Le chauffeur de Ben Laden plaide non coupable

le 19 juillet 2008 à 17h40 , mis à jour le 21 juillet 2008 à 18h50

Salim Ahmed Hamdan, détenu depuis 6 ans à Guantanamo, est jugé à partir de lundi devant un tribunal militaire d'exception.

Salim Ahmed Hamdan, le chauffeur de Ben LadenSalim Ahmed Hamdan, le chauffeur de Ben Laden © LCI

C'est du jamais vu depuis la seconde guerre mondiale. Le premier procès d'un détenu de Guantanamo s'est ouvert lundi devant un tribunal militaire d'exception. L'accusé s'appelle Salim Hamdan, il était le chauffeur de Ben Laden. Il comparaît pour "complot" et "soutien matériel au terrorisme".  A l'ouverture de son procès, Salim Hamdan a annoncé qu'il plaidait  non coupable. Cette décision annule toute possibilité d'un accord entre l'accusation et la défense qui aurait suspendu la tenue du procès. L'accusé encourt la prison à vie à  l'issue d'un procès qui est parti pour durer deux semaines. Concrètement, l'homme est accusé d'avoir servi Oussama Ben Laden, d'avoir suivi des entraînements dans des camps d'Al-Quaïda en Afghanistan et d'avoir livré des armes et des munitions à travers le  pays. Arrêté par l'armée afghane en novembre 2001 avant d'être livré aux forces américaines, il transportait, selon l'accusation, deux missiles sol-air dans son coffre.
 
Son procès, cinq ans après son inculpation par George W. Bush, a failli  jusqu'au dernier jour être suspendu. Il s'agit de la première procédure grandeur nature pour ces tribunaux créés au lendemain des attentats du 11 septembre pour juger des "crimes de  guerre." D'abord invalidés en 2006 par la Cour suprême américaine, sur un recours des avocats de Salim Ahmed Hamdan, ces tribunaux ont été rétablis quelques mois plus tard par le Congrès. Ils sont depuis le sujet d'une série de revers qui n'ont cessé de repousser l'ouverture de ce procès et peut-être d'autres à venir. C'est seulement jeudi que le juge fédéral James Robertson a rejeté le dernier recours de ses avocats qui espéraient qu'une décision de la Cour suprême, mi-juin, ouvrant la voie de la justice civile aux détenus de Guantanamo, permettrait le report du jugement.
  
Déclarations obtenues sous la contrainte ?
 
Les avocats de la défense, qui dénoncent un procès "injuste" et  "malhonnête", ont déjà annoncé qu'ils feraient appel. Pour eux, Salim Ahmed Hamdan a certes été le chauffeur de Ben Laden mais sans être impliqué dans aucun projet  terroriste. Lors d'une série d'audiences préliminaires cette semaine, ils n'ont eu de cesse de rappeler que leur client avait été soumis à des violences pendant sa  détention et que les charges retenues contre lui provenaient de déclarations  obtenues sous la contrainte. Selon des documents révélés par la défense, Salim Ahmed Hamdan a notamment subi des  privations de sommeil, réveillé toutes les heures par ses gardiens pendant 50  jours en 2003.
 
Il est de fait apparu cette semaine aux journalistes américains présents sur place affaibli par de fortes douleurs dans le dos et hagard. Il s'est plaint de  mauvais traitements, notamment d'avoir été humilié par une femme lors d'un interrogatoire. Une des questions principales de ce procès sera de savoir si, dans ces conditions, la plupart des "preuves" fournies par l'accusation sont recevables. Par ailleurs, selon le témoignage entendu mercredi d'un ancien agent du FBI,  l'accusé a fourni en Afghanistan de nombreux renseignements aux militaires dans  leur recherche de Ben Laden fin 2001.

Guantanamo : le gouvernement demande au Congrès de légiférer

Le ministre américain de la Justice,  Michael Mukasey, a expressément demandé au Congrès lundi de légiférer sur les  modalités d'application de la décision de la Cour suprême qui a autorisé les  détenus de Guantanamo à contester leur détention devant la justice civile.
"Les juges jouent un rôle important pour déterminer si un choix politique  est conforme à nos lois et à notre Constitution mais ce sont nos élus qui ont la  responsabilité de faire des choix politiques dans un premier temps", a dit Michael  Mukasey lors d'un long discours à Washington consacré à cette décision rendue le 13 juin par la Cour suprême plus de six ans après l'ouverture du centre de  détention. "Je demande expressément au Congrès de légiférer pour s'assurer que les  procédures permises par la Cour suprême sont menées de manière rapide et  responsable", a-t-il ajouté. "La Cour suprême a laissé de nombreuses questions sans réponse. C'est bien  au Congrès et à l'exécutif d'essayer de les résoudre", a-t-il encore expliqué. "A moins que le Congrès ne légifère, une simple cour fédérale va déterminer  les règles de procédure qui vont s'appliquer à plus de 200 cas actuellement en  instance", a-t-il argumenté, estimant le "risque sérieux" que ça aboutisse à des  "règles incohérentes" et une "incertitude considérable".


 
 

le 19 juillet 2008 à 17:40
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