Des partisans du démocrate Bob Menendez fêtent sa victoire. © TF1/LCIInterview réalisée mercredi soir, avant la démission de Rumsfeld et l'annonce de la victoire démocrate au Sénat
LCI.fr : Frank Baumgartner, vous êtes professeur en sciences politiques à la Pennsylvania State University. Selon vous, la Virginie, où un recompte est très probable en raison du faible écart entre les deux candidats, peut-elle être la "nouvelle Floride" du Sénat ?
Frank Baumgartner : C'est possible. Le nouveau sénateur ne prendra ses fonctions qu'à la mi-janvier. La bataille peut durer quelques semaines sans que le travail législatif de George Allen, le sortant républicain, n'en soit affecté. Et comme la Virginie est située à côté de Washington, il y a beaucoup d'avocats. Les deux camps ont de quoi mener un long combat judiciaire.
LCI.fr : La Chambre a été gagnée par les démocrates. L'incertitude demeure donc au Sénat. Quel est l'intérêt pour les deux camps à l'emporter ?
F.B. : Selon la Constitution, le Sénat et la Chambre des représentants ont exactement le même pouvoir en matière législative. Aucun des deux n'a le dernier mot lors du vote d'une loi. Si les démocrates prennent le Sénat, ils gèreront totalement l'agenda parlementaire et auront plus de pouvoir que Bush. Si les républicains le conservent, ils auront plus de cartes en main pour contrer les initiatives venant des représentants et les obliger à des compromis. Bush ne sera pas non plus obligé d'utiliser son veto. Il sera ainsi "protégé" et n'apparaîtra pas comme l'homme du blocage.
"Il y aura un retrait d'Irak"
LCI.fr : Le scrutin s'apparentait à un référendum sur l'Irak. Quelles vont être les conséquences sur la guerre ?
F.B. : Les électeurs ont parlé et leur message est clair : ils en ont assez. L'administration républicaine va être obligée de les écouter. Il y aura forcément des changements. Le premier va concerner l'avenir de Condoleezza Rice (ndlr : la ministre des Affaires étrangères) et de Donald Rumsfeld (ndlr : le ministre de la Défense). Bush aura du mal à les garder dans son équipe, surtout Rumsfeld. Très contesté à l'intérieur de l'armée, il est à l'origine de la stratégie qui a abouti à la situation actuelle. Sur le terrain, il y aura un retrait progressif, c'est certain. Mais il ne faut néanmoins pas s'attendre à un calendrier précis et annoncé à l'avance.
LCI.fr : Quelle est la marge de manœuvre des démocrates sur ce sujet ?
F.B. : Elle est étroite. Grâce à leur victoire à la Chambre, ils vont pouvoir demander à ce que le coût de la guerre soit annoncé clairement sur le plan budgétaire. Mais surtout, ils vont devoir amener leur propre solution. Or jusqu'à présent, ils n'ont rien proposé, se contentant seulement de critiquer.
"La fin des néo-conservateurs"
LCI.fr : Plus globalement, quels autres changements peut-on attendre en matière de politique étrangère ?
F.B. : Le scrutin a montré que les pères intellectuels du néo-conservatisme ont perdu leur prestige. Leur idéologie, basée sur la confiance aveugle en la puissance militaire, ne s'intéressait pas aux résultats pratiques. Bush devrait donc infléchir cette doctrine pendant les deux ans à venir. Et il est évident qu'aucun candidat ne pourra baser sa campagne présidentielle dessus en 2008.
LCI.fr : En politique intérieure, Bush va-t-il devenir un "canard boiteux" ?
F.B. : C'est inévitable. C'est d'ailleurs souvent le cas lors des deux dernières années d'un second mandat. Ce sera encore plus le cas jusqu'en 2008. En fait, la question est de savoir ce que vont faire les démocrates : vont-ils regarder vers le passé en lançant des enquêtes sur la gestion républicaine ou bien vont-ils se tourner vers l'avenir et prendre des initiatives ? Dans ce cas, Bush essaiera sûrement de rebondir sur des sujets consensuels -sécurité sociale, salaire minimum...- pour en tirer le bénéfice.
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