En Colombie, "la star, c'est Uribe" plus que Betancourt

Par , le 08 juillet 2008 à 19h37 , mis à jour le 09 juillet 2008 à 22h58

Enquête - Heureuse évidemment de la libération de la Franco-Colombienne, la population ressent un sentiment mitigé, déçue que la politique l'ait si vite rattrapée.

betancourt uribeAlvaro Uribe et Ingrid Betancourt, le 3 juillet 2008 © abacapress.com

 
"La réapparition d'Ingrid bouscule le paysage politique"

Le 23 février 2002, lorsqu'en pleine campagne électorale, Ingrid Betancourt se lance sur la route de San Vicente del Caguan pour rejoindre une région en proie au chaos et se fait enlever par les Farc, elle est certes une femme politique, la candidate des Verts colombiens. Mais "elle n'est pas très connue, elle n'est créditée que de 2%", expliquent des Colombiens vivant à Paris. On en parle alors comme on parle de tout enlèvement d'otages, une nouvelle triste mais malheureusement fréquente, sinon pour dire qu'"elle s'est mise dans la gueule du loup". Aujourd'hui, elle est devenue une icône, un emblème. Car entre temps, la France et les médias ont initié une immense mobilisation, entraînant une liesse tout aussi immense mercredi dernier, après 6 ans et 5 mois d'attente et de combat.
 
Mais en Colombie, rien d'aussi phénoménal. Certes, à l'annonce de la nouvelle, comme en France, "tous les médias ne parlaient que de ça. Tout le monde était heureux. Ingrid Betancourt est aussitôt devenue le chef de file des 15 otages libérés pour raconter leur détention et rappeler que d'autres sont toujours dans la jungle", raconte Pedro Davila, qui travaille pour Caracol, l'une des principales chaînes de télévision colombienne. "On s'est tous réunis devant la télévision en arrivant au travail. C'était merveilleux, un vrai bonheur", enchaîne Maria Angelica Uribe, qui travaille au Lycée français à Bogota.
 
"Une victime parmi d'autres"
 
Pour autant, "pas de scène de liesse avec drapeaux blancs dans la rue, pas de manifestation comme sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris chez vous", dit Pedro Davila. C'est peut-être parce qu'en Colombie, tout le monde a eu affaire de loin ou de près aux Farc : un voisin guérillero, un parent tué...
 
C'est surtout parce qu'"en France, elle est LA victime, tandis qu'en Colombie, elle est une victime parmi d'autres", explique une Colombienne habitant à Paris, et pour qui "c'est la France, par le biais de l'action de sa famille et des médias, qui a donné cette importance à Ingrid Betancourt". En clair, en Colombie, une bataille a été gagnée mais pas la guerre. Et qui doit la poursuivre, cette guerre ? Uribe ? Betancourt ?
 
A qui profite la libération ?
 
"Celui dont on parle aujourd'hui en Colombie et que l'on encense, c'est Alvaro Uribe. La star, c'est lui", explique Pedro Davila. Uribe qui avait été réélu en 2006 essentiellement pour sa politique ferme et sans concession envers l'un des fléaux du pays, les Farc. Uribe qui "déjà, voilà quelques semaines, était félicité après l'attaque de l'armée qui avait permis de tuer le n°2 de la guérilla, Raul Reyes". Et qui vient de voir sa cote de popularité bondir de près de 20 points depuis la miraculeuse libération. A en faire pâlir d'envie Nicolas Sarkozy : il est passé de 73% à 91%. Et 79% des Colombiens se disent prêts à le réélire pour un 3e mandat, selon un sondage publié dimanche par le quotidien El Espectador.

Fort de ce nouveau bilan, le président et ses partisans pourraient bien être tentés de modifier à nouveau la Constitution afin de lui permettre de briguer ce 3e mandat. Lui qui, récemment, subissait une grosse ombre à son tableau : la Cour suprême a jugé que le scrutin de 2006, qu'il avait facilement remporté, avait été entaché de corruption. Du coup, la semaine dernière, il a suggéré que la population décide par référendum de réorganiser ou non cette élection de 2006. Une manière de passer outre les institutions, selon ses opposants... et peut-être de profiter de sa popularité grandissante.

"C'est sûr, elle veut être présidente
 
Alors quelle place pour Ingrid Betancourt ? Les Colombiens la placent juste derrière Uribe dans les sondages.
Quand celle-ci répond aux médias français que, oui, elle pourrait se porter candidate à la présidence si la Colombie le veut (lire notre article), les Colombiens ne semblent pas en être là. Certes "sa cote de popularité a bondi" elle aussi et "sa réapparition bouscule totalement le paysage politique colombien", selon Natalia Mendoza qui travaille au bureau de Washington de TF1 (écouter son interview). Ce qui n'est pas l'opinion de tous.

"A mon avis, ils ne veulent pas qu'elle ait un rôle politique, ils sont très contents d'Uribe, il a une popularité incroyable, tout le monde parle de lui", estime Pedro Davila. "Elle fait la madone, se pose en martyr", disent même certains Colombiens de Paris qui n'apprécient que peu sa manière d'"exploiter déjà sa libération à des fins politiques". "C'est sûr, elle veut être présidente. Et tout ça vire en sa faveur. Elle prend trop des airs de victimes, elle en rajoute, elle arrive en France comme une star... Elle récupère l'affaire dans son sens !", s'écrient certains Colombiens habitant Paris. Et quand la Franco-Colombienne "à peine sortie de détention appelle déjà à manifester, c'est trop !".
 
