Salim Ahmed Hamdan, le chauffeur de Ben Laden © LCIC'est du jamais vu depuis la seconde guerre mondiale. Le premier procès d'un détenu de Guantanamo s'est ouvert lundi devant un tribunal militaire d'exception. L'accusé s'appelle Salim Hamdan, il était le chauffeur de Ben Laden. Il comparaît pour "complot" et "soutien matériel au terrorisme". A l'ouverture de son procès, Salim Hamdan a annoncé qu'il plaidait non coupable. Cette décision annule toute possibilité d'un accord entre l'accusation et la défense qui aurait suspendu la tenue du procès. L'accusé encourt la prison à vie à l'issue d'un procès qui est parti pour durer deux semaines. Concrètement, l'homme est accusé d'avoir servi Oussama Ben Laden, d'avoir suivi des entraînements dans des camps d'Al-Quaïda en Afghanistan et d'avoir livré des armes et des munitions à travers le pays. Arrêté par l'armée afghane en novembre 2001 avant d'être livré aux forces américaines, il transportait, selon l'accusation, deux missiles sol-air dans son coffre.
Son procès, cinq ans après son inculpation par George W. Bush, a failli jusqu'au dernier jour être suspendu. Il s'agit de la première procédure grandeur nature pour ces tribunaux créés au lendemain des attentats du 11 septembre pour juger des "crimes de guerre." D'abord invalidés en 2006 par la Cour suprême américaine, sur un recours des avocats de Salim Ahmed Hamdan, ces tribunaux ont été rétablis quelques mois plus tard par le Congrès. Ils sont depuis le sujet d'une série de revers qui n'ont cessé de repousser l'ouverture de ce procès et peut-être d'autres à venir. C'est seulement jeudi que le juge fédéral James Robertson a rejeté le dernier recours de ses avocats qui espéraient qu'une décision de la Cour suprême, mi-juin, ouvrant la voie de la justice civile aux détenus de Guantanamo, permettrait le report du jugement.
Déclarations obtenues sous la contrainte ?
Les avocats de la défense, qui dénoncent un procès "injuste" et "malhonnête", ont déjà annoncé qu'ils feraient appel. Pour eux, Salim Ahmed Hamdan a certes été le chauffeur de Ben Laden mais sans être impliqué dans aucun projet terroriste. Lors d'une série d'audiences préliminaires cette semaine, ils n'ont eu de cesse de rappeler que leur client avait été soumis à des violences pendant sa détention et que les charges retenues contre lui provenaient de déclarations obtenues sous la contrainte. Selon des documents révélés par la défense, Salim Ahmed Hamdan a notamment subi des privations de sommeil, réveillé toutes les heures par ses gardiens pendant 50 jours en 2003.
Il est de fait apparu cette semaine aux journalistes américains présents sur place affaibli par de fortes douleurs dans le dos et hagard. Il s'est plaint de mauvais traitements, notamment d'avoir été humilié par une femme lors d'un interrogatoire. Une des questions principales de ce procès sera de savoir si, dans ces conditions, la plupart des "preuves" fournies par l'accusation sont recevables. Par ailleurs, selon le témoignage entendu mercredi d'un ancien agent du FBI, l'accusé a fourni en Afghanistan de nombreux renseignements aux militaires dans leur recherche de Ben Laden fin 2001.
| Guantanamo : le gouvernement demande au Congrès de légiférer |
Le ministre américain de la Justice, Michael Mukasey, a expressément demandé au Congrès lundi de légiférer sur les modalités d'application de la décision de la Cour suprême qui a autorisé les détenus de Guantanamo à contester leur détention devant la justice civile. |
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