Les villes américaines en campagne

Par CNRS Thema, le 12 octobre 2004 à 18h24 , mis à jour le 07 octobre 2004 à 16h01

Les Européens ont souvent une image déformée de l'idéal américain. Hélène Harter, maître de conférences, dépasse les idées reçues et décrypte la réalité des villes américaines et du paysage urbain.

new york rue © INTERNE

L'Amérique, terre de toutes les libertés, patrie de la démocratie et du melting-pot, véhicule souvent dans les esprits européens une image imprécise, voire déformée de l'idéal américain. Hélène Harter, maître de conférences au Centre de recherches d'histoire nord-américaine (CRHNA), décrypte pour le CNRS ces idées reçues et cerne la réalité des villes américaines et du paysage urbain.


CNRS Thema : gratte-ciel, mégalopoles… Le mythe de " La petite maison dans la prairie" a-t-il survécu ?
Helène Harter 
Les Pères fondateurs pensaient que l'Amérique devait être une nation de fermiers-propriétaires et éprouvaient une grande méfiance à l'égard des villes. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'on a commencé à associer les villes à l'idée de progrès. Aujourd'hui plus de 80 % des Américains sont des citadins, mais la nature occupe toujours une place centrale dans leur imaginaire, notamment les immensités de l'Ouest et le mythe de la Frontière qui leur est associé.

CNRS Thema : démocrates et républicains, rats des villes ou rats des champs ?


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H.H.
: L'Amérique rurale, les petites villes, les banlieues de la Sunbelt sont des bastions du parti républicain alors que les agglomérations du Nord-Est et de la région des Grands Lacs, les États de la côte Pacifique sont des bases du parti démocrate. Les États agricoles et/ou à faible densité (1) du Middle West et de l'Ouest comptent parmi les fiefs du parti républicain tout comme le Sud qui jusqu'à la fin des années soixante votait démocrate. Aujourd'hui, le vote des banlieues est déterminant car elles abritent plus de 50 % de la population.

"La Convention, une manne touristique"

CNRS Thema : en résumé, "dites-moi où vous habitez et je vous dirai pour qui vous votez" ?
H.H.
: Le lieu de résidence n'explique pas à lui seul les choix politiques des Américains. L'influence de l'origine socioprofessionnelle se conjugue à celle de l'appartenance ethnique ou raciale, à l'affiliation religieuse. Traditionnellement, les juifs et les catholiques votent démocrate tandis que le parti républicain est avant tout constitué de blancs protestants anglo-saxons (WASP) (2). Depuis quelques années, le parti républicain cherche à séduire l'électorat de la classe moyenne noire en pleine expansion et les Hispaniques, première minorité du pays depuis l'an 2000.

CNRS Thema : l'âne à Boston, l'éléphant à New York. Pourquoi un tel choix ?
H.H. 
: Si New York a souvent accueilli les Conventions nationales des partis, pour Boston, c'est une première. La ville est un bastion démocrate. Le Massachusetts est d'ailleurs le fief électoral des Kennedy et de John Kerry qui le représente au Sénat. De son côté, New York n'avait jamais abrité de Convention républicaine. Les démocrates sont nombreux dans la ville. En outre, la stratégie électorale des républicains les amène à organiser plutôt leurs Conventions dans la Sunbelt depuis quelques années. Pour les républicains, choisir New York, ville cible des attentats du 11 septembre 2001, c'était réaffirmer l'image d'un président qui mène la guerre contre le terrorisme et d'une Amérique qui va de l'avant à l'image de la Tour de la Liberté dont on a posé la première pierre à Ground Zero le 4 juillet 2004. Au-delà des symboles, organiser une Convention est une fabuleuse manne touristique pour la ville organisatrice.

1/ Le système électoral donne une sur-représentation aux États peu peuplés. Le coup d'envoi de l'année électorale est d'ailleurs donné par les primaires du New Hampshire. Tous les observateurs ont les yeux fixés sur ce petit État de Nouvelle-Angleterre bien qu'il ne désigne que quatre grands électeurs. Le vote de 270 d'entre eux est nécessaire pour devenir président.
2/ White Anglo-Saxon Protestants.
                                 

(photo : une rue de New York)

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Par CNRS Thema le 12 octobre 2004 à 18:24
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