"Un duel Obama-Clinton jusqu'en août ? La catastrophe"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 07 mars 2008 à 12h10 , mis à jour le 07 mars 2008 à 12h39

Interview - Frank Baumgartner, professeur de sciences politiques en Pennsylvanie, décrypte ce que l'on peut attendre de la suite du duel entre les deux candidats démocrates.

clinton obama debat 26 févrierHillary Clinton et Barack Obama, lors du débat démocrate télévisé du 26 février 2008 © TF1/LCI

Primaires US 2008Frank R. Baumgartner est professeur de sciences politiques à Penn State, en Pennsylvanie. Cet Etat, qui vote le 22 avril, est le prochain grand-rendez de la bataille pour l'investiture démocrate entre Barack Obama et Hillary Clinton.
 
 
 
LCI.fr : Après le Texas et l'Ohio, Clinton a-t-elle repris le dessus ?
Frank R. Baumgartner : Aux Etats-Unis, nous parlons de "momentum" pour qualifier un candidat dont la campagne est dans une dynamique positive face à celle de son adversaire. Là, ce n'est le cas d'aucun des deux. C'est de fait plutôt défavorable à Clinton. Elle était en effet à la fois la grande favorite au début des primaires et celle qui avait le plus d'argent. Maintenant, le fait que le challenger résiste montre le manque d'enthousiasme pour sa candidature.

Mais désormais, avec une légitimité retrouvée après ses victoires au Texas et dans l'Ohio, elle n'abandonnera pas, même si elle restera derrière Obama en nombre de délégués affiliés (ndlr : vu la situation, il est en effet probable que le sénateur de l'Illinois arrive en tête en nombre de "délégués affiliés" à la fin du processus).
 
 
LCI.fr : Dans ce cas, la bataille peut-elle se jouer lors la convention en août avec le vote des "super-délégués" (ndlr : cadres du parti démocrate, ils peuvent choisir qui ils veulent, sans se soucier du vote populaire) ?
F.B. : Oui, c'est possible. C'est d'ailleurs le cauchemar d'Howard Dean (ndlr : le président du parti démocrate) car ce serait une catastrophe pour le parti. Les deux candidats se lanceraient attaques sur attaques, à la plus grande joie des républicains qui pourraient eux aussi être offensifs puisqu'ils ont déjà leur candidat. Enfin, le perdant ne ferait pas campagne pour le vainqueur, au risque de démobiliser une partie de son électorat pour l'élection générale.

"Un ticket est encore difficile à imaginer"

 
LCI.fr : Sur quels critères les "super-délégués" vont-il faire leur choix ?
F.B. : Etant donné que ni Obama ni Clinton n'auront une avance conséquente  et que l'écart sera très serré, ils devraient plutôt finalement choisir celui qui est arrivé en tête à la fin des primaires. Mais dans ce cas, cela pose la question de leur existence : pourquoi introduire des "super-délégués" s'ils suivent le résultat des primaires ? Mais l'autre solution est encore pire : le scandale est assuré s'ils vont à l'encontre du vote populaire. 

 
LCI.fr : Comment la direction peut-elle éviter ce scénario ?
F.B. : Les "super-délégués" devraient tout d'abord avoir beaucoup de pression pour faire un choix avant la convention, voire avant la Pennsylvanie le 22 avril prochain. Ensuite, la direction du parti va essayer d'imposer une négociation entre les deux candidats pour que l'un des deux abandonne ou pour proposer une solution où l'un serait président et l'autre vice-président.

 
LCI.fr : Ce "ticket" est-il réellement envisageable ?
F.B. : Pour l'instant, c'est encore difficile à imaginer. Un ticket Obama-Clinton me semble quasiment impossible. Clinton n'a aucun intérêt à être vice-présidente pendant éventuellement huit ans puisque en 2016, elle sera alors sûrement trop âgée (ndlr : elle aura 68 ans) pour se présenter. En revanche, la solution Clinton-Obama serait plus logique en cas d'accord. Obama n'aura que 55 ans en 2016. Et avec huit ans passés à la vice-présidence, personne ne pourra lui reprocher son manque d'expérience comme c'est le cas cette année.

"La Pennsylvanie est plutôt favorable à Clinton"

 
LCI.fr : Qu'est ce qui pourrait pousser l'un des deux candidats à jeter l'éponge avant la fin des primaires ?
F.B. : A part l'argent, rien. Si l'un des deux est distancé sur les collectes de fond, alors il pourrait choisir la voie de la sagesse pour ne pas diviser le parti. Pour l'instant, Obama s'en tire mieux que Clinton grâce aux multiples dons de petits donateurs qui lui permettent de récolter plus d'argent que les dons de gros donateurs, mais en quantité limitée.

 
LCI.fr : Présentez-nous la Pennsylvanie, prochain grand-rendez vous le 22 avril.
F.B. : C'est un Etat étrange. Il est composé uniquement de deux grandes cités industrielles Philadelphie et Pittsburg, et de nombreuses petites villes. Mais le reste de l'Etat est très rural, avec de nombreux villages. Dans ces secteurs agricoles, la population, conservatrice, est acquise aux républicains. Pour les primaires démocrates, la bataille se jouera donc dans les secteurs urbains.
 
La Pennsylvanie ressemble en fait à l'Ohio. Ses industries sont sinistrées et ses ouvriers ont peur de la globalisation ou de l'accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada. Elle compte également un taux élevé de personnes âgées, le 2e du pays après la Floride. Le gouverneur de l'Etat est aussi un fervent partisan de sa candidature. Mais a contrario, Philadelphie compte une forte communauté noire et ses élus sont évidemment favorables à Obama.
 
Clinton est donc favorite. Mais elle devrait au mieux obtenir environ 55% des voix. Donc pas assez pour créer un "momentum" pour la suite du processus en mai. Le camp Obama, qui s'attend à une défaite, va d'ailleurs minimiser le score qu'il espère réaliser pour limiter la dynamique du succès attendu de Clinton.

 

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Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 07 mars 2008 à 12:10
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1 Commentaires

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  • Jean Jacques Bohl, le 07/03/2008 à 16h56

    L'enjeu dépasse la présidentielle. Les élections de novembre seront aussi pour le Congrès et les législatures locales. Une candidature Hillary n'apportera aux démocrates aucun gain dans les états dits rouges ou républicains. Une candidature Obama permettra des des gains importants. Obama est populaire dans ces états. Il attire de nombreux indépendants in quiets de la tournure du parti républicain en parti de Dieu.

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