John McCain, le franc-tireur du parti républicain

Par , le 05 mars 2008 à 11h26 , mis à jour le 05 mars 2008 à 15h30

Portrait - Le sénateur de l'Arizona est un républicain atypique, à la fois détesté par l'aile droite du parti et apprécié par les indépendants.

John McCainJohn McCain © TF1-LCI

John McCain candidat du parti républicain à la présidentielle, c'est l'assurance d'une campagne où la langue de bois sera bannie. S'il est un homme politique fidèle à ses convictions, populaires ou impopulaires, c'est bien le sénateur de l'Arizona. Pas question pour lui de jouer à la girouette pour récupérer quelques votes ici ou là. Et pas question non plus de courber l'échine quand il a quelque chose à dire, que cela plaise ou non à l'appareil.
 
Résultat : John McCain est considéré comme l'électron libre du parti de l'éléphant, et plus globalement de la politique américaine. Il y a gagné deux surnoms : "maverick" (franc-tireur) pour ses supporters, "rino" (Republican in name only, "républicain seulement de nom") pour ses détracteurs.
 
Héros du Vietnam
  
Ce premier surnom de "maverick", il l'avait déjà bien avant de se lancer dans l'arène politique. Fils et petits-fils de militaires, John McCain suit la voie familiale. Comme ses aînés, il intègre la marine  où il devient aviateur. Nous sommes alors au milieu des années 60 et l'Amérique se débat dans le bourbier vietnamien. En 1967, l'appareil du lieutenant-commandant McCain, 31 ans, tête brulée de son escadrille,  est abattu. Il est fait prisonnier.

Pendant plus de cinq ans, il est détenu à l'isolement, souvent torturé. Il en garde d'ailleurs les séquelles physiques -il ne peut lever totalement le bras droit. Aujourd'hui, ce statut de héros de Vietnam est un argument de campagne. Il le met en avant pour démontrer ses qualités de commandant en chef en cas de crise tandis que les images et photos tournées à l'époque par ses geôliers sont utilisées dans les publicités télévisées.

Alliance avec des démocrates
   
A sa libération en 1973, il continue sa carrière dans la Navy, qu'il quitte en 1981. Il se lance alors dans la politique. Bien que divorce et remarié -ce qui n'est jamais très bon pour séduire l'aile religieuse du parti républicain-, son coup d'essai est un coup de maître : il est élu député républicain de l'Arizona en 1982. Quatre ans plus tard, il représentera encore l'Arizona, mais au Sénat, qu'il ne quittera plus. Très rapidement, il ne tarde pas à confirmer sa réputation de "maverick", n'hésitant pas par exemple à s'allier avec ses collègues démocrates pour dénoncer l'influence de l'argent et des lobbys à Washington ou à prôner la lutte contre le réchauffement climatique. 
 
Dernièrement, avant que les primaires ne démarrent, et donc au risque de compliquer sa campagne dans son camp, il s'est prononcé contre un amendement constitutionnel pour bannir le mariage homoxesuel (auquel il est opposé) ou encore aux baisses d'impôts consenties aux plus riches par l'administration Bush. Sénateur d'un Etat frontalier avec le Mexique, il aussi tenté de faire passer -sans succès- avec Ed Kennedy, l'icône de la gauche américaine, un projet de loi pour régulariser les clandestins. 

Conservateur ?
 
Tout ceci a un prix : il est détesté par l'aile droite du parti républicain, dont certains représentants les plus radicaux n'hésitent pas à le comparer à une "Hillary Clinton en pire". Afin de ne pas se couper de cette base importante, il a même dû affirmer à plusieurs reprises courant janvier qu'il était un "vrai conservateur" ! A ce titre, l'adoubement de George W. Bush est une carte importante dans son jeu pour rallier à lui les plus sceptiques -il devra aussi lever les incertitudes pour obtenir le vote des conservateurs en matière économique. A contrario, il séduit une bonne partie des indépendants qui apprécient sa modération et qui ne lui tiennent pas rigueur de ses positions en matière de politique étrangère et de lutte contre le terrorisme.

Sur ces sujets, face à lui, George W. Bush pourrait d'ailleurs presque passer pour une colombe. L'Irak ? "On y restera 100 ans s'il le faut", affirme-t-il, en s'opposant à tout plan de retrait et donc à l'opinion publique, désormais pour un départ. L'Iran ? Parodiant les Beach Boys, il chante "Bomb bomb Iran". Mais là-aussi, il met les pieds dans le plat de l'administration Bush et des néo-conservateurs. Il a ainsi vivement critiqué la gestion de la guerre par Donald Rumsfeld et s'est élevé contre la pratique de la torture contre les terroristes, notamment à Guantanamo. 

"Come-back" 

Pour John McCain, la nomination républicaine est une double revanche. En 2000, opposé à George W. Bush, il avait créé la surprise en remportant les premières primaires. Il se présentait alors comme "Luke Skywalker", chargé de lutter contre les forces obscures représentées par son adversaire. Il fut alors la cible d'attaques calomnieuses qui eurent raison de sa candidature. Et à l'été dernier, à court d'argent, distancé dans les sondages, il était donné largement perdant face à Rudolph Giuliani. "On a montré ce qu'était un come-back", avait-il lancé après sa première victoire dans le New Hampshire, qui allait le mettre sur orbite le 8 janvier.
 
Deux mois plus tard, c'est un discours de nominé qu'il a donné à Dallas au soir du 4 mars. "Nous commençons la partie la plus importante de notre campagne : convaincre les Américains (...) que mon élection comme président sera dans l'intérêt du pays que nous aimons", a-t-il affirmé. "Les candidats à la présidence sont jugés sur leur bilan, leur caractère et l'expérience de leur vie entière", a-t-il ajouté. Manière de dire subtilement  que son âge -il aura 72 ans s'il entre à la Maison-Blanche- est un atout et non un handicap.

Par Fabrice Aubert le 05 mars 2008 à 11:26
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1 Commentaires

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  • Philippe raynaud, le 05/03/2008 à 13h55

    Un républicain succédant à un républicain en novembre prochain? Ce n'est plus une hypothèse d'école? Il sera dur à battre!!! ph raynaud

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