Ingrid Betancourt racontée par les deux hommes de sa vie

Par Agathe DESCAMPS, le 23 février 2008 à 06h45 , mis à jour le 22 février 2008 à 15h37

Portrait - La sénatrice est l'otage des Farc depuis six ans. Les deux hommes de sa vie, son époux colombien et son ex-mari français, la racontent.

TF1/LCI : Ingrid BetancourtIngrid Betancourt © TF1/LCI

ARTICLE PUBLIE POUR LA PREMIERE FOIS LE 16 AOUT 2007
LORS DU 2000e JOUR DE CAPTIVITE D'INGRID BETANCOURT
 

23 février 2002-23 février 2008 : depuis six ans, leur vie est en suspens. Fabrice Delloye, marié de 1981 à 1989 à Ingrid Betancourt, soutient ses enfants, Mélanie et Lorenzo, qui oeuvrent, médiatiquement, pour la libération de leur mère. Juan Carlos Lecompte, lui, est Colombien, et a rencontré la Franco-Colombienne en 1994. Ils nous racontent tous les deux la vie avec Ingrid, une femme à la personnalité bien trempée.
 
Dès leur rencontre, Fabrice Delloye, de dix ans l'aîné d'Ingrid,  est frappé par "la maturité et l'esprit extrêmement vif de cette jeune fille de 18 ans". A cette époque, Ingrid, qui a passé son enfance et sa jeunesse entre la Colombie et la France, revient à Paris pour étudier à Sciences-Po. La détermination et l'ambition la caractérisent déjà : "elle ne manquait pas de conviction. Un jour, je lui ai demandé ce qu'elle comptait faire de sa vie plus tard, elle m'a répondu : si je le peux, présidente de la République dans mon pays. Au début, je pensais que c'était une blague !". Et de conclure : "elle avait déjà un caractère très fort et  elle avait les défauts de ses qualités. Il était quasiment impossible de ne pas être d'accord avec elle, elle avait une tendance à vouloir imposer ses idées". 

"Il fallait qu'elle se sente utile"

Après avoir obtenu son diplôme de Science-Po, Ingrid suit son mari à l'étranger mais se lasse rapidement : "c'est une femme qui aime mener. Pour elle, il était inconcevable de suivre son mari. Il fallait qu'elle se sente utile." Mélanie, leur fille, naît en 1986, puis vient Lorenzo en 1989. Mais le bonheur familial ne comble pas cette femme d'une trentaine d'années qui souhaite déplacer des montagnes. Pour Fabrice Delloye, "Ingrid éprouvait une certaine lassitude à n'être qu'une femme au foyer, il lui fallait plus". Le déclic vient alors : en 1989, elle suit sa mère, Yolanda, qui fait campagne avec le chef du parti libéral colombien. Un jour, ce dernier est assassiné, alors que Yolanda, est juste à côté de lui.  Ingrid décide de  la rejoindre et de se battre avec elle pour la Colombie. Avec le recul, Fabrice Delloye concède qu'Ingrid "se sentait investie d'une mission: changer les choses dans son pays".
 
1989, année du déclic donc, mais aussi de la séparation d'Ingrid et Fabrice Delloye. Un an plus tard, ils divorcent. Ingrid, qui habite à l'époque Los Angeles, part en Colombie et sa carrière politique prend forme. Elle entre tout d'abord au ministère des Finances, est élue députée en 1994 puis sénatrice en 1998, année de la création de son parti politique, Oxygène Vert. En Colombie, Ingrid Betancourt dérange. "Elle a toujours été dérangeante, mais en Colombie, elle l'est devenue très rapidement", explique Fabrice Delloye. Car Ingrid veut faire le ménage parmi les politiques corrompus et se fait beaucoup d'ennemis. 

"Elle culpabilisait"
 
Lors de son départ, Mélanie et Lorenzo partent avec elle. Pendant deux ans, ils font l'aller-retour entre la France et La Colombie jusqu'au moment où Fabrice Delloye décide de les rejoindre. "Finalement, Ingrid voulait mener les choses, et elle a réussi! Avant notre séparation, je ne voulais et ne pouvais pas la suivre et finalement, c'est ce que j'ai fait pour être près de mes enfants !". Fabrice Delloye reste cinq ans en Colombie. Pendant ce temps, les enfants doivent à deux reprises partir en France chez leurs grands-parents paternels car ils sont en danger.

