Al Gore © LCIPour l'instant, il n'est officiellement candidat à rien, et surtout pas à l'investiture démocrate pour la Maison Blanche. Néanmoins, Al Gore, battu dans les conditions que l'on sait en 2000 par George W. Bush, reste pragmatique et n'a pas encore fermé la porte à une nouvelle tentative. "Je suis en politicien en cure de désintoxication. Mais il faut toujours se méfier d'une possible rechute. Je n'ai pas exclu de me présenter, mais je ne pense pas que cela ait des chances de se produire" expliquait récemment l'ancien vice-président de Bill Clinton à l'hebdomadaire Time.
Certains sondages prennent d'ailleurs en compte l'éventualité de sa candidature aux primaires du parti de l'âne et sont réalisés en tenant compte de deux hypothèses. Pour l'instant, avec l'option "Al Gore candidat", le prix Nobel de la Paix 2007, âgé de 59 ans, tourne entre 10% et 15% des intentions de vote, juste derrière John Edwards, pas très loin de Barack Obama (20%), tout en étant très largement distancé par Hillary Clinton (40%). Ce score, plutôt élevé pour un "retraité" de la politique, s'explique par son omniprésence médiatique depuis qu'il est devenu le héraut de la menace représentée par le réchauffement climatique. Entre promotion, conférences et victoire aux Oscars pour le documentaire Une vérité qui dérange et les initiatives "Live earth" -notamment les méga-concerts-, il est de fait revenu sur le devant de la scène politique américaine.
Pour Draft Gore, le Nobel tombe à pic
La récompense peut-elle cependant faire changer d'avis celui qui se surnomme lui-même l'"ex-futur président des Etats-Unis d'Amérique" ? Ses récentes déclarations semblent montrer qu'il se préfère vraiment dans son nouveau rôle plutôt qu'en politicien à l'ancienne. "Je suis tombé en désamour avec la politique, où les candidats doivent limiter leur message à une phrase pour les journaux télévisés du soir. Si je fais bien mon travail, tous les candidats vont parler de la crise climatique. Et je ne suis pas convaincu que la présidence soit le meilleur rôle que je puisse jouer", souligne-t-il.
Reste à savoir s'il se laissera griser par son prix et surtout convaincre par ses partisans de Draft Gore. Mercredi, ceux-ci ont publié une pleine page dans le New York Times et diffusé des messages sur plusieurs chaînes de radio pour lui demander de se lancer dans la course. Evidemment, ils n'auraient pas pu rêver mieux que l'attribution du Nobel pour catapulter leur poulain vers une candidature de la 23e heure. "Beaucoup de gens vont l'appeler. C'est très difficile de prévoir ce qu'il décidera", estimait vendredi John Dickerson, un politologue américain sur CNN. Pour sa femme, la réponse ne fait aucun doute : "Il ne veut pas y aller", assurait Tipper Gore il y a quelques jours encore. "Il a accès à tous les dirigeants, dans tous les pays, dans le monde des affaires, à des gens de toute obédience politique -il peut faire ce qu'il veut, partout dans le monde, aussi longtemps qu'il le veut- c'est ça la liberté ! pourquoi y renoncer ?" interrogeait-elle.
Trop tard pour rattraper Hillary ?
Si jamais il était tenté, c'est surtout la situation à l'intérieur du camp démocrate qui pourrait freiner la "rechute" d'Al Gore. L'avance d'Hillary Clinton ne concerne pas que les sondages mais aussi et surtout l'argent, nerf de la guerre de la bataille présidentielle. La sénatrice de l'Etat de New York a ainsi amassé 70 millions de dollars et a su rassembler autour d'elle la fine fleur des conseillers et experts démocrates. Al Gore partirait donc avec un désavantage indéniable. Il lui faudrait alors quasiment tout miser sur les premières primaires d'Iowa et du New Hampshire, qui donneront le ton mi-janvier, pour espérer avoir une chance d'inverser la tendance par la suite.
Le pari en vaut-il la peine, quand on sait que les défenseurs de l'environnement sont loin d'être populaires outre-Atlantique ? "Il n'y a pas de meilleur endroit pour lutter contre le réchauffement climatique que le bureau ovale" analyse Sherry Bebitch Jeffe, professeur de sciences politiques à l'Université de Californie du sud à Los Angeles. Président des Etats-Unis d'Amérique, Al Gore, outre se venger de son amère défaite de 2000, se retrouverait il est vrai au poste idéal pour appliquer les idées qui lui tiennent le plus à cœur. Il pourrait par exemple signer le protocole de Kyoto, qu'il a négocié du temps de sa vice-présidence, mais que George W. Bush refuse de ratifier.
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