Hillary Clinton © Abacapress
Frank R. Baumgartner est professeur de sciences politiques à l'Université Penn State, en Pennsylvanie.
LCI.fr : Comment interpréter le revers de Hillary Clinton ?
Frank R. Baumgartner :
En fait, elle n'a jamais été très forte dans l'Iowa. Certains de ses conseillers préconisaient même de faire plus ou moins l'impasse dans l'Etat, à la manière de Giuliani chez les républicains.
Pour bien analyser les résultats, il faut noter que les trois principaux candidats démocrates développent des thèses assez semblables sur le fond. La différence entre eux se fait donc ailleurs, notamment sur leur personnalité. Or depuis plusieurs mois, Hillary Clinton, qui passe pour être rigide, était aussi perçue comme la candidate inévitable du parti démocrate, celle qui allait forcément l'emporter. Cela a fini par énerver beaucoup d'électeurs. Cette défaite pourrait donc être dévastatrice pour la suite puisqu'elle n'apparaît plus comme la seule candidate possible.
LCI.fr : Avec sa belle victoire, Barack Obama est bien lancé. A-t-il les moyens de poursuivre sur la même voie ?
Frank R. Baumgartner : Je suis surpris par l'ampleur de sa victoire. Il a su mobiliser les jeunes qui d'habitude ne votaient pas lors du caucus. Grâce à eux, avec presque 5% de votants, la participation chez les démocrates a d'ailleurs doublé par rapport aux années précédentes. Obama a mené une très bonne campagne et son charisme a fait le reste. Il représente un nouveau visage, tout en étant perçu comme quelqu'un de complètement différent qui donnerait notamment une autre image de l'Amérique à l'étranger. Ce n'est pas le cas de Clinton. Plus globalement, il inspire beaucoup d'électeurs alors que ceux qui soutenait Clinton le faisait uniquement car elle apparaissait comme la candidate pré-déterminée.
"Si Clinton perd dans le New Hampshire, c'est fini pour elle"
LCI.fr : Barack Obama gagne dans un "Etat blanc". Il a donc évité l'écueil du vote communautaire ?
Frank R. Baumgartner : Etant donné qu'il n'y a pas de Noirs en Iowa, il ne pouvait pas compter sur leur vote et le problème ne se posait pas. En revanche, cela risque d'être différent dans les Etats du Sud où la situation est plus marquée : il y a plus de Noirs, mais le racisme y est également plus important.
LCI.fr : Quelle suite pour la bataille démocrate ?
Frank R. Baumgartner : Si Hillary Clinton perd dans le New Hampshire mardi prochain, ce sera fini pour elle. Mais dans cet Etat de la côte Est, où Bill Clinton est encore très populaire, elle a les moyens de rebondir. De son côté, même en cas de défaite, Obama devrait mieux faire que son score dans les sondages. Or dans notre système des primaires, cela équivaut à une victoire.
"Huckabee est uniquement le candidat de la droite familiale"
LCI.fr : Chez les républicains, que signifie la percée de MIke Huckabee ? A-t-il les moyens de poursuivre ou est-ce son quart d'heure de gloire ?
Frank R. Baumgartner : Sa victoire n'a pas la même signification que celle d'Obama. Tout d'abord, il faut noter que le taux de participation chez les républicains est assez faible. Or Huckabee a bénéficié du vote des évangéliques, dont il est le candidat. Ceux-ci, bien organisés par leurs églises, viennent généralement en masse au caucus. Ce sera loin d'être le cas dans le New Hampshire.
Ensuite, sa crédibilité n'est pas au mieux après quelques déclarations bizarres, notamment sur le fait de renforcer les contrôles à la frontière mexicaine pour éviter que des terroristes venant du Pakistan ne pénétrent aux Etats-Unis. Il devra également faire face aux attaques qui ne manqueront pas. Enfin, il aura du mal à résoudre ses problèmes financiers car les évangéliques ont généralement moins d'argent à donner que les supporters de Giuliani ou McCain. Comme on dit chez nous, il n'est "pas prêt pour le prime-time" (He's not ready for the prime-time).
LCI.fr : La donne républicaine est-elle néanmoins bouleversée, notamment après la défaite de Romney ?
Frank R. Baumgartner : Tout à fait. Même s'il reste le candidat préféré de la droite familiale, Mike Huckabee n'est pas celui du parti républicain. De son côté, avec sa deuxième place, alors qu'il avait beaucoup misé sur l'Iowa, Mitt Romney se retrouve dans une position inconfortable. Il doit maintenant gagner dans le New Hampshire sous peine d'être hors course, puisque Huckabee pourra encore compter sur les évangéliques des Etats du Sud par la suite. Or, dans ce secteur, Romney est handicapé par sa foi mormone.
En raison de la faible participation et de la sur-représentation du vote évangélique, les mauvais scores de McCain ou de Giuliani ne veulent pas dire grand-chose car ils ont fait l'impasse sur l'Iowa.
LCI.fr : Que peut-on attendre de la primaire de mardi prochain dans le New Hampshire chez les républicains ?
Frank R. Baumgartner : C'est un tout autre scrutin qui s'annonce. La participation sera plus élevée et le vote religieux beaucoup moins important. L'électorat de cet Etat de la côte Est est moins à droite et plus pragmatique que dans l'Iowa. Rudolph Giuliani sera par exemple moins handicapé par ses prises de positions libérales sur l'avortement ou le droit des homosexuels.
Retrouvez toute l'actualité sur les primaires américaines dans notre dossier spécial et sur le blog des correspondants de TF1 à Washington.
RENDEZ-VOUS LCI : "Questions d'actu", lundi 7 janvier, à 11h10 (rediffusion à 17h10)
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