honneur. Ralph Nader, pressé de toutes parts de ne pas se présenter et de laisser les mains libres à John Kerry pour battre un George W. Bush honni, s'est fâché avec beaucoup de monde, y compris ses amis Verts et les multiples ONG qu'il a fondé. Toujours habile, toujours convaincant, toujours malin, il adopte toutefois un discours plus radical et anti-establishment, allant jusqu'à accepter comme une "bonne nouvelle" le soutien du parti populiste de droite Reform Party qui a un temps eu pour héraut le milliardaire texan Ross Perot. Certains voient désormais en lui un Chevènement américain, d'autres un inguérissable égotiste. Reste que les 2% des suffrages dont il est crédité dans les sondages ont encore avoir ce pouvoir de nuisance qu'il savoure depuis quarante ans. Un gros bémol néanmoins : il ne pourra se présenter que dans une trentaine d'Etats, il sera notamment absent en Ohio et en Pennsylavnie, deux des trois "key states" majeurs avec la Floride.
Badnarik, le Nader de Bush ? |
Outre les deux candidats principaux et Ralph Nader, plusieurs autres Américains briguent le mandat à la Maison Blanche. La plupart, présents seulement dans quelques Etats voire un seul, n'auront quasiment pas d'influence sur le résultat. En revanche, Michael Badnarik pourrait être à George W. Bush ce qu'est Nader à Kerry. 
Michael Badnarik-
Inscrit dans 48 Etats, le représentant du Parti libertarien chasse les électeurs situés à la droite du président sortant. Tenant d'un libéralisme pur et dur, sa formation séduit notamment les déçus de la politique du locataire actuel de la Maison Blanche. Badnarik est crédité jusqu'à 3% des intentions de vote dans certains "battlegrounds states", comme le Nevada et le Wisconsin. Juste assez pour priver George W. Bush de la victoire dans ces Etats et envoyer par ricochet Kerry au bureau ovale.
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