Barack Obama et Hillary Clinton/archives © DR
Frank Baumgartner est professeur de sciences politiques à l'Université Penn State, en Pennsylvanie.
LCI.fr : Hillary Clinton a gagné avec 10 points d'avance face à Barack Obama en Pennsylvanie. Est-ce assez pour créer une dynamique positive pour la suite ?
Frank Baumgartner :
En fait, Hillary Clinton n'a pas réellement gagné, tandis que Barack Obama n'a pas vraiment perdu. Clinton a en fait obtenu l'avance qu'il lui fallait pour rester en lice. Si l'écart avait été plus serré, bien sûr, elle n'aurait pas cédé. Mais elle aurait eu du mal à récolter de nouveaux fonds pour la suite alors qu'Obama a déjà plus d'argent qu'elle. Et les super-délégués seraient allés en majorité vers Obama. Avec cette victoire, elle aura l'argent nécessaire pour poursuivre la bataille et les super-délégués vont attendre pour se prononcer. Ils n'ont en effet pas intérêt à se rallier trop tôt à l'un ou à l'autre et préfèrent le faire quand cela sera devenu un fait accompli.
LCI.fr : Les derniers sondages prédisaient un écart plus faible.
F.B. : Ces dix points d'avance constituent en effet une petite surprise. En fait, Barack Obama a tellement dynamisé et mobilisé les jeunes que les supporters d'Hillary Clinton, notamment les personnes âgées et les femmes, se sont, en réaction, fortement impliquées. Or la Pennsylvanie est le 2e Etat le plus "vieux" des Etats-Unis.
LCI.fr : Obama a tenté de minimiser sa défaite en faisant remarquer qu'il avait 20 points de retard il y a quelques semaines.
F.B. : Pour lui, cette défaite, qui était attendue, est un résultat neutre. S'il n'avait eu que cinq points de moins, alors il aurait en effet terminé la campagne hier, en sa faveur. On peut donc imaginer que c'est une grosse déception.
"La fin interviendra quand les super-délégués diront 'stop'"
LCI.fr : Que peut-on attendre de la bataille désormais ?
F.B. : La bagarre va reprendre de plus belle. Hillary Clinton va évidemment affirmer que sa victoire a inversé le "momemtum" (tendance). Mais ce succès est en fait trop faible pour que cela soit vraiment le cas puisqu'elle aurait dû l'emporter avec une grande majorité. Quoi qu'il en soit, la fin interviendra quand cela sera joué mathématiquement. Les super-délégués se prononceront alors pour un candidat, probablement Obama.
Ils pensent que les deux candidats sont bons. Mais ils veulent un candidat qui gagne la Maison-Blanche. Or avec ces primaires à rallonge, cela dessert l'intérêt du parti pour l'élection de novembre. Cela m'étonnerait donc qu'ils n'aient pas réglé le problème avant la convention fin août. D'ailleurs, si cela continuait jusqu'au 3 juin (ndlr : date des derniers scrutins), cela serait aussi un désastre.
LCI.fr : Le 6 mai, la Caroline du Nord apparaît déjà acquise à Obama. L'Indiana s'annonce donc décisif.
F.B. : Tout à fait. Hillary Clinton peut gagner si elle arrive à renflouer sa trésorerie. Elle est en tout cas condamnée à gagner largement pour espérer faire basculer la dynamique. En revanche, si sa victoire est étriquée ou si elle s'incline, les super-délégués diront "stop". En fait, la question n'est plus de savoir qui va gagner, mais quand Obama va gagner.
LCI.fr : Comment expliquer que la direction du parti démocrate n'arrive pas à faire en sorte que la bataille se déroule sans attaques négatives et coups bas ?
F.B. : Pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Les leaders du parti n'ont pas vraiment de pouvoir ni et de moyens de faire pression étant donné que les campagnes sont financées de manière autonome. Les candidats n'ont donc pas à leur obéir. Ensuite, toute une génération de femmes élues et de militantes a attendu très longtemps avant de voir l'une des leurs être crédible pour la Maison-Blanche.
Enfin, par l'influence de la famille Clinton et la loyauté des "super-délégués" à son égard. Ils ne veulent pas se rallier trop tôt à Obama pour ne pas être considérés comme des traîtres. De même, les Clinton ont appris, grâce à leur longue expérience politique, que le négatif fonctionne. D'ailleurs, il faut admettre que les publicités diffusées en Pennsylvanie ont montré certaines faiblesses d'Obama avec les ouvriers blancs, qui sont pourtant l'un des cœurs des cibles du parti démocrate.
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