John McCain, le 5 février 2008 © TF1/LCI
Frank R. Baumgartner est professeur de sciences politiques à Penn State, en Pennsylvanie.
LCI.fr : McCain est investi. Mais comment peut-il rassembler derrière lui l'aile droite du parti, notamment religieuse, qui le déteste ?
Frank R. Baumgartner :
Le parti républicain est toujours très difficile à rassembler en raison de son hétérogénéité entre conservateurs économiques, conservateurs moraux et conservateurs en politique étrangère. Cela sera d'autant plus dur pour McCain étant donné, qui, même s'il est loin d'être un "liberal" (ndlr : de gauche au sens américain du terme), n'est pas non plus un vrai conservateur.
Il est bien conservateur sur certains sujets, comme l'avortement. Mais sur d'autres, comme l'immigration (ndlr : il a défendu, sans succès, une loi prônant la régularisation des clandestins avec Ted Kennedy, l'icône de la gauche américaine) ou le financement des campagnes électorales, il est considéré comme hérétique par les conservateurs purs et durs. Pour ces représentants de l'aile droite, il n'est pas l'un des leurs.
LCI.fr : Comment peut-il les séduire ?
F.B. : Il dispose d'un atout : les conservateurs sociaux et les évangélistes, même s'ils ne l'aiment pas, n'auront pas d'autre choix que de voter pour lui pour faire barrage au candidat démocrate. Tout dépendra donc de leur mobilisation. Sa solution, c'est de choisir un colistier proche de cette aile droite. Avec un risque : celui de se brouiller avec les modérés, qui l'apprécient et qui ont souvent voté pour lui dans les primaires.
"Plusieurs options pour le colistier"
LCI.fr : Sur quels critères va-t-il justement choisir son colistier ?
F.B. : Il possède plusieurs possibilités. Mais toutes ne se recoupent pas entre elles.
- l'aspect politique. Pour séduire les républicains qui ne l'aiment pas, il peut donc choisir quelqu'un de l'aile droite. Huckabee ne fait pas forcément l'affaire car il n'est pas assez connu au niveau national, malgré sa bonne tenue lors des primaires.
- la géographie. Etant donné qu'il vient de l'Ouest du pays, il pourrait prendre un colistier du Nord ou de l'Est.
- l'âge. Il va avoir 72 ans (ndlr : McCain serait le président le plus âgé à son entrée en fonctions s'il gagne). Un vice-président jeune rassurerait.
- l'aspect exécutif. Même si McCain est un vieux routier de la politique américaine, il n'a exercé qu'au Congrès. Avec un gouverneur, même peu connu au niveau national, il allierait donc son expérience législative à l'expérience exécutive.
- l'aspect comptable. Avec une personnalité d'un "swing state" (ndlr : Etat-clé, qui bascule souvent d'un côté ou de l'autre), il peut espérer gagner un gros Etat important. Cette option peut se marier avec celle d'un gouverneur.
- la réplique au candidat démocrate. S'il est opposé à Obama, il pourrait prendre un colistier noir. Face à Clinton, il pourrait choisir une femme. S'il veut faire quelque chose de vraiment étonnant, le choix de Condoleeza Rice serait réussi.
LCI.fr : Le soutien de Bush est-il un cadeau empoisonné ?
F.B. : Je pense que cela sera très peu positif. L'aile droite du parti est obligée de le soutenir, donc le soutien de Bush n'est pas fondamental pour récupérer ses voix. En fait, je pense que l'on verra très peu Bush dans la campagne. D'ailleurs, plus la campagne va avancer, plus les démocrates vont tenter d'associer les deux hommes pour que l'impopularité record de Bush (ndlr : environ 30% de bonnes opinions) rejaillisse sur McCain.
"L'année où jamais pour les démocrates"
LCI.fr : A quoi peut-on s'attendre désormais de la part de McCain ?
F.B. : Il va clamer haut et fort son conservatisme en droitisant son discours sur les impôts et la guerre en Irak, et plus globalement sur la politique étrangère en général. Il devrait dire : "même si on était contre la guerre, maintenant on est en Irak. On ne peut pas refaire l'Histoire. Il faut maintenant trouver une solution pour les 30 ans à venir afin de voir une Amérique forte". Il va donc mettre l'accent sur le futur de la guerre et comment s'en sortir. Sur ce point, il peut séduire les modérés, qui, s'ils sont contre la guerre, veulent en finir avec l'Irak. De leur côté, les démocrates parleront du passé et de son soutien à la décision de Bush. En revanche, il évitera de parler immigration pour ne pas froisser les Hispaniques.
Ses angles d'attaques seront aussi différents selon son adversaire. Si c'et Obama, il parlera beaucoup de l'Irak et sur l'Iran pour montrer ses capacités de commandant en chef. Si c'est Clinton, il pourrait poser la question de la capacité d'une femme à réagir en toutes circonstances. Quoi qu'il en soit, en dehors de l'Iran, de l'Irak, des impôts et de la supposée mauvaise gestion des finances publiques par les démocrates, ses marges de manœuvre sont limitées. En fait, pour les démocrates, c'est l'année ou jamais puisque McCain n'est pas un candidat rassembleur pour les républicains.
LCI.fr : McCain a été victime d'attaques calomnieuses par le passé. Peut-on espérer une campagne sans coup bas, avec des débats de fond, d'autant plus si c'est Obama, qui prône la fin de ces "boules puantes" ?
F.B. : Des candidats eux-mêmes, certainement. Mais pas de leurs alliés, qui attaqueront l'adversaire, et encore moins des journalistes et des blogs. Etant donné que McCain est sénateur depuis très longtemps, il est de fait plus attaquable sur ses prises de position antérieures. Ces attaques toucheront aussi sa vie privée. Reste à savoir comment il réagira. Or d'un point de vue émotionnel, McCain est très volatile, très émotionnel. Il dit ce qu'il pense, sans langue de bois. On peut s'attendre à des réactions qui passent mal. Ce n'est évidemment pas très bon puisque l'on s'attend d'un candidat qu'il soit mesuré.
RENDEZ-VOUS LCI.FR
- Toute l'actualité des primaires dans notre dossier spécial
- Les anecodtes de la campagne avec le blog de nos correspondants à Washington
Retour MYTF1
Chargement en cours...





