Hugo Chavez accueille les ex-otages des Farc au palais présidentiel, le 10 janvier 208 © TF1/LCIIl n'a laissé à personne d'autre le soin d'annoncer officiellement la nouvelle au monde entier. Avec la libération de Clara Rojas et Consuelo Gonzalez, Hugo Chavez, considéré comme un paria par l'administration Bush, obtient il est vrai une victoire diplomatique. Et prouve qu'il est bel et bien l'acteur incontournable pour aboutir à un règlement global du conflit des otages détenus par les Farc.
Le président vénézuélien est intervenu dans le dossier en août dernier après avoir été chargé d'une médiation par son homologue colombien, Alvaro Uribe -celui-ci avait été plus ou moins contraint d'accepter l'intrusion de son encombrant voisin dans ses affaires. L'objectif de Hugo Chavez : négocier un "accord humanitaire" prévoyant la libération des centaines d'otages des Farc contre celle des guérilleros emprisonnés par Bogota. Pendant deux mois, les pourparlers se déroulent en coulisses.
Tensions avec Uribe
Courant novembre, premier rebondissement : Hugo Chavez affirme être en mesure de produire une "preuve de vie" d'Ingrid Betancourt. Il dit espérer pouvoir l'apporter lors de son voyage à Paris le 20 novembre. Mais son échec remet en cause sa crédibilité, au point que Alvaro Uribe décide de "limoger" son médiateur, sous prétexte qu'il a outrepassé son mandat. Mais la protestation des familles des otages, notamment celle d'Ingrid Betancourt, fait revenir le président colombien sur sa décision.
Fin novembre, la vidéo tant attendue finit par arriver, mais par "accident" puisqu'elle est découverte sur un guérillero capturé en pleine jungle. Néanmoins, avec un enregistrement datant du 24 octobre, elle prouve de fait que les Farc ont prêté une oreille attentive aux demandes du président vénézuélien.
Médiatisation
Remis en selle, Hugo Chavez met ensuite tout son poids dans la balance pour aboutir à un accord non pas global, mais très partiel. En signe de bonne volonté de sa part, la solution acceptée par la guérilla ne porte en effet que sur la libération de Consuelo Gonzalez, une parlementaire colombienne, de Clara Rojas, la directrice de campagne de Ingrid Betancourt, et de son fils Emmanuel, né en captivité.
Annoncée à grand renfort médiatique par le président vénézuélien lui-même pour avoir lieu avant Noël puis pour les jours suivants, l'opération de récupération échoue finalement à la dernière minute le 28 décembre. Cet échec envenime encore les relations entre Chavez et Uribe. Le premier accuse notamment le second d'avoir volontairement torpillé la mission en poursuivant des actions militaires dans la région où devait se dérouler l'échange. Le président colombien rejette ces allégations.
Il profite surtout de l'occasion pour discréditer son homologue, en affirmant que les Farc ne détiennent plus l'enfant de Clara Rojas. Il apparaît en effet qu'Emmanuel, abandonné dans un état lamentable, est déjà sous la garde des services sociaux colombiens. Pour Uribe, l'argumentation est facile : selon lui, cela montre que les Farc ont trompé Hugo Chavez. Sous-entendu : il n'a aucune influence sur elles.
"Les Farc écoutent Chavez"
Le succès de l'opération de jeudi prouve donc le contaire. C'est un succès personnel pour Hugo Chavez. Il ne s'est d'ailleurs pas privé pour le mettre en scène à la télévision vénézuélienne, à grands renforts d'images et d'éditions spéciales, dans lesquelles les deux femmes le remercient et le glorifient.
Il a surtout également reçu les remerciements de Nicolas Sarkozy et de la famille d'Ingrid Betancourt. "C'est la première fois que la guérilla libère de manière unilatérale et sans condition des otages politiques. Elle écoute Chavez", souligne Juan Carlos Lecompte, le second mari d'Ingrid Betancourt. Jusqu'au point de convaincre Manuel Marulanda, le chef des Farc, de se séparer de sa plus célèbre otage ?
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