© AFP/M. Ngan"Au rythme où ça va, 'Clinton pour présidente' peut débuter le 8 novembre !". Pour l'institut de sondage Quinnipiac, cela ne fait aucun doute : Hillary Clinton, qui vient de fêter ses 59 ans, sera triomphalement reconduite à son poste de sénatrice de l'Etat de New York lors du scrutin du 7 novembre. Elue pour la première fois en 2000, elle ne devrait faire qu'une bouchée de son adversaire républicain. Selon les dernières enquêtes, elle devance en effet John Spencer, ancien élu local inconnu du grand public et farouche partisan de la guerre en Irak, de plus de 35 points (65% contre 30%).
Bref, pour les observateurs de la vie politique, cette élection de 2006 en cache une autre : celle pour la Maison-Blanche en 2008. Pour beaucoup, les débats entre les deux candidats ont ainsi surtout servi de galop d'essai et d'échauffement à l'ex-First Lady en vue des primaires démocrates, qui commenceront officiellement en janvier 2008. La sénatrice, qui n'a jamais fait part publiquement de sa candidature à la succession de George W. Bush, rejette pourtant les spéculations, de peur de donner l'impression que New York n'est qu'un tremplin. "Je suis concentrée sur cette élection. Les gens parlent... Je suis flattée, mais je n'ai pris aucune décision", clame-t-elle haut et fort. "Elle tente de minimiser son ambition, d'apparaître à la fois modeste et qualifiée. Elle a été accusée d'arrogance sous le gouvernement de son mari. C'est le type d'image qu'elle ne veut surtout plus donner", explique Steven Brams, professeur en sciences politiques à l'Université de New York. "Cette situation de 'candidate possible' lui convient très bien", ajoute Frank Baumgartner, professeur en sciences politiques à l'Université de Penn State.
Gommer l'image de "gauchiste"
Quoi qu'il en soit, les signes d'une opération "Clinton for president" ne manquent pas : Hillary Clinton a levé des fonds bien supérieurs à un budget de campagne sénatoriale et s'est entourée d'une large équipe, son mari Bill en tête. Depuis des mois, elle s'impose comme l'un des opposants les plus véhéments au gouvernement Bush, sur la lutte contre le terrorisme, le déficit, la Corée du Nord et surtout l'Irak. Elle réclame ainsi le départ du secrétaire à la Défense et "une nouvelle direction pour l'Amérique". Une manière de faire oublier qu'elle a soutenu l'intervention contre Saddam Hussein, ce qui lui a valu de féroces critiques de la gauche contestataire, notamment Michael Moore. Elle a néanmoins su négocier son changement de cap sur le sujet, éreintant la gestion du conflit sans renier son vote.
Plus globalement, au cours de ses six ans au Sénat, Hillary Clinton, jeune élue, a appris à naviguer avec prudence dans les arcanes de la politique, gagnant le respect à force d'assiduité sur des dossiers comme la santé ou la défense, collaborant aussi avec la droite dans des initiatives à caractère non partisan. "Tout ce que je fais présente un risque politique en raison de l'attention qu'on me porte", constate-elle. L'un de ses objectifs était de gommer son étiquette de "liberal", au sens américain du terme ("de gauche", voire "gauchiste", au sens français), qui en fait l'une des cibles favorites de la droite dure. Favorable à l'IVG, elle souhaite désormais le restreindre ; elle se montre plus ferme en matière d'immigration clandestine ou bien continue à se déclarer favorable à la peine de mort. A terme, son but est évidemment de séduire l'Amérique profonde, ce qui est loin d'être acquis.
Ecarter Bill ?
Enfin, elle sait que, si elle décide de se lancer, le principal obstacle qui l'attend pourrait être simplement... Bill Clinton. Le bilan de son mari au Bureau Ovale semble en effet inséparable de sa propre action politique, au risque de lui nuire. John McCain, l'un des républicains favoris pour l'investiture, l'a ainsi directement attaquée récemment sur le sujet en faisant référence au dossier nucléaire nord-coréen. "Il va falloir qu'elle passe un cap. Il y aura toujours des attaques contre l'administration Clinton, mais l'important pour elle sera de ne pas passer tout son temps à se défendre, mais plutôt de dire : 'écoutez, cela c'est le passé, moi je m'intéresse à l'avenir'. Quiconque se présente à la présidentielle ne peut pas le faire sur la base du passé, mais du futur", explique Leon Panett, l'ancien secrétaire général de la Maison-Blanche sous Bill Clinton. "Plutôt que 2008, elle ferait une bonne candidate en 2012 afin de prendre totalement ses distances avec la période Bill Clinton", observe Frank Baumgartner. Mais, si elle envisage réellement de s'installer au Bureau ovale, cette solution présente un risque important si un démocrate l'emporte dans deux ans -elle serait alors bloquée jusqu'en 2016.
Le meilleur moyen pour Hillary de régler le "problème" Bill pourrait donc tout simplement consister à mettre son mari de côté. Devenir la première femme candidate à la direction du pays le plus puissant du monde nécessite des sacrifices familiaux...
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