Rudolph Giuliani, le 29 janvier 2008 © TF1/LCI
Depuis le 11-Septembre, il était surnommé le "maire de l'Amérique" en raison de sa réaction et de son attitude, exemplaires, dans les heures qui suivirent les attentats. Le 4 novembre prochain, il espérait bien surfer sur cette image de héros national pour devenir le président de l'Amérique.
Pour cela, il lui fallait tout d'abord obtenir l'investiture du parti républicain. Pendant très longtemps, Rudolph Giuliani a été le favori du parti de l'éléphant. Toute l'année 2007, il a tourné à environ 30% dans les sondages, avec une dizaine de points d'avance sur ses premiers challengers (cliquez ici pour voir notre infographie). Les observateurs ne voyaient pas qui pourrait le devancer lors de la saison des primaires. Ils n'avaient pas tort : seul Rudolph Giuliani lui-même pouvait battre Rudoph Giuliani.
"Deux dates : le 11-Septembre et le 5 février"
Tout est parti d'une stratégie risquée, véritable coup de poker politique. Rudolph Giuliani a estimé que les électeurs républicains des deux premiers Etats à voter, l'Iowa et le New Hampshire, étaient trop conservateurs sur le plan moral pour lui accorder leurs suffrages. Il se savait discrédité par ses prises de position en faveur de l'avortement, du droit des homosexuels ou encore de son opposition au port d'armes. Sur ces sujets, Rudolph Giuliani se situe sur la même ligne que beaucoup de démocrates. Sa vie privée dissolue -il s'est marié trois fois- achevait de faire de lui un repoussoir pour les évangéliques.
Résultat : "Rudy", aujourd'hui âgé de 63 ans, a décidé de faire l'impasse sur les premiers scrutins pour se concentrer sur la Floride, premier grand Etat à voter le 29 janvier, et sur le "Super-Mardi" du 5 février. Ce jour là, plus de vingt Etats se prononceront, notamment la Californie et New York, sensibles à ses thèses libérales. "Rudy Giuliani connaît deux dates : le 11-Septembre et le 5 février", raillaient ses adversaires. Il est vrai qu'il a sillonné le pays avec son costume d'"homme de la situation", capable de gérer n'importe quelle crise. "Giuliani ne sait construire des phrases qu'un sujet, un verbe et le 11-Septembre", ironisait également Joe Biden, l'un des candidats aux primaires démocrates.
Pour séduire les conservateurs en matière de politique étrangère, deuxième gros contingent du parti républicain, Rudolph Giuliani a également toujours soutenu la guerre en Irak et s'est présenté comme le seul rempart contre la menace terroriste qualifiée "d'islamo-fasciste". Il mettait aussi en avant son bilan à la mairie de New York, avec des finances publiques assainies et une restriction drastique de la délinquance, notamment dans le métro.
L'économie aux oubliettes
Jusqu'à fin décembre, la stratégie a bien fonctionné, même si Rudolph Giuliani était régulièrement attaqué par des associations de pompiers qui lui reprochaient des décisions jugées inadéquates pour leur santé à Ground Zero. Tout s'est enrayé avec l'exposition médiatique glanée gratuitement par ses adversaires lors des premiers scrutins. Tandis qu'il récoltait logiquement de faibles scores en Iowa ou au New Hampshire où il n'avait pas daigné mettre les pieds, Mitt Romney et John McCain revenaient lentement et sûrement dans la course.
La crainte de la récession a achevé de faire exploser Rudolph Giuliani. L'économie s'est alors imposée dans les débats. Mis à part des baisses d'impôts qui figuraient dans son programme depuis longtemps, Giuliani a préféré marteler encore et toujours le thème de la sécurité. Il est ainsi passé pour beaucoup moins compétent que Mitt Romney, chef d'entreprise multimillionnaire, auprès des conservateurs en matière économique, troisième groupe de l'électorat républicain.
Ralliement à McCain ?
Avec seulement 15% des suffrages et une décevante troisième place, la Floride, qui devait le mettre sur orbite, sera donc a priori le tombeau de ses illusions. Lors de son discours, mardi soir, il a affirmé qu'il resterait "impliqué" dans la campagne. L'implication devrait en fait consister en un désistement en faveur de John McCain, avec qui il partage le plus de points communs, notamment en matière de politique étrangère. "C'est la plus mauvaise campagne de ce millénaire, voire du millénaire précédent", conclut, féroce, CNN.
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