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Que va-t-il se passer maintenant ?
Cet homme de 59 ans était la tête visible des Farc. La nouvelle de sa mort a fait l'effet d'une petite bombe, trois jours après la libération unilatérale de quatre otages des Farc. Raul Reyes, n°2 des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), a été tué par l'armée, a confirmé samedi le ministre de la Défense, après l'annonce faite par la radio Caracol et une source gouvernementale. "Il s'agit du coup le plus important porté jusqu'ici à ce mouvement terroriste", a commenté le ministre de la Défense.
Si sa mort va porter un coup très rude aux Farc sous pression de la diplomatie internationale, elle risque aussi de porter un nouveau coup aux relations difficiles entre le président Alvaro Uribe et les guérilleros marxistes, qui détiennent notamment Ingrid Betancourt. Sa disparition pourrait même compromettre la libération des otages. A moins que leur affaiblissement ne les pusse à faire des concessions. C'est ce sur quoi compte Bogota. En juillet 2005, Raul Reyes avait déclaré : "Si Uribe est réélu, Ingrid pourrait passer quatre ans supplémentaires en détention".
Dans un communiqué, Nicolas Sarkozy regrette à demi-mot cette opération militaire. Il a d'ores et déjà appelé à "toutes les parties concernées à faire prévaloir les considérations humanitaires" après "ces opérations militaires apparemment ciblées" et à "conforter la dynamique positive (...) amorcée avec la libération unilatérale de plusieurs otages", "un moment crucial".
Tué sur le sol équatorien
Selon le ministre de la Défense, le camp de guérilleros où il a été tué samedi, à l'aube, se trouvait en territoire équatorien, "à 1.800 mètres de la frontière". L'opération lancée contre ce camp a commencé par un bombardement et a été suivie d'une opération terrestre, tuant 16 autres guérilleros, a indiqué le ministre. Sur la base de renseignements, la présence de Raul Reyes, auprès des contre les guérilleros du Front 48 des Farc, a été signalée non loin de la frontière équatorienne. Après un bombardement de l'aviation colombienne, l'armée a essuyé des tirs de guérilleros qui se cachaient en territoire équatorien et a riposté.
Reyes a été tué sur le sol équatorien et son corps a été ramené en Colombie. Un soldat colombien a en outre été tué. Le président Alvaro Uribe a pris contact avec son homologue équatorien, Rafael Correa, pour l'informer de l'opération. On ignore si la conversation avait eu lieu avant ou après l'attaque. Après cet échange, Correa a annoncé qu'il allait dépêcher des troupes pour enquêter. Selon des sources militaires citées par la radio privée Caracol, des avions espions ont localisé le chef rebelle grâce à une communication satellitaire.
De nouvelles libérations compromises ?
Bras droit du chef des Farc, Manuel Marulanda, dont on n'a pas eu de preuve de vie depuis des mois, et porte-parole de la guérilla marxiste, c'est lui qui recevait (de manière très occasionnelle) la presse, rencontrait les émissaires internationaux (français, vénézuéliens, colombiens...), négociait avec eux pour un échange humanitaire de prisonniers... Il faisait partie des 7 membres du secrétariat des Farc, l'une des plus anciennes guérillas marxistes d'Amérique latine classée comme "organisation terroriste" par les Etats-Unis et l'Union européenne. En octobre, l'armée colombienne, appuyée par l'aviation, avait tué un autre chef militaire des Farc, Gustavo Rueda Diaz, dans un camp proche de la côte caraïbe. Un mois auparavant, Tomas Medina, un rebelle impliqué dans le trafic d'armes et de drogue, avait été tué près du Venezuela.
Une manifestation de soutien à la Franco-Colombienne se déroulait samdi après-midi devant l'ambassade de Colombie à Paris. Les proches d'Ingrid Betancourt ont toujours prôné les négociations avec les Farc, rejettant la méthode forte du président Uribe et la possilité d'une attaque de l'armée. Ils se disent rongés par l'inquiétude, et l'ex-mari de l'otage, Fabrice Delloye aurait même appelé le président français au téléphone pour qu'il s'assure que les Farc ne vont pas s'en prendre aux otages. Vendredi, Nicolas Sarkozy s'est redit prêt à aller chercher l'otage, estimant qu'elle est "en danger de mort".
Bogota reçoit pour sa part des milliards de dollars d'aide américaine pour éliminer les Farc et lutter contre le trafic de cocaïne. Le président vénézuélien Hugo Chavez, chef de file de la gauche en Amérique latine et sympathisant de la cause des Farc, tente actuellement d'obtenir la libération de nouveaux otages. Quatre ont été libérés mercredi dernier. Certains otages ont déclaré qu'Ingrid Betancourt, enlevée le 23 février 2002 et âgée de 46 ans, était "très malade" et maltraitée (lire notre article). Uribe refuse quant à lui de céder aux exigences des Farc de Manuel Marulanda, qui demandent la démilitarisation de régions de la jungle pour un échange humanitaire. En rébellion contre les autorités colombiennes depuis 1964, elles veulent échanger une quarantaine d'otages dits "politiques", dont trois Américains et Ingrid Betancourt, contre 500 prisonniers Farc.
| Reyes, un ex-dirigeant syndical |
Agé de 59 ans, le n°2 des Farc, dont le vrai nom est Luis Edgar Devia, était au début de sa carrière un dirigeant syndical dans le département de Caqueta (sud) où il travaillait pour le groupe multinational Nestlé. Il avait suivi dans les années 70 une "formation politique et idéologique" en URSS. Membre de la guérilla depuis près de 30 ans, il a franchi tous les échelons de la hiérarchie pour devenir le porte-parole des Farc. Son nom était fréquemment cité pour la succession de Manuel Marulanda, le chef suprême des rebelles âgé de 77 ans. Il était, comme il se présentait lors de ses rares rencontres avec des journalistes, "un marxiste léniniste pur et dur formé à la vieille école soviétique". Il incarnait la tendance dure et radicale au sein du secrétariat des Farc, l'organe dirigeant de la guérilla composé de 7 hommes. |
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