Ingrid Betancourt, en octobre 2007 © LCI![]() |
| Une mission humanitaire "irrecevable" selon les Farc |
C'est un aveu d'échec pour la mission française : dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère des Affaires étrangères a fait savoir que l'équipe envoyée la semaine dernière en Colombie pour secourir Ingrid Betancourt allait quitter le pays. Sans avoir pu atteindre son objectif. Elle était, depuis jeudi dernier, immobilisée sur la base aérienne de Catam, près de Bogota. L'Elysée a ensuite annoncé que le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner se rendra "prochainement dans la région" pour discuter de la situation des otages.
Dans un communiqué, l'Elysée présice que le président Nicolas Sarkozy a accueilli "avec une profonde déception" le rejet par les Farc de la mission médicale envoyée sur place pour secourir Ingrid Betancourt. "Face à cette nouvelle épreuve, ajoute l'Elysée, il (M. Sarkozy) tient à
assurer la famille de notre compatriote comme celles de tous les otages que sa détermination à obtenir leur libération reste entière". "La France demeure pleinemement mobilisée pour rendre les otages à la vie et à leurs proches", ajoute le communiqué.
Démilitarisation
Quelques heures avant cette annonce du Quai d'Orsay, les Farc avaient qualifié "d'irrecevable" cette mission humanitaire, excluant d'agir sous "la pression médiatique". Selon la guérilla, la mort de son numéro deux, Raul Reyes, abattu lors d'un raid de l'armée colombienne le 1er mars en Equateur, a démontré que le président colombien est "l'obstacle principal et l'ennemi numéro un de l'échange". Et les Farc ont jugé que la mission française n'était "pas le résultat d'une concertation mais de la mauvaise foi d'Uribe à l'encontre du gouvernement français". Les rebelles marxistes ont réclamé à nouveau la démilitarisation par le président Alvaro Uribe d'une zone grande comme la ville de New York dans la jungle, afin de faciliter un éventuel échange d'otages contre des militants détenus dans les prisons colombiennes. Le président colombien a repoussé à plusieurs reprises cette idée, affirmant ne pas vouloir offrir aux rebelles l'occasion de regrouper leurs forces.
Ce dernier communiqué des guérilleros reprenait en fait les principaux thèmes des annonces des derniers jours publiées par des sites internet proches des rebelles, qui opposaient une fin de non recevoir brutale à la mission française. Mardi déjà, la sénatrice de gauche Piedad Cordoba avait estimé, lors d'une déclaration à la chaîne de télévision privée Caracol, que le rétablissement de la confiance avec les guérilleros est un "travail complexe".
L'espoir d'Astrid Bétancourt
Ce refus des Farc, le ministère des Affaires étrangères en a pris acte en le déplorant : "Comme l'avait dit le président (Nicolas) Sarkozy (...), ce rejet est une faute politique grave en plus d'une tragédie humanitaire", a indiqué le communiqué du Quai d'Orsay au nom des trois pays, la France, l'Espagne et la Suisse, participant à la mission partie mercredi de Paris. "Les trois pays facilitateurs prennent acte de la décision du secrétariat de l'Etat-major central des Farc de rejeter la mission médicale qui était destinée à venir en aide à Ingrid Betancourt et aux autres otages les plus affaiblis".
La soeur d'Ingrid Betancourt, Astrid Betancourt, veut pourtant garder espoir. Elle l'a fait savoir mardi soir dès l'annonce du rejet de la mission par les rebelles, et avant le communiqué du Quai d'Orsay annonçant son départ de Colombie. "Les Farc refusent la mission humanitaire car elle présente les risques d'être repéré mais laissent la porte ouverte à des négociations plus globales", a-t-elle estimé. "En effet, lors d'une opération de libération, les Farc font marcher les otages jusqu'à une zone banalisée et déjà connue des autorités. Dans le cas de ma soeur, ne s'agissant pas d'une libération mais de porter des soins médicaux, cela donnerait la localisation des camps où sont les otages", a-t-elle expliqué. Selon Astrid Betancourt, il est "urgent" de "créer un climat de confiance propice à la négociation", en arrêtant notamment les bombardements de l'armée colombienne sur "la zone où se trouvent les campements des otages".
| Un rejet "très cynique", selon le fils d'Ingrid Bétancourt |
"Les Farc ont donné une réponse très dure et très cynique" en rejetant la faute sur le président (colombien Alvaro) Uribe "alors que ce sont eux les preneurs d'otages", a déclaré Lorenzo Delloye à la chaîne de télévision M6. "Que valent les otages aujourd'hui ?" s'est interrogé Lorenzo Delloye, s'en prenant également à Alvaro Uribe. "Est-ce que c'est à ce point dégradant pour le gouvernement colombien de mettre sa fierté de côté et d'accepter une démilitarisation d'une zone ou une zone neutre avec une force internationale de paix pour faire que cet accord soit possible?" a dit Lorenzo Delloye. "Ou est-ce que c'est trop dégradant et qu'on nous laisse enterrer les otages et que je doive enterrer ma mère ?" a-t-il poursuivi. "Maman va très mal. Son état s'est encore dégradé par rapport à la vidéo" reçue par la famille en décembre, a répété le fils de l'otage. "J'ai encore l'espoir. Je suis certain qu'on peut arriver à une solution", a-t-il ajouté, appelant Alvaro Uribe a en finir avec une "politique de guerre" et à ne pas oublier "les gens qui sont en train de pourrir dans la jungle". |
D'après agences
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