© sxc.huQUI VOTE ?
Environ 200 millions d'électeurs américains (sur une population totale estimée à 300 millions) sont appelés aux urnes ce mardi pour ces "super" élections législatives intervenant à la mi-mandat du président (d'où leur surnom de "mid-terms"). D'autres scrutins, notamment celui des gouverneurs, sont organisés en même temps.
Décalage horaire oblige, les bureaux de vote seront ouverts à partir de midi, heure française, dans les Etats de la Côte Est et fermeront à 6 h, heure française, mercredi matin, en Alaska. Traditionnellement, l'abstention est plus élevée lors de ces "mid-terms" que pour la présidentielle -46% de participation en 2002 contre 63% en 2004. Compte tenu des enjeux (voir ci-dessous), les instituts de sondage prévoient un vote plus important que d'habitude.
QUI LES AMERICAINS ELISENT-ILS ?
- Au niveau national : les membres du Congrès, soit :
- La totalité des 435 membres de la Chambre des représentants (chambre basse), élus pour deux ans. Chaque Etat est divisé en plusieurs "districts" (circonscriptions), selon sa taille et sa population.
- 1/3 des sénateurs (le Sénat est la chambre haute), soit 33 membres sur 100. Elus pour six ans, ils sont renouvelables par tiers tous les deux ans (les sénateurs concernés sont donc ceux choisis en 2000). Chaque Etat possède deux sénateurs, sans tenir compte de sa taille et de sa population.
- Au niveau des Etats : 36 des 50 gouverneurs. Ils sont élus pour quatre ans.
- Au niveau local : De nombreuses élections (municipales, parlements des Etats, shérifs, procureurs...) sont couplées aux trois principaux scrutins
QUELLE EST LA SITUATION ACTUELLE AU CONGRES ?
Les républicains sont majoritaires à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat.
- Chambre : 230 républicains, 202 démocrates (dont un indépendant) et trois postes vacants (deux anciennement détenus par des républicains, le troisième par un démocrate)
- Sénat : 55 républicains, 45 démocrates (dont un indépendant élu sous l'étiquette républicaine en 2000).
QUELLES SONT LES FORCES EN PRESENCE ?
Bipartisme oblige, la bataille concerne essentiellement le duel que se livrent les candidats républicains et démocrates. Les indépendants n'ont quasiment aucune chance d'être élus, sauf à être adoubés par l'un des deux grands partis.
QUELLES ONT ETE LES THEMES DE LA CAMPAGNE ?
- Irak
Le sujet a quasiment éclipsé les autres thèmes et apparaît comme le plus important pour au moins 33% des Américains, au point que le scrutin peut apparaître comme un référendum pour ou contre la politique menée depuis 2003. Les différents sondages montrent que les électeurs ne font plus confiance à l'administration Bush : 58% pensent que le président a délibérément menti pour justifier la guerre et que la stratégie menée actuellement dans le pays n'est pas la bonne. Résultat : la Maison-Blanche commence à s'interroger sur un changement de cap.
- Sécurité et lutte contre le terrorisme
Il s'agissait de la chasse gardée traditionnelle des républicains, considérés comme plus fermes et moins laxistes sur le sujet. Or, conséquence du bourbier dans lequel pataugent leurs soldats, 66% des Américains considèrent que la guerre n'a pas permis de les protéger plus efficacement contre d'éventuels nouveaux attentats. Malgré le vote de nouvelles mesures ces dernières semaines, certaines enquêtes montrent que les Américains font désormais plus confiance aux démocrates pour les protéger. Pour tenter de les influencer, les républicains ont ressorti leur épouvantail habituel : Oussama ben Laden, mis en scène dans un clip de campagne (cliquez ici pour voir la vidéo).
- Economie et social
Les questions des retraites ou de la réforme du système de santé ont été, comme d'habitude, mieux gérées par les démocrates. Bien que le déficit budgétaire et le prix de l'essence ont baissé, les républicains n'ont pas réussi à faire passer le message, bloqué par l'Irak.
- Immigration
Deux visions radicalement différentes sur le meilleur moyen de gérer le flux croissant d'immigrés clandestins entrant aux Etats-Unis se sont opposées, parfois au sein même des différents partis. Le premier débat concerne la manière d'arriver à mettre un frein à l'arrivée d'immigrés clandestins. En ce sens, George W. Bush a promulgué une loi prévoyant la construction d'ici à fin 2008 d'un "mur" sur plus d'un tiers de la frontière avec le Mexique, à commencer par le désert de l'Arizona. Le second débat est de savoir ce que l'on fait des clandestins déjà présents dans le pays, notamment s'il faut les naturaliser.
- Valeurs familiales
Les républicains estiment que leur défense, dont l'interdiction des avortements tardifs et la promotion du seul mariage entre un homme et une femme, a été une clé de leur victoire en 2004. Mais selon les sondages, elles n'arrivent qu'en sixième position du choix des électeurs pour ces législatives.
- Les affaires
Corruption, affaires touchant les entreprises travaillant pour l'armée ou intervenant en Irak, scandales sexuels : les élus républicains ont souvent été dans la tourmente lors de la législature et surtout ces dernières semaines.
QUI PART FAVORI ?
Claque ou déroute ? Selon tous les sondages, la question n'est plus de savoir si les républicains vont s'incliner face aux démocrates. La question concerne l'ampleur de leur défaite, au point que beaucoup ont pris leur distance avec la politique présidentielle pour tenter de limiter la casse.
A la Chambre, le parti de l'âne doit faire basculer 15 circonscriptions pour reprendre le contrôle qu'il a perdu lors du naufrage de 1994. Au Sénat, la tâche s'annonce plus compliquée. Le vice-président Cheney ayant la voix décisive en cas d'égalité, les démocrates doivent en effet gagner six sièges pour obtenir la majorité absolue (soit 51 au total).
QUELLES SERAIENT LES CONSEQUENCES D'UNE VICTOIRE DEMOCRATE ?
A l'instar de Bill Clinton en 1994, le président Bush serait contraint à une "cohabitation" avec des parlementaires hostiles. Avec une majorité à la Chambre des représentants, les démocrates, à la tête des commissions, pourraient multiplier enquêtes et auditions parlementaires, sommant les ministres de s'expliquer sur la guerre en Irak et laissant les désenchantés de l'ère Bush dénoncer d'éventuels abus. Ils décideraient également quelles lois seraient mises à l'ordre du jour. Avec une majorité au Sénat, ils auraient un pouvoir de co-décision pour toutes les nominations importantes.
Mais ce pouvoir d'initiative parlementaire a ses limites puisque le président garde un pouvoir de veto. Ce dernier restera d'ailleurs l'homme fort à la tête du pays, mais devra se montrer plus flexible et plus ouvert aux compromis qu'il ne l'est actuellement.
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