D'ailleurs, mardi, la presse espagnole titrait sur la manière dont Bogota comptait désormais agir vis-à-vis des Farc, plutôt que sur les faits et gestes d'Ingrid Betancourt. Soulignant que la France restait "disposée à participer au processus de paix", au lendemain de la décision des autorités colombiennes de se passer des médiateurs européens. Reste donc à voir quelle place, politique ou humanitaire, Ingrid Betancourt trouvera dans ce processus.

Par Diane Heurtaut le 08 juillet 2008 à 19:37
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23 Commentaires

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  • Lancette, le 09/07/2008 à 17h15

    Elle en fait trop ! C'est bien qu'elle ait été libérée ... mais il y en a tant d'autres (moins médiatisés eux). Après tout elle est plus colombienne que française, alors lui décerner la Légion d'honneur etc... c'est d'un ridicule !!!! Laissons là repartir dans son pays puisqu'apparemment elle a très envie d'y retourner !!!!

  • Lili, le 09/07/2008 à 17h14

    Je suis canadienne et je trouve déplorable de voir la condescendance de certains français, Ingrid Bétancourt elle est une victime. Elle est comme les autres otages et si vous pensez qu'elle est la seule à faire la une des journaux télévisés ou écrits, Hé bien, allez voir CNN, Globe ect.. Donc, il est facile de dire qu'elle fait du capitale politique. La question que je me pose: Si elle était un homme auriez-vous la même condescendance???Car le pouvoir et la politique ainsi que le changementn'appartiennent pas seulement aux hommes.

  • Dominique, le 09/07/2008 à 15h13

    Qu'a t-elle fait pour la France pour mériter la légion d'honneur ? Dominique, Paris

  • Lulu, le 09/07/2008 à 14h06

    Il faut effectivement rendre à César, ce qui appartient à César. Je suis heureuse pour Ingrid, mais la mettre à l'honneur à ce point et une insulte pour tous les autres otages, qui n'y sont pour rien. Il est dit dans cet article qu'elle a cherché elle même en allant de son propre gré là ou il y avait des risques. Elle faisait, fait à peine libérée et fera par le suit, j'imagine de la politique, alors STOP... à la sur-médiatisation et à la sur-estimation et à la sur-dimension donnée à cette personne et à cette affaire !

  • Pascal, le 09/07/2008 à 14h00

    C'est quoi ces commentateurs???!!! Vous les castés ou quoi? Y'a un nid quelque part? Franchement, elle a perdu 6 ans et demi de sa vie, dans des conditions inhumaines. Et on lit quoi : "LA Bétancourt", "Elle est en trop bonne santé" j'en passe. Le pays des Lumières? La Nation des pense-petits.

  • Dimitri, le 09/07/2008 à 12h28

    Enfin un article objectif sur les sentiments des colombiens vis à vis de cette femme, crédité de seuleument 2%, elle est quand même allé se jeter dans la gueule des farcs, sans doute à la recherche d'un coup médiatique qu'elle aura finalement obtenu à sa libération. Pendant qu'on veut manifester pour notre pouvoir d'achat, elle veut qu'on manisfeste pour son bénéfice politique. Qu'elle rentre en colombie si elle veut faire de la politique

  • Françoise, le 09/07/2008 à 12h20

    Ingrid insignifiante dans son combat ? : regardez la poutre qui est dans votre oeil plutôt que la paille qui est dans celle de votre voisine et soutenez ceux qui osent s'attaquer à l'establishment plutôt que de les dénigrer... Avec des réflexions comme les vôtres, la société n'est pas près de changer...

  • Bruno, le 09/07/2008 à 11h44

    Et oui Nicolas n'y est pour strictement rien, c'est Mr Uribe le véritable héro de l'affaire, je l'ai dit depuis les premieres heures ! Plutot que de tapper sur Ségoléne, les droitos feraient mieux d^'etre honnête et de ne pas essayer de récupérer des lauriers qui ne leur appartiennent pas !! Pov droite, et vosu allez voir encore un flot d'insultes !!! Quelle intelligence !

  • Mekil, le 09/07/2008 à 11h18

    Ahhhh merci enfin un article remettant a sa place cette liberation et surtout le poids de Mme Betancourt dans la société colombienne. Enfin c'est pas trop tot apres tant de demagogie...

  • Manydom, le 09/07/2008 à 10h13

    Ce n'est pas Ingrid qui en fait trop, ce sont les autorités françaises : reçue à l'Elysée, au Sénat, et à l'Assemblée; invitée aux festivités du 14 juillet; décorée de la Légion d'Honneur; faite citoyenne d'honneur de Paris. A la une de tous les journaux (40 pages dans Paris Match !) . Pressentie pour le Nobel de la Paix...Ingrid est toujours otage, non plus des Farc, mais du tourbillon médiatique que l'on a créé autour de sa libération.

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