Fidel Castro, de l'idéal à la tyrannie

Par , le 19 février 2008 à 10h26 , mis à jour le 02 novembre 2009 à 17h30

Dossier : Cuba sans Castro

Pendant plus de quarante ans, le "Lider Maximo" a mené Cuba vers le socialisme à tout prix. Mais son entêtement et ses dérives autoritaires ont fini par le discréditer totalement.

[Expiré] [Expiré] Fidel Castro © AFP

Tyran ou humaniste ? Depuis 1959, l'opinion internationale s'est divisée sur la véritable nature de Fidel Castro et de sa politique menée à Cuba. Ses détracteurs pointaient les dérives dictatoriales de la Révolution, qui transformèrent l'île en un goulag tropical. Ses soutiens (principalement les intellectuels de gauche comme Jean-Paul Sartre) louaient un régime s'opposant à l'hégémonie américaine, vantaient ses succès en matière d'éducation et de santé et attribuaient ses échecs industriels et agricoles à l'embargo américain.

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Il aura fallu attendre 2003 et une forte répression contre la dissidence pour assister à une condamnation quasi-unanime des pratiques du "Lider Maximo". Aujourd'hui, à la fin annoncée de son règne, il ne reste plus grand-chose de l'aura de Fidel Castro et du romantisme de sa Révolution.

Révolutionnaire débonnaire

Charismatique, Fidel Castro l'est sans aucun doute quand il entre à La Havane le 8 janvier 1959, une semaine après la chute du dictateur Batista. Le peuple voit en lui un révolutionnaire jovial, aimant les femmes, amateur de cigares, beau garçon, barbu, au treillis vert olive qu'il porte comme une marque de fabrique. Bref, un sauveur providentiel qui le débarrasse d'un oppresseur sanguinaire, marionnette des Etats-Unis. Pour Fidel Castro, alors âgé de 32 ans, il s'agit simplement d'une étape supplémentaire de sa longue lutte.

Fils illégitime d'un propriétaire terrien et d'une de ses servantes, le jeune Fidel est élevé dans la tradition catholique avant de fréquenter les Jésuites. Après des études de droit, il devient avocat et défend les pauvres. A l'époque, même s'il est anti-impérialiste, Fidel Castro, plus que communiste, est un réformateur aux tendances patriotiques.

L'ami "Che" Guevara

Sa légende naît le 26 juillet 1953. Déjà aguerri aux techniques de guérilla, il lance une attaque vouée à l'échec contre la caserne Moncada, l'une des plus importantes de l'île. La plupart des 148 assaillants sont tués ou exécutés, Castro est capturé. Amnistié en 1955, il se réfugie au Mexique où il fonde le "Mouvement du 26 juillet" et rencontre un autre guérillero, Ernesto Guevara. L'amitié entre les deux hommes nourrira longtemps l'idéalisme des luttes révolutionnaires en Amérique latine.

Dates-clés

- 1926 : naissance
- 1947 : participation au Coup d'Etat à St-Domingue
- 1953 : attaque contre La Moncada, emprisonnement
- 1955 : grâce, exil au Mexique
- 1956 : retour à Cuba, guérilla
- 8 janvier 1959 : entrée à La Havane
- 1962 : crise des missiles
1976 : cumul de tous les pouvoirs
- 1996 : visite au Vatican
- 1998 : réception de Jean-Paul II
- 2003 : répression de la dissidence
- 2006 : hospitalisation
- 19 février 2008 : renonce au pouvoir

Le 2 décembre 1956, Fidel Castro et 81 fidèles, dont le "Che", effectuent une opération kamikaze pour rentrer à Cuba à bord du mythique "Granma", un voilier de douze places. Il faudra trois ans à la guérilla, qui ne cesse de s'étoffer, pour prendre La Havane.

