Barack Obama, le 6 mai 2008 © TF1/LCI
Voilà un revirement de position que John McCain ne manquera pas d'attaquer jusqu'au 4 novembre. Dans une vidéo diffusée sur Internet, Barack Obama a annoncé jeudi qu'il avait finalement choisi de ne pas utiliser le financement public pour sa campagne présidentielle.
Ce système garantit 84 millions de dollars à chaque prétendant à la Maison-Blanche -entre la convention de son parti et le jour de l'élection- qui y fait appel. Mais, en contrepartie, le candidat n'a plus le droit de collecter de fonds privés et doit donc "se contenter" des 84 millions de dollars offert par l'Etat fédéral. Celui qui sort du dispositif est au contraire libre de collecter autant de dollars qu'il peut, généralement par le biais de lobbys agissant pour des intérêts particuliers.
En novembre, Barack Obama avait indiqué, tout comme John McCain, que s'il obtenait l'investiture, il ferait "tout pour trouver un accord avec le candidat républican pour préserver une campagne financée par les fonds publics". Depuis, il avait néanmoins laissé entendre qu'il pourrait changer d'opinion.
Un million et demi de donateurs !
Sa déclaration avait en effet été évidemment prononcée avant sa phénoménale collecte via Internet. Refusant l'argent des lobbys, le sénateur de l'Illinois, grâce à des petits dons, parfois de quelques dollars, a battu tous les records de genre. Plus d'un million et demi de personnes lui ont ainsi versé de l'argent, lui permettant de récolter au total, selon les derniers chiffres datant de fin avril, 265 millions de dollars. Et il lui en restait encore 46 millions. Surtout, comme ses donateurs sont loin du maximum autorisé -2300 pour les primaires puis 2300 pour l'élection générale-, Barack Obama dispose de fait d'une réserve non négligeable si ces mêmes personnes lui reversent de nouveau une dizaine de dollars après un appel de sa part.
Afin de justifier son revirement, le candidat démocrate affirme que le système du financement public "est cassé". Il souligne notamment que John McCain, qui a redit à plusieurs reprises qu'il se limiterait bien aux fonds publics, disposait en fait de l'argent de nombreux lobbyistes. Selon Barack Obama, s'ils ne financent pas directement la campagne du sénateur de l'Arizona, ces fonds privés l'aident indirectement, via des associations et des groupes de pressions qui diffusent des "rumeurs" -souvent sans le feu vert du candidat républicain. "Ces deux dernières semaines, nos conseillers juridiques se sont rencontrés et il a été immédiatement clair que l'équipe de M. McCain n'était pas intéressée par la possibilité d'un accord", ajoute le porte-parole de Barack Obama, en évoquant notamment une réticence prêtée aux républicains pour contrôler l'influence des officines partisanes indépendantes.
"Il n'a pas tenu parole"
Comme on pouvait s'y attendre, le camp McCain -qui a récolté au total à peine 100 millions de dollars et qui n'en a plus que 24 en caisse- n'a pas tardé à réagir. "Obama n'a pas tenu parole. Il dit qu'il croit dans la nouvelle politique, mais pour moi cela ressemble étrangement à l'ancienne politique", affirme Charlie Black, l'un des conseillers les plus proches du sénateur de l'Arizona. "Pour quelqu'un qui veut changer la politique en Amérique, c'est un pas en arrière", assène-t-il. Selon Jill Hazelbaker, directrice de communication de John McCain, cette décision "révèle" que Barack Obama "n'est qu'un politicien typique de plus, prêt à faire et dire n'importe quoi" pour servir ses propres intérêts. "Promesse trahie", renchérit le parti républicain.
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