Hillary Clinton, le 22 avril 2008, après sa victoire à la primaire démocrate en Pennsylvanie © TF1/LCI
"Aujourd'hui ici en Pennsylvanie, vous avez clairement fait entendre votre voix et grâce à vous, le vent tourne. C'est une longue route jusqu'au 1600 Pennsylvania avenue et cette route passe par le coeur de la Pennsylvanie". Devant ses partisans, Hillary Clinton est apparue avec un sourire éclatant, au côté de son mari Bill, sa mère et sa fille Chelsea. Au point de voir un signe de connivence du destin entre sa victoire au couteau obtenue en Pennsylvanie qui lui permet de rester en campagne pour les primaires démocrates... et l'adresse de la Maison Blanche à Washington (cliquez ici pour voir un extrait de son discours).
Avec moins de 10 points d'avance sur Barack Obama en Pennsylvanie, un Etat qui lui était favorable sociologiquement, sa campagne semblait en effet définitivement vouée à l'échec. Or Hillary Clinton est justement créditée d'environ 55% des voix contre 45% pour son rival. En ajoutant la Pennsylvanie à la liste de ses victoires, qui compte notamment l'Ohio, la Californie, le New Jersey et le Texas, elle peut continuer d'arguer qu'elle sera la mieux placée en novembre pour battre John McCain dans les gros Etats qui feront la décision (cliquez ici pour voir la carte des résultats).
L'argent, nerf de la guerre
Passée en quelques mois du statut de favorite à celui de challenger, Hillary Clinton a sans surprise affirmé sa volonté de se battre jusqu'au bout. "Yes she will !" ("Oui elle le fera") ont répondu en écho ses supporters, en parodiant l'un des slogans clé du sénateur de l'Illinois, "Yes we can !" (Oui nous le pouvons). Mais elle ne peut non plus ignorer le retard accumulé sur Barack Obama, qui la devance en nombre de voix et de délégués obtenus depuis le début des primaires.
Barack Obama, qui a remporté deux fois plus de consultations, est aussi largement en tête pour ce qui est des fonds de campagne collectés. En mars, il a levé 40 millions de dollars de dons, deux fois que plus que Clinton. Celle-ci a d'ailleurs appelé ses électeurs à renflouer les caisses de sa campagne : "Dorénavant, nous ne pourrons que continuer à gagner si nous pouvons continuer à concurrencer un adversaire qui dépense massivement plus que nous". L'appel semble avoir été immédiatement suivi d'effet. Son porte-parole a annoncé que 2,5 millions de dollars de dons avaient été comptabilisés dans les heures ayant suivi l'annonce de sa victoire.
Obama tire à boulets rouges
De son côté, comme on pouvait s'y attendre, Barack Obama, après les félicitations de rigueur, a minimisé l'ampleur de sa défaite. "Un grand nombre de personnes ne pensaient pas que nous pourrions en faire une primaire serrée", a-t-il réagi lors d'un meeting à Evansville, dans l'Indiana, en faisant allusion aux sondages qui le donnaient il y a peu encore devancé de 20 points en Pennsylvanie. "Six semaines plus tard, nous avons réduit l'écart. Nous avons gagné à notre cause des gens de tous les âges, de toutes les races et de tous les milieux".
Il a aussi tiré à boulets rouges sur son adversaire. Il a ainsi souligné que la présidentielle n'était pas seulement destinée à vaincre les républicains, mais aussi à choisir quel type de parti démocrate serait au pouvoir. "Nous pouvons être le parti qui dit qu'il n'y a pas de problème et accepte l'argent des lobbies de Washington", a-t-il déclaré, avant d'ajouter : "On ne peut se prétendre le défenseur des travailleurs si on est financé par les lobbyistes qui étouffent leurs voix" -une référence implicite à Hillary Clinton, dont les ouvriers sont le coeur de cible.
Rendez-vous dans l'Indiana
Les sondages effectués à la sortie des urnes montrent par ailleurs que les deux candidats ont conservé leurs bases électorales : si Hillary Clinton a rassemblé sur son nom plus de 60% des électeurs âgés et plus d'une électrice sur deux, elle n'est arrivée à convaincre ni l'électorat noir, qui a voté à 90% pour Obama, ni les jeunes électeurs, ni la majorité de l'électorat masculin. Chacun regarde donc déjà vers les prochains rendez-vous. Obama n'est pas resté jusqu'à la clôture des opérations de vote et a poursuivi sa campagne dans l'Indiana, qui votera le 6 mai prochain, en même temps que la Caroline du Nord, où il est considéré comme favori.
Pour devenir la candidate démocrate, Hillary Clinton doit désormais remporter toutes les primaires restantes (cliquez ici pour lire notre article). Celle de Pennsylvanie, avec 158 délégués en jeu, ouvrait la dernière phase du processus : neuf autres consultations sont programmées d'ici le 3 juin (cliquez ici pour voir le calendrier). Selon un nouveau décompte CNN réalisé après la Pennsylvanie, Obama dispose désormais du soutien de 1694 délégués, Clinton de 1566 (cliquez ici pour voir notre infographie). Mais ni l'un ni l'autre ne devrait atteindre la barre minimale des 2025 soutiens avec les seuls "délégués ordinaires". Il reviendra donc aux quelque 800 "super-délégués" démocrates (élus, cadres du parti) de faire basculer dans un camp ou dans l'autre la convention du parti, du 25 au 28 août à Denver. D'où l'importance que revêtait le scrutin de mardi dans l'optique de les convaincre.
RENDEZ-VOUS
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