En 1996, la décision est prise : pour des mesures de sécurité, ils partent vivre avec leur père en Nouvelle-Zélande. "C'était une très bonne mère, attentive, exigeante, ouverte au dialogue, mais elle culpabilisait d'avoir choisi une carrière politique qui l'avait éloignée de ses enfants". Pour combler le manque, la famille innove : "on était dans les premiers à utiliser des webcams. Ingrid adorait voir les enfants sur l'écran. Et elle faisait attention à tout : une fois, ils étaient en Nouvelle-Zélande chez des amis, et elle s'est aperçue que Lorenzo avait une allergie. Elle était à des milliers de kilomètres, mais elle a remué ciel et terre pour qu'il soit soigné immédiatement."

En parallèle, Ingrid refait sa vie. Passionnée d'équitation, elle se rend régulièrement dans un club. En 1994, elle y rencontre Juan Carlos Lecompte, qui deviendra son futur mari. Ses propos rejoignent ceux de Fabrice Delloye : "Ingrid, c'est une personne sincère, elle ne tourne jamais autour du pot et elle sait ce qu'elle veut". Publicitaire à Bogota, Juan Carlos Lecompte est surpris par "la manière dont Ingrid parle aux gens, peu importe leur milieu, elle tient toujours le même discours." Le combat politique devient la priorité d'Ingrid. Pour Juan Carlos, "sa vie c'était 50/50. 50 % pour la Colombie, 50% pour la famille." Mais quand il repense à sa vie de couple, il reconnaît qu'"Ingrid n'avait pas une minute. Elle était constamment occupée."

"Elle n'a pas été inconsciente"
 
Le 23 février 2002, la politique a-t-elle pris le dessus sur la famille ? Ingrid, en pleine campagne électorale pour la présidentielle, décide de se rendre  à San Vicente del Caguán, une zone contrôlée par la rébellion. Les deux hommes de sa vie refusent de qualifier cette décision d'inconscience et reviennent sur ce jour fatidique. "Tout était prévu, elle avait eu le frère du président au téléphone. Il l'avait assurée qu'elle aurait une place dans l'hélicoptère qui emmenait le président Pastrana. Cette zone était le territoire des FARC, mais les politiques avaient décidé d'y renvoyer l'armée. Le président y allant pour rendre officielle la présence armée dans la ville".  
 
De son côté, Pastrana fait tout pour qu'Ingrid n'y aille pas. Selon Juan Carlos Lecompte, "les médias l'attendaient, elle avait tellement combattu pour une autre politique plus honnête avec des promesses qui se traduisaient en actes, qu'elle ne pouvait pas rester là sans y aller." Fabrice Delloye renchérit : "certes, de multiples barrages ont tenté de l'arrêter, mais si l'armée ne voulait pas qu'elle y aille, les militaires n'auraient pas dû lui fournir la voiture."

Par Agathe DESCAMPS le 23 février 2008 à 06:45
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6 Commentaires

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  • Remi, le 20/11/2007 à 11h43

    C'est vraiment une femme courageuse, sincère et intelligente qui a cherché à faire bouger les choses dans son pays coincé entre la corruption, les narco-traficants et des facho-marxistes intransigeants. Ingrid Bettancourt, c'est quand même une autre pointure que la capricieuse Cécilia ! On a de la peine et de l'espoir pour sa famille, on imagine ce qu'ils doivent endurer tous les jours. Souhaitons fort qu'elle puisse retrouver la liberté rapidement et merci quand même à Monsieur Chavez, il fait ce qu'il peut.

  • Pascal, le 20/11/2007 à 11h23

    Danièle DILLY, Outreau : "...la franco-colombienne...". "Franco" ici veut dire française. Donc si on suit ton raisonnement, on ne doit rien faire pour une seule personne, puisqu'il y en a plein... donc on ne fait rien.

  • Danièle DILLY, le 16/08/2007 à 12h10

    Etant donné tout le ramdam fait par la presse française autour de sa détention, je croyais qu'elle était française, même pas ! Elle voulait être président de la république de Colombie, SON PAYS comme elle dit, eh bien je ne vois pas pourquoi la France s'ingèrait dans la politique colombienne. Qui sème le vent, récolte la tempête. Il y a d'autres prisonniers politiques dont on ne parle même pas.

  • Nina, le 16/08/2007 à 10h46

    Chapeau bas !

  • Bolleau Paule, le 16/08/2007 à 10h26

    Très beau témoignage. Je salue le courage de cette femme qui est allée au bout de ses idées et je souhaite de tout mon coeur la revoir très bientôt parmi les siens. Elle marquera son siècle. Grand courage pour sa famille.

  • Killian, le 16/08/2007 à 08h55

    Elle savait ce qu'elle faisait en voulant servir la colombie,elle connaissait les risques,je pense que les farcqs ont une monnaie d'echange tres importante au yeux de l'opinion international;le president colombien ne veut pes negotier avec les terroristes,j'espere me tromper ,on est pas pret de la revoir,on a des ex d otage qui sont resté plus de 10 ans

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