Barack Obama, le 5 février 2008 © TF1/LCISteven R. Ekovich est professeur de sciences politiques à l'Université américaine de Paris.
LCI.fr : La politique étrangère est-elle un enjeu de taille pour ces primaires démocrates ?
Steven R. Ekovich
: Non, pas réellement. L'Irak est en effet sorti de la campagne. Les démocrates savent que les gens sont un peu fatigués du sujet et ils sont confrontés à l'amélioration de la situation sur place. Cela devrait être aussi le cas pour l'élection générale sauf si Bush prépare une "surprise d'octobre", en annonçant un retrait des troupes d'Irak ou "faire un coup" sur le plan diplomatique afin d'aide le candidat républicain.
LCI.fr : En Europe et dans le monde, où il est souvent perçu comme une colombe, Barack Obama est très populaire. S'il était élu, en quoi changerait-il la politique étrangère des Etats-Unis ?
S.E. : Justement, c'est bien là le problème : sur le fond, il ne changerait pas fondamentalement la politique menée par ses prédécesseurs (ndlr : Obama a par exemple annoncé qu'il n'hésiterait pas à bombarder les zones tribales pakistanaises sans l'accord d'Islamabad pour y débusquer des terroristes). Pour une simple raison : la confrontation entre ses souhaits et la réalité. Il a ainsi affirmé qu'il retirerait les troupes d'Irak. Mais les généraux s'y opposeront avec un argument de poids : "la situation va mieux. Mais si les Etats-Unis quittent l'Irak, alors on reviendra en arrière". S'il maintenait néanmoins un départ, il ferait alors preuve de naïveté.
LCI.fr : Pourtant, il mène bel et bien campagne sur cet argument du retrait d'Irak. "Obama
est hypocrite
sur l'Irak"Steven Ekovich
S.E. : C'est d'ailleurs un peu hypocrite de sa part. Evidemment le discours plaît, mais la réalité géostratégique est différente. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un candidat agit ainsi en matière de politique étrangère.
Lors de sa victoire en 1951, Eisenhower avait par exemple fait campagne en promettant de libérer les peuples d'Europe de l'Est de l'oppression communiste. Une fois à la Maison-Blanche, il avait abandonné cette promesse pour se contenter de la stratégie de l'endiguement.
LCI.fr : Sur la forme, une présidence Obama serait-elle néanmoins différente de la présidence Bush ?
S.E. : Tout à fait. Là, ce serait un vrai et grand changement car le style et la forme sont très importantes, presque autant que le fond. Avec Bush, on a atteint ce qu'il y avait de pire. Or d'une manière générale, le monde veut aimer les Etats-Unis. Avec Bush, c'était impossible. Avec Obama, ce serait possible, tout comme avec Clinton et même McCain d'ailleurs, car lui aussi est de fait un candidat anti-Bush.
LCI.fr : Obama travaille très bien cette image.
S.E. : Oui. Il se veut à l'écoute, modeste et entend montrer qu'il abordera de manière différente les problèmes avant d'employer la force. Il a compris que la diplomatie, c'est aussi de la communication. Sur ce terrain, il a pris l'avantage sur Clinton, c'est certain. Cela peut lui servir pour les primaires auprès des électeurs qui veulent redresser l'image des Etats-Unis dans le monde. Mais cela reste néanmoins très marginal. "La diplomatie,
c'est aussi
de la
communication"Steven Ekovich
Il faut noter que les électeurs américains englobent aussi la solidité d'un candidat dans la question de l'image. Alors même si Obama est effectivement séduisant, beaucoup se demandent s'il tiendra le coup lors d'une crise majeure. Sur ce point, Clinton est mieux placée que lui pour les primaires. Mais pour novembre, John McCain est le mieux armé de tous puisque en raison de son passé de prisonnier de guerre au Vietnam, on sait qu'il sera solide.
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