Comment Bush a construit sa victoire

Par , le 03 novembre 2004 à 15h20 , mis à jour le 22 novembre 2004 à 18h02

A l'issue d'un des mandats les plus controversés de l'Histoire américaine, George W. Bush a réussi à convaincre ses compatriotes de lui accorder un nouveau bail de quatre ans à la Maison Blanche. Retour sur la stratégie victorieuse menée par le camp républicain.

Bush "confiant""Je pense que je vais gagner", annonce le président sortant lors de sa brève apparition devant la presse à la Maison Blanche. A ce moment pourtant, les prévisions des télévisions américaines restent très indécises... © LCI

Le fils aura donc fait mieux que le père. En étant réélu pour un second mandat à la Maison Blanche, George W. Bush, 58 ans, venge ainsi George Bush Sr, battu par Bill Clinton en 1992. Et s'impose comme l'un des plus fins stratèges politiques que l'Amérique ait connu. Faisant fi de toutes les attaques émises à son encontre, quel que soit le contexte, George W. Bush a en effet gardé la même stratégie du début à la fin de la campagne, voire de son mandat : toujours s'adresser à sa base électorale. Les photos des tortures d'Abou Ghraib ? "Elles ne représentent pas la vraie Amérique, celle que je connais" lance-t-il par exemple au printemps 2004 à l'adresse de l'Amérique profonde et conservatrice alors que pleuvent les critiques contre l'engagement en Irak, une guerre menée pourtant en partie dans une perspective électorale. Bref, une vraie leçon de réalisme politique.

 

Evidemment, cette manière de procéder a polarisé le débat sur sa personne. Plus qu'un duel Bush-Kerry, le scrutin du 2 novembre est vite devenu un référendum pour ou contre Bush, symbole de la fracture et de la division de l'Amérique. Mais, là aussi, le risque en valait la peine. D'un côté, les partisans du président sortant, exaltés par les discours guerriers et moralisateurs de leur champion sur la lutte entre le Bien et le Mal et les attaques contre John Kerry. De l'autre, un slogan "Anybody but Bush", lancé par les opposants de gauche, mais qui se retourna en partie contre John Kerry, candidat par défaut, non pas celui du cœur, mais de la raison.

 

"Président de guerre"

 

De leur côté, l'œil rivé sur les sondages, les conseillers de Bush, Karl Rove en tête, adaptaient le discours et l'attitude présidentiels aux circonstances et à des cibles préalablement définies. Les multiples références à la religion ? Destinées à consolider le vote des chrétiens évangélistes et notamment des quatre millions d'entre eux qui s'étaient abstenus il y a quatre ans. La baisse des impôts ? Destinées à satisfaire les classes moyennes, réserve électorale des républicains. Les images décontractées tournées dans le ranch de Crawford, au Texas ? Destinées à le présenter comme un homme simple et sympa, à l'opposé de John Kerry, l'aristocrate de Boston. L'opposition au mariage gay et à l'avortement ? Destinées aux tenants des valeurs morales et conservatrices, notamment dans les Etats de la "Bible belt".

 

Restait alors à marteler le sujet de préoccupation des Américains, encore traumatisés par le 11 septembre : la sécurité et la lutte contre le terrorisme. Et, là encore, le message fut binaire, au point de pouvoir le résumer à un simple "Moi ou le chaos". Accusant le challenger démocrate de faiblesse et d'indécision, George W. Bush et son équipe n'ont eu de cesse de faire peur à leurs compatriotes, en prophétisant de nouveaux attentats d'envergure si Kerry se retrouvait à la Maison Blanche. "Nous sommes en temps de guerre et il faut un chef de guerre" répétait à l'envi Fox News, la chaîne de télévision inféodée aux républicains, principale source d'information du grand public. Associé aux spots télévisés diffusés à longueur de journée, principalement dans les "key states", ces Etats longtemps indécis qui ont fait pencher la balance, l'avertissement a porté ses fruits. Malgré trois débats télévisés remportés par son adversaire, George W. Bush n'avait plus qu'à les récolter.

 

Photo d'ouverture : George W. Bush lors de sa conférence de presse impromptue, dans la nuit de mardi à mercredi - DR

Par Fabrice Aubert le 03 novembre 2004 à 15:20
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