Fidel Castro, nommé Premier ministre, nationalise l'industrie, notamment américaine, collectivise l'agriculture et exproprie les grands propriétaires terriens, y compris sa propre mère. De plus en plus autoritaire, il se rapproche de l'URSS de Khrouchtchev qui lui apporte son aide financière et son savoir militaire. Cette politique exaspère évidemment les Etats-Unis, qui voient l'île au mieux comme leur propriété, au pire comme leur bordel.

Crise des missiles

Washington n'a plus qu'une obsession : renverser Castro. En avril 1961, une opération de la CIA, appuyée par des contre-révolutionnaires exilés à Miami, se termine piteusement dans la Baie des Cochons. Grandi par l'affaire, Castro proclame sa révolution "marxiste-léniniste". Réponse de Washington en février 1962 : un embargo commercial contre Cuba, toujours en vigueur à ce jour. Le paroxysme est atteint en octobre, après l'installation de missiles nucléaires soviétiques pointés vers l'Amérique. Pendant 14 jours, le monde se voit au bord d'une guerre nucléaire. En échange du retrait des engins, Castro obtient l'assurance que son île ne sera pas envahie.

Le statu-quo dure depuis plus de 40 ans, pendant lesquels Castro a bravé 10 présidents américains. A travers quelques réussites en matière d'alphabétisation et santé, mais surtout de nombreux échecs, il marque l'île de son empreinte. "Fidel, c'est Cuba et Cuba, c'est Fidel", résume la maxime. Soutenu par de nombreux intellectuels, le chef, qui ne tombe pas dans le culte de la personnalité, reste présentable sur la scène internationale.

"Cuba si, Castro no"

Mais, politiquement, il reste inflexible, quitte à détruire l'économie du pays. "Le socialisme ou la mort", proclame-t-il encore après l'effondrement de l'URSS dans d'interminables discours. La fin du soutien du "grand frère" entraîne pourtant la mise en place d'une "période spéciale en temps de paix", autrement dit un rationnement qui oblige les Cubains à vivre de trafics et du système D. Symbole de sa faillite, le gouvernement doit légaliser le dollar en 1993 et ouvrir l'île aux étrangers, souvent venus pour le tourisme sexuel.

Résultat : à l'aube du XXIe siècle, Castro, âgé de plus de 70 ans, doit faire face au désir d'émancipation des Cubains. Les "balseros" - émigrants clandestins vers Miami à bord de bateaux de fortune - sont de plus en plus nombreux. La réponse, autoritaire, surprend alors qu'une ouverture avait été notée auparavant, notamment avec la réception du pape en 1998. La lourde condamnation en 2003 de dissidents fait perdre au "Lider" son reste de crédit à l'international. "Cuba si, Castro no" : en août 2006, lorsqu'il quitte temporairement le pouvoir en raison de sa santé défaillante, l'image jaunie du héros romantique des débuts s'était en partie déjà effacée devant celle d'un vieux tyran avide de son pouvoir. Un an et demi plus tard, le 19 février 2008, c'est encore plus le cas au moment de son retrait définitif.

(photo d'archives : Castro en 2005)

Par Fabrice Aubert le 19 février 2008 à 10:26
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35 Commentaires

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  • Barbara gagnon, le 28/10/2009 à 02h09

    Une révolution qui a pour commencement les armes ne peut pas se terminer par le paradis pour tous mais des années de tyrannie, de chaos et de peines de toute sorte. Le pays est dans une impasse et ils s'en sortiront quand la mentalité des futurs dirigeant aura changé.

