
Tf1.fr : John Kerry ne sera donc pas le nouveau JFK. Pourquoi ?
André Kaspi : Les deux hommes ont beau porter les mêmes initiales, être tous les deux catholiques et sénateur du Massachusetts, ce ne sont pas pour autant les mêmes personnages. Et on ne peut pas transformer quelqu'un en un clone de Kennedy. Trois points les différencient : Kennedy a été élu en pleine Guerre Froide. Le contexte n'est plus le même aujourd'hui avec la guerre contre le terrorisme. Kerry, plus vieux, ne possède pas le charisme de JFK (ndlr : Kennedy a été élu à 43 ans, Kerry a 60 ans). Enfin, son appel manquait de souffle et de précision.
Tf1.fr : La mobilisation a profité à Bush. Pourquoi ?
A.K. : Les deux partis ont milité avec beaucoup de vigueur pour mobiliser les abstentionnistes. On a cru à tort que ces nouveaux électeurs iraient vers Kerry à hauteur de 60%. Mais, tout d'abord, faire venir les abstentionnistes, c'est aussi faire venir les quatre millions d'évangélistes qui n'avaient pas voté en 2000. Ensuite, se pose la question des jeunes. Sont-ils venus en masse ? Rien n'est moins sûr. Traditionnellement, ils ne s'intéressent pas à la politique et aux élections. Ils ne se sont pas forcément sentis concernés malgré le contexte. Et les jeunes qui ont voté n'ont pas forcément donné leur suffrage à Kerry. Il y a également des jeunes à tendance républicaine, qui ont pu être effrayés sur un éventuel rétablissement de la conscription par Kerry.
Tf1.fr : Le vote communautaire a-t-il joué un rôle ?
A.K. : Il semble que oui. Les Hispaniques ont sûrement voté plus massivement républicain que d'habitude. Ils ont notamment été séduits par le discours de Bush sur l'immigration. Cela semble le cas en Floride - aussi bien les Latinos que les Cubains- où le score est beaucoup plus large qu'il y a quatre ans. Un score qui s'explique aussi par la popularité du gouverneur Jeb Bush. Il a beaucoup aidé son frère.
"Bush va essayer d'unifier cette Amérique divisée"
Tf1.fr : Au final, qu'est-ce qui a fait la différence ?
André Kaspi-
A.K. : Sans conteste la notion de sécurité. Les Américains se sentent en période de guerre. Ils ont choisi un commandant en chef en 2000. Même si c'était plus par défaut à l'époque, ils estiment qu'on ne change pas de général en plein milieu de la bataille. Ils craignent le pire, ils ont donc voté Bush.
Tf1.fr : La carte de l'élection montre une fracture entre l'Amérique des villes et l'Amérique des campagnes. Bush va-t-il gouverner pour son Amérique ?
A.K. : Il est le président de tous les Américains. Il va donc essayer d'unifier son pays, même si ce n'est pas facile. L'unification de cette Amérique divisée ne se fera donc pas du jour au lendemain. Bush pourra néanmoins s'appuyer sur un Congrès acquis à sa cause pour développer sa politique.
Tf1.fr : Ce résultat ne va-t-il pas renforcer l'incompréhension entre l'Amérique et le reste du monde ?
A.K. : J'espère que non. Tout dépendra de l'attitude des gouvernements en place. L'administration républicaine va-t-elle faire des gestes envers ses partenaires ? Les autres pays, comme la France, développeront-ils une opposition moins tranchée ?
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