"Le vote hispanique est un passage obligé"

Par Propos recueilllis par Fabrice AUBERT, le 04 février 2008 à 16h26 , mis à jour le 04 février 2008 à 18h16

Interview - Olivier Richomme, professeur de civilisation américaine, décrypte l'importance des Hispaniques dans le duel Clinton-Obama.

Des supporters hispaniques de Barack ObamaDes supporters hispaniques de Barack Obama

Primaires US 2008Olivier Richomme est professeur de civilisation américaine à l'Université Lyon II-Lumière. Il est notamment co-auteur de L'Amérique de Barack Obama (Editions Demopolis).
 
 
LCI.fr : Pour qui votent généralement les Hispaniques, qui représentent environ 15% de la population et 9% de l'électorat) ?
O
livier Richomme : Ils ont tendance à voter pour le parti démocrate. Mais ils ne lui sont pas acquis comme peuvent l'être les Afro-Américains. Ces dernières années, les républicains ont notamment instrumentalisé les questions morales et conservatrices (avortement, opposition au mariage homosexuel) auxquelles les Hispaniques sont assez réceptifs. Il s'agit en effet d'une communauté traditionnelle, catholique, orientée vers les valeurs familiales. En 2004, Bush avait par exemple obtenu 40% des voix, soit le plus gros score d'un républicain depuis longtemps.
 
LCI.fr : Les Hispaniques ont-ils tendance à se mobiliser ?
O.R. :
Non. Leur communauté est composée de beaucoup de jeunes, qui en règle générale ne votent pas. Cela tient aussi à leur histoire. Pour la plupart, les Hispaniques sont des immigrés. Or les immigrés mettent beaucoup de temps à s'organiser politiquement. En outre, le syndicalisme est en baisse de manière générale or les Hispaniques sont souvent proche des syndicats. Néanmoins, c'est une communauté qui grandit à vue d'œil et qui commence à peser beaucoup par le nombre. C'est notamment le cas en Californie, où elle est plus ancienne, donc mieux organisée.
 
LCI.fr : A quels thèmes les Hispaniques sont-ils sensibles ?
O.R. : En dehors du thème traditionnel de l'économie avec la crise immobilière ou l'assurance- maladie, le plus important, et de loin, c'est l'immigration. Côté démocrate, Obama a séduit avec sa proposition de laisser les clandestins passer le permis de conduire. Il a ainsi obtenu le soutien de la plupart des élus locaux hispaniques de Californie. En revanche, le parti républicain, en soutenant récemment, au niveau fédéral et au niveau local, des projets de loi pour limiter l'immigration et faciliter les expulsions a terni une image que Bush et les valeurs morales avaient redressée. 

 
LCI.fr : Qui devrait sortir vainqueur des primaires chez les Hispaniques ?
O.R. : Chez les républicains, John McCain est perçu comme le candidat le plus modéré sur

"Clinton est
plus connue
qu'Obama chez
les Hispaniques"
Olivier Richomme
les questions d'immigration. Sénateur de l'Arizona, Etat frontalier du Mexique où les immigrés sont nombreux, il a dû depuis longtemps intégrer la problématique hispanique dans sa rhétorique électorale.
 
Chez les démocrates, Hillary Clinton a l'avantage d'un nom connu. Bill Clinton était en effet très apprécié comme président par les Hispaniques. Or comme ils s'intéressent moins à la politique, Obama, qui représente un nouveau visage, a un déficit de notoriété. Clinton pourrait aussi bénéficier du vote des femmes. Elle est aussi soutenue par le maire latino de Los Angeles. De son côté, populaire auprès des jeunes, Obama est également handicapé sur ce point puisqu'ils ont tendance à ne pas se rendre aux urnes.

Quoi qu'il en soit, les deux candidats ont pris conscience de l'importance du vote hispanique : Clinton a mangé des tacos avec des familles mexicaines, Obama a traduit ses spots de campagne en espagnol.
 
LCI.fr : Le vote hispanique sera-t-il décisif entre Clinton et Obama ?
O.R. : Non, il n'a pas le même poids que les Noirs en Caroline du Sud par exemple (ndlr : les Hispaniques représentent environ 22% de l'électorat en Californie contre 50% en Caroline du Sud). Mais il reste considérable. C'est donc un passage obligé. A priori, Clinton devrait obtenir la majorité dans la communauté hispanique mais ce ne sera pas décisif, même en Californie.
 
 

Par Propos recueilllis par Fabrice AUBERT le 04 février 2008 à 16:26
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