  • Vidian, le 07/08/2006 à 17h15

    A Pascal de Paris : "L'intention comptant à mon avis plus que le résultat, j'ai déjà choisi mon camp". Désolé mais ça me fait bondir L'intention de Staline ou de Pol Pot étant bonne au départ (à priori) le résultat de millions de morts compterait donc moins que la nature supposée bonne de l'intention de départ ? Quand on choisi le camp de la bonne intention sans la mesurer à l'aune du résultat, on finit bizarement très souvent au goulag, en camps de réuducation ou de travail, à Guantanamo, dans des chambres de tortures ou dans un cercueil. Et la mesure la plus juste jamais trouvée à ce jour reste celle de la libre expression, du libre-arbitre (pensée et expression de celle-ci) et donc du suffrage universel. Comme didait quelqu'un, "la démocratie est le pire système politique actuel à l'exclusion de tous les autres"

  • Benoît, le 04/08/2006 à 16h08

    Ce n'est pas parceque l'on fait l'éloge d'un système social que celui-ci fonctionne !!! Il ne faut pas confondre système et résultats. Regardez en France, nous avons l'un des systèmes de santé le meilleur du monde (d'après les dires de certains) mais celui-ci ne fonctionne pas parfaitement. Nous avons aussi l'un des meilleurs système d'éducation (aux dires de certains hommes politiques) mais celui-ci laisse sur le bord de la route des milliers de jeunes qui ne savent ni lire ni écrire. Si le communisme (dans sa forme la plus radicale) cubain est très alléchant ou "humaniste", le résultat n'en est pas moins désastreux (n'en déplaise à certains). Pour ceux qui en font l'apologie, rien ne les empèche d'aller vivre là bas ! Qu'ils en profitent, eux sont libre de partir de la France pour rejoindre Cuba (l'inverse n'est pas vrai).

  • José, le 04/08/2006 à 14h57

    Sous la précédente dictature(avant 1959)Cuba était le pays le plus developpé d'amérique du sud, en presque 5 décénies Castro a reussi à en faire le plus pauvre de la région, exepté Haiti.Encore une belle réussite du communisme!!!.La famille Catro se comporte comme si l'ile lui appartenait, pas d'opposition, tout le monde à ses pieds, el si quelque chose fonctionne mal c'est bien sur la faute à l'embargo.Même les produits locaux manquent( la faute aux américains bien sûr!!!).Le peuple n'en peût plus et se désole de voir des personnes soutenir ce système à l'étranger, bien repus dans les pays démocratiques à l'abri de cette terrible dictature.

  • Patrick, le 04/08/2006 à 11h12

    A Fabien de Paris, j'ai eu l'occasion d'aller plusieurs fois a Cuba car les Cubains sont d'une gentillesse et d'une joie de vivre; ils sont tres desireux de communiquer et de comprendre ce qu'il se passe ailleurs que sur leur ile. Le systeme de sante gratuit: c'est exact, a conditions neanmoins de n'avoir besoin que des medicaments "locaux" - par contre si vous avez besoin de cortisone (notamment pour les affections de type asmathique), il est tres difficile d'en avoir, a moins d'aller dans les pharmacies pour touristes ou la, vous avez acces a tout ce que ne peuvent pas avoir les Cubains car il faut payer en $. La liberte de pensee: pour travailler au contact des etrangers notamment des touristes, il faut un permis de travail delivre uniquement si vous etes adherents au PC et si votre marxisme est impeccable - sinon, vous ne pouvez pas travailler avec les etrangers et donc vous ne pouvez pas gagner les precieux $ qui vous permettent d'acheter vos medicaments, votre savon, du shampoing, de la viande, des oeufs, .... - toute la nourriture est rationnee. Certes, les Cubains que vous rencontrerez lors de vos vacances (ceux qui ont le permis de travail) vous chanteront les louanges de Fidel, mais si vous gagnez leur caonfiance, ils vous raconteront alors peut etre une autre histoire. Allez donc vous ballader dans les magasins d'etat, essayer d'acheter la meme nourriture que les Cubains. Un dictateur meme au service d'un ideal, ne vaut pas un clou et reste ce qu'il est: un homme pret a tout pour se maintenir au pouvoir au nom bien evidemment du "bonheur des masses" pour Fidel ou de la "lutte contre le communisme" pour Pinochet. J'ai des dizaines d'annecdotes qui me font mal au coeur, bien moins legeres, sur la nature du regime de Castro. Toutes mes amities aux Cubains.

