Le référendum qui pourrait tout changer

Par , le 22 octobre 2004 à 18h52 , mis à jour le 22 novembre 2004 à 18h21

Outre l'élection présidentielle, les habitants du Colorado voteront sur un référendum d'initiative populaire qui vise à réformer le système d'attribution des Grands électeurs. S'il est adopté, cet amendement prendrait effet immédiatement et pourrait changer le résultat du duel Bush-Kerry.

USA élection présidentielle vote urne électeur © LCI

"One man, one vote" ("un homme, un vote"). Au Colorado, les partisans de l'"amendement 36" veulent en finir avec la règle du "winner takes all". Menés par Jorge Klor de Alva, un Américain d'origine brésilienne, ancien directeur d'université, ils ont donc déposé un référendum d'initiative populaire qui sera soumis aux électeurs de l'Etat le 2 novembre –outre la présidentielle, de multiples scrutins à enjeux nationaux (Chambre des représentants, Sénat) ou locaux (gouverneurs, shérifs…) se dérouleront en effet ce jour-là.

 

Le projet prévoit de modifier le mode d'attribution actuel des Grands électeurs. Pour l'instant, le candidat arrivé en tête dans un Etat, quelle que soit son avance, rafle l'ensemble de son collège électoral –seuls le Maine et le Nebraska ont un système différent, mais qui aboutit au final au même résultat. En 2000, George W. Bush avait ainsi obtenu les 25 Grands électeurs de Floride, avec seulement 537 voix supplémentaires que Al Gore. L'"amendement 36", s'il est adopté, changerait la donne : les 9 Grands électeurs du Colorado seraient alors répartis à la proportionnelle. Et la modification prendrait effet dès cette année. Le duel Bush-Kerry étant très serré –le Colorado figure en bonne place sur la liste des "Battleground states", le rapport ne serait donc pas de 9-0 mais de 5-4. Si ce système avait été en vigueur il y a quatre ans, cela aurait certainement suffi pour envoyer Al Gore, arrivé derrière Bush, à la Maison Blanche.

 

"Une idée vraiment stupide"

 

Sans surprise, les républicains combattent cette initiative. A l'exception de 1964 et 1992, le Colorado a en effet toujours voté pour leur champion. Le gouverneur Bill Owens mène lui-même la contre-offensive. Son comité "Les Coloradiens contre une idée vraiment stupide" a déjà levé 125 000 dollars, dépensés principalement en spots télévisés. Il dénonce bien entendu une manœuvre électoraliste du camp démocrate. Les opposants font aussi remarquer qu'une réforme du système ferait perdre son importance au Colorado. "Nous serons totalement oubliés lors des prochaines élections. Chaque parti étant assuré virtuellement d'au moins quatre grands électeurs, les candidats ne perdront plus de temps à faire campagne" dénonce Bob Ewegen, un éditorialiste du Denver Post.

 

Les partisans de l'amendement, conduits sur le terrain par un ancien de la campagne d'Howard Dean, le candidat démocrate battu aux primaires par John Kerry, bénéficient quant à eux de la manne de Jorge Klor de Alvar -700 000 dollars-. "Actuellement, la bataille se résume à une vingtaine d'Etats. Les autres sont ignorés" soulignent-ils. Ils espèrent ouvrir une brèche qui aboutirait à un éventuel changement au niveau fédéral. Le chemin apparaît cependant très long, voire impossible. Pour modifier la Constitution, le vote de ¾ des Etats est nécessaire. Or seulement 24 d'entre eux proposent le référendum populaire dans leur Constitution.

 

De son côté, le Parti démocrate a pris ses distances avec l'initiative, qui n'est pas soutenue par Ken Salazar, procureur général du Colorado et candidat au Sénat. Si la possibilité de récupérer 4 Grands électeurs pouvait sembler attrayante il y a quelques mois, le staff Kerry croît désormais en la victoire de son poulain… et l'obtention des 9 Grands électeurs. Les projections démographiques penchent aussi vers un Colorado à majorité démocrate d'ici quelques années.

 

Bataille d'avocats en perspective

 

En raison de ce vote, le Colorado pourrait jouer le rôle d'une nouvelle Floride. Tout d'abord, si le résultat du référendum est serré –les sondages donnent cependant une marge importante au "non"-, cela pourrait entraîner un recomptage, dont dépendrait le billet pour la Maison Blanche. Ensuite, en cas de victoire du "oui", le camp républicain a déjà préparé la riposte juridique. "Le texte a-t-il le droit d'être appliqué le jour même de son vote ?" ne manquera-t-il pas de soulever. Le 2e amendement de la Constitution souligne également que la désignation des Grands électeurs dépend du législateur. Les opposants feraient alors valoir que le pouvoir du corps législatif a été usurpé par le peuple. Avec comme contre-argument : "le corps législatif tire sa légitimité du peuple". Bref, la Cour suprême pourrait encore avoir le mot de la fin.

 

(photo afp-Roberto Schmidt : un bureau de vote)

Par Fabrice Aubert le 22 octobre 2004 à 18:52
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