L'aéroport JFK © DRPour se rendre aux Etats-Unis, les voyageurs français -hommes d'affaires ou simples touristes- et de 14 autres pays européens ont actuellement uniquement besoin de leur passeport. Ils sont en effet exemptés de visa dans le cadre du programme dit "d'exemption de visas" -en contrepartie, les Américains bénéficient de la réciprocité et peuvent venir en Europe sans visa. Cette disposition pourrait de fait disparaître dans les prochains mois, avec toutes les complications qui en découlent. Le 3 août dernier, le Congrès des Etats-Unis a en effet voté une nouvelle loi anti-terroriste.
Parmi les mesures, l'alignement aux 27 pays européens des modalités d'entrée de leurs concitoyens sur le sol des Etats-Unis. Mais, au lieu d'étendre le "programme d'exemption" aux 12 pays qui n'en bénéficiaient pas, les parlementaires américains ont choisi la solution inverse : imposer à tous les voyageurs européens une autorisation préalable. Afin de faciliter les démarches, celle-ci sera électronique (Electronic travel autorisation, ou ETA) et s'obtiendra en remplissant un formulaire en ligne. Elle demandera notamment aux voyageurs de fournir l'agenda détaillé de leur visite aux Etats-Unis 48 heures avant le vol. En cas de refus, il faudra passer par le consulat. Objectif : éviter que des terroristes ayant la nationalité européenne n'entrent facilement aux Etats-Unis. La disposition, compliquée pour des hommes d'affaires dont le planning est par nature fluctuant, amène elle-même plusieurs questions sur la protection de la vie privée.
Mesures de "rétorsion" ?
Evidemment, le vote de cette loi n'est pas assez inaperçu à Bruxelles. Pour l'instant, la Commission européenne espère convaincre les Etats-Unis d'assouplir leur texte par la négociation. Le 18 septembre, elle publiera un rapport sur le nouveau texte. "Nous présenterons une première analyse de l'impact de la loi sur le programme d'exemptions de visa, et notamment à quelle date tous les pays de l'UE pourraient le rejoindre. Nous attendons que celui-ci soit en effet appliqué aux 27 membres", explique Friso Roscam-Abbing, le porte-parole de la Commission sur le sujet.
En clair, la Commission veut que les visas soient supprimés pour tous ses membres, et non pas réintroduits via une version électronique. Du côté du Quai d'Orsay, on indique que "le sujet est sensible". "L'autorisation électronique de voyage peut affecter directement la liberté de circulation des ressortissants européens et français vers les Etats-Unis. La vigilance de la Commission européenne est donc légitime et adaptée", souligne une source au ministère des Affaires étrangères. L'ambassade des Etats-Unis à Paris minimise pour sa part la polémique naissante et souligne "qu'il s'agit simplement d'une mesure parmi d'autres". "Son entrée en vigueur peut prendre plusieurs années et ne se fera peut-être pas dans les termes exacts votés dimanche dernier", estime le service de presse.
Reste à savoir, si en cas d'échec lors des discussions à venir, les Européens seraient prêts à mettre dans la balance la mise en place de mesures de "rétorsion", en imposant à leur tour des "autorisations préalables" pour les voyageurs américains se rendant dans l'UE. Voilà un thème de discussion pour George W. Bush et Nicolas Sarkozy, qui se rencontrent samedi dans la propriété du président américain.
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