  • Nicolas, le 04/08/2006 à 10h38

    A Fabien de Paris: Vous qui pointez la méconnaissance des autres sur Cuba, y êtes vous au moins déjà allé? Avez vous essayé de trouver ne serait ce que des oeufs? Il est pratiquement impossible d'en trouver! Les maisons sont insalubres, les fenêtres jamais remplacés... Et bien que le système de santé soit bon, je pense quand même que je préfère la liberté. Mais rien n'empêche les adorateurs du dictateur d'immigrer à Cuba s'il y fait si bon vivre! Assez bizarrement, les cubains eux préfèrent quitter cette si merveilleuse dictature

  • Lucien, le 04/08/2006 à 10h25

    A tous les admirateurs du Lider Maximo et de ses incroyables avancées sociales, économiques, politiques et culturelles, je ne conseille qu'une chose: allez à Cuba et voyez par vous même. Si vous résussissez à fréquenter d'autres personnes que les adolescentes ou les femmes non mariées qui doivent se prostituer pour nourrir correctment leurs enfants (n'en déplaise à l'UNICEF),alors vous pourrez toucher du doigt ce qu'est la vie dans ce paradis communiste. L'un de mes guides (imposés par l'état Cubain quand on le visite à titre professionnel, j'y ai fait 12 voyages en 20 ans!), à qui je posais la question : "mais où vit donc Fidel Castro" (c'est un secret militaire) m'a répondu avec ce magnifique humour : "l'important n'est pas que je sache ou Castro habite, l'important est qu'il ne sache pas où moi j'habite!" La survie à Cuba est fondée sur la pénurie, la combine, la discrétion et l'anonymat. Vivement que ça change, le peuple cubain le mérite!

  • Pascal, le 04/08/2006 à 10h05

    Ceux qui attaquent Castro et son bilan mettent en avant soit la pauvreté, ou utilisent des à priori sémantiques genre "dictature", et autre vocabulaire autorisé par les USA. La tyrannie, ce ne serait plutot pas de décider un embargo économique de presque un demi siecle sur un petit pays isolé, sachant les difficultés énormes que cela lui donnera pour nourrir sa population, enfants compris? La dictature, ce n'est pas de décider de tuer un dirigeant et de s'allier avec la mafia (Baie des cochons)pour tenter de le faire tomber? L'immense mérite du régime cubain est qu'il a pour but d'éduquer et d'instruire la population, et de lutter contre toutes les formes d'injustices; le régime US a quand à lui pour seul objectif l'enrichissement personnel et l'hégémonie américaine sur le reste de la planète...L'intention comptant à mon avis plus que le résultat, j'ai déjà choisi mon camp.

  • Fabien, le 04/08/2006 à 07h35

    Cet article illustre une profonde méconnaissance de la réalité cubaine ou une volonté délibérée de désinformation. En effet, toutes les organisations internationales, des Nations unies en passant par la Banque mondiale, sont unanimes pour faire l’éloge du système social cubain et de l’indice de développement humain de l’Île des Caraïbes. Cuba dispose de l’espérance de vie la plus élevée et du taux de mortalité infantile le plus bas du Tiers-monde. Cuba dispose d’un taux de mortalité infantile inférieur à celui des propres États-Unis. L’UNICEF affirme même que Cuba est l’unique nation d’Amérique latine et des Caraïbes à avoir éradiqué la dénutrition infantile

  • José, le 03/08/2006 à 20h33

    Comment peût-il y avoir de nos jours des personnes pour défendre une dictature au mépris du peuple qui la subi? sous pretexte que l'éducation y est gratuite? (mais gangrenée par la propagande!!) sous pretexte que le systeme de santé y est gratuite? (mais sans médicaments!!).De toute façon, pour profiter des toutes ces largesses dictatoriales il faut montrer patte blanche, c'est à dire prouver qu'on est un bon communiste ou...faire semblant!!! voila la réalité cubaine.

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