Liesse populaire pour la victoire de "l'évêque rouge"

le 21 avril 2008 à 07h47 , mis à jour le 21 avril 2008 à 16h27

Fernando Lugo, ex-ecclésiastique engagé en politique, a mis fin dimanche à 61 ans de pouvoir de la droite paraguayenne en remportant la présidentielle.

Fernando Lugo, nouveau président du Paraguay (21 avril 2008)Fernando Lugo, nouveau président du Paraguay (21 avril 2008) © TF1/LCI

"Nicanor s'en va, Nicanor s'en va", chantait, dans la nuit de dimanche à lundi, la foule réunie au coeur d'Asuncion en se moquant du président sortant Nicanor Duarte. La dernière fois qu'une telle manifestation de liesse populaire s'était produite remontait à la chute du dictateur Alfredo Stroessner en 1989. Il faut dire que la victoire du candidat de la coalition de gauche, Fernando Lugo, est historique dans ce pays où elle a mis fin dimanche à 61 ans d'hégémonie du Parti Colorado, la droite paraguayenne.

Selon le Tribunal électoral, Lugo a remporté l'élection présidentielle avec 40,8% des suffrages contre 30,8% pour Blanca Ovelar, sa formation rivale du Parti Colorado. Le taux de participation s'est élevé à 65%. Immédiatement après l'annonce des résultats officiels, le président élu, qui prendra ses fonctions le 15 août prochain, a rejoint la foule en liesse dans le centre d'Asuncion où il lui a lancé : "Nous vous demandons de ne pas nous laisser seuls, la démocratie nous la ferons ensemble !". Le président sortant Nicanor Duarte a reconnu pour sa part la victoire du candidat de la gauche et s'est engagé à "collaborer activement pour une passation de pouvoir dans un contexte pacifique, de compréhension et dans un esprit de construction".

Fernando Lugo, du séminaire à l'engagement politique

Fernando Lugo est un homme dont la conscience politique s'est éveillée très tôt au sein de sa propre famille persécutée sous la dictature d'Alfredo Stroessner. Né le 30 mai 1951 à San Solano, dans la région d'Itapua, l'une des plus défavorisées du pays, dont un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, il avait vu trois de ses frères, militants opposés au régime, contraints à l'exil après avoir été torturés, et son père maintes fois arrêté. Mais lui, touché par Dieu à 19 ans, et au grand dam de son père, avait choisi d'entrer au Séminaire de la Congrégation de la Parole Divine en 1971 avant d'être ordonné prêtre six ans plus tard et d'intégrer l'Université catholique de Notre-Dame d'Asuncion.

Surnommé depuis lors "l'évêque des pauvres" pour son engagement en faveur des plus déshérités, ou "l'évêque rouge", Fernando Lugo a connu une ascension politique rapide après avoir renoncé à sa charge ecclésiastique en 2006 pour prendre la tête du front anti-gouvernemental, l'Alliance patriotique pour le changement (APC). Les autorités ecclésiastiques, qui ne l'ont pas excommunié après ce coup d'éclat, l'ont néanmoins publiquement qualifié de rebelle, le comparant "à un poignard planté dans le corps de l'Eglise". Depuis, la popularité du candidat, qui se qualifie de "progressiste", un terme qu'il préfère à celui de "gauche", n'a cessé d'augmenter dans ce pays où un tiers des six millions d'habitants vit en dessous du seuil de pauvreté.

Mais cette victoire n'est pas une bonne nouvelle pour les Etats-Unis : avec ce séisme électoral au Paraguay, c'est désormais la totalité du marché commun régional du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay plus les associés Chili et Bolivie et le Venezuela en cours d'intégration) qui a entièrement basculé à gauche. Parfois accusé de vouloir instaurer au Paraguay un système de type chaviste, Lugo a toutefois pris soin de se démarquer des présidents populistes du Venezuela Hugo Chavez et de Bolivie Evo Morales, en affirmant que s'il "valorise les politiques de la région" sud-américaine, il croit en revanche que le Paraguay doit "suivre son propre processus".

D'après agence

le 21 avril 2008 à 07:47
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2 Commentaires

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  • Dureau, le 21/04/2008 à 09h28

    Attendons de voir sa politique. je note quand même que le président sortant a reconnu sa défaite sans faire d'histoire. C'est en général plus dur quand c'est un président de gauche qui doit partir....

  • Michel, le 21/04/2008 à 08h34

    Dieu enrichit l'homme, le socialisme les appauvrit. Elu défroqué.

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