© AFP / S. Honda
Mardi soir, Hillary Clinton était radieuse et tout sourire à Manchester, la principale ville du New Hampshire. Et elle avait de quoi. Battue la semaine dernière par Barack Obama dans le caucus démocrate de l'Iowa, largement distancée depuis dans les sondages pour la primaire capitale du New Hampshire, elle a finalement retourné la situation à son avantage.
Après une âpre bataille où chacun des deux prétendants est allé chercher les voix sur le terrain -Hillary Clinton a par exemple fait du porte-à-porte elle-même jusqu'au dernier jour-, le duel a été très serré, au point que les résultats ont été annoncés plus de deux heures après la fermeture des bureaux : l'ancienne Première dame des Etats-Unis obtient 39% des voix, contre 36% au sénateur de l'Illinois.
"La politique n'est pas un jeu"
La voilà donc relancée dans la course à l'investiture démocrate, qui apparaît plus indécise que jamais. "La semaine dernière, je vous ai écoutés et j'ai ai eu l'impression de me reconnaître. J'ai l'impression que nous parlons tous avec notre coeur (...). Donnons ensemble et maintenant à l'Amérique ce come-back que vous venez de m'accorder", a lancé la sénatrice de New York à ses supporters dans son discours de victoire. "Vous avez rappelé à tout le monde que la politique n'est pas un jeu, cette campagne concerne des gens", a-t-elle ajouté, entourée de son mari Bill et de leur fille Chelsea, devant une foule en liesse. D'après les enquêtes, elle a notamment bénéficié du vote des femmes (47% pour elle, 34% pour Obama) et des foyers à revenus modestes (47% contre 32%).
De son côté, Barack Obama n'aura donc pas réussi son pari : celui de faire apparaître son investiture comme inévitable après son succès en Iowa. Malgré la défaite, son charisme lui a néanmoins permis d'électriser la foule réunie lors de son intervention. Il a une nouvelle fois scandé son slogan "oui nous le pouvons", appelant ses partisans à continuer de croire au "changement", et à sa victoire ultime, qui ferait de lui le premier président noir des Etats-Unis. "Je suis encore là, et je suis prêt", a-t-il asséné, se sachant notamment toujours largement soutenu par les jeunes (51% contre 28 % pour Clinton), avant de réitérer son discours rassembleur appelant "démocrates, indépendants et républicains qui êtes fatigués de la division (...), qui savez qu'on peut ne pas être d'accord sans se fâcher, il n'y a aucun problème que vous ne puissiez résoudre".
Derrière ce duo qui monopolise l'attention médiatique, John Edwards, le troisième larron du parti de l'âne, est arrivé cette fois loin derrière, avec environ 17% des suffrages. Après les scrutins dans le Michigan mardi prochain (qui ne sera pas pris en compte en raison d'un différend entre les démocrates de l'Etat et la direction du parti) puis du Nevada le 19 janvier, le candidat à la vice-présidence en 2004 mise désormais beaucoup sur la primaire du 26 janvier en Caroline du Sud, Etat dont il est originaire pour rester dans la course. Faute de quoi il pourrait alors se rallier à Barack Obama, comme ses dernières déclarations le laissent entendre. Quoi qu'il en soit, la course restera ouverte jusqu'au "Super-Mardi" du 5 février, jour où plus de vingt Etats voteront.
McCain, l'autre come-back
Dans le camp républicain, cette primaire du New Hampshire, un Etat en fait peu représentatif et qui envoie peu de délégués aux conventions, a également été marqué par un come-back : celui de John McCain. Donné mort politiquement à l'été dernier en raison de problèmes financiers, le vieux routier de la politique américaine, héros de la guerre du Vietnam, a refait surface il y a quelques jours. "Ce soir, nous leur avons montré à quoi ressemble un 'comeback', s'est félicité le sénateur de l'Arizona. Donné favori des derniers sondages, il a confirmé sa belle dynamique en récoltant 37% des suffrages. Il a ainsi battu le milliardaire mormon Mitt Romney, distancé de 5 points. Déjà au tapis en Iowa, Mitt Romney, qui avait tout misé sur ces deux premiers scrutins pour créer un effet "boule de neige", se retrouve dans une position très inconfortable.
Sans surprise, le pasteur Mike Huckabee, vainqueur en Iowa, n'a pu rééditer son exploit dans un Etat où les évangéliques, qui constituent la majorité de ses électeurs, sont beaucoup moins présents. Avec 11%, il devance cependant le favori au niveau national, Rudolph Giuliani. Certes, l'ancien maire de New York, qui mise tout sur la Floride le 29 janvier puis le "Super-Mardi", n'avait quasiment pas fait campagne dans le New Hampshire. Mais ses 9% montrent les limites imposées par ses prises de positions libérales en matière de société (il est favorable à l'avortement et aux droits des homosexuels) et par sa vie privée (il a divorcé deux fois) dans une société puritaine. Bref, comme chez les démocrates, la bataille républicaine risque de se régler le 5 février.
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