3 juillet, 0h10, heure française : Ingrid Betancourt descend de l'avion qui l'a ramenée à Bogota. © TF1/LCIUn grand film hollywoodien. Le déroulé de la libération d'Ingrid Betancourt et des 14 autres otages est digne des meilleurs scénarios. C'est incontestablement un grand succès de l'armée colombienne qui communique d'ailleurs largement mais partiellement depuis hier soir sur les détails de ce qu'il faut bien appeler un énorme "bluff". "C'est une opération sans précédent qui restera dans l'histoire pour son audace", a déclaré le ministre de la Défense colombien.
Selon les premières informations, la Colombie a préparé cette libération depuis au moins quatre mois, grâce à un intense travail de renseignements, avec l'aide des Etats-Unis. Des espions étaient parvenus à s'infiltrer à plusieurs niveaux au sein de l'organisation des Farc. Par ailleurs, la région ou étaient retenus les otages était surveillée par des dizaines d'agents qui ont pu s'approcher de très près début mai, notamment des Américains retenus. Mais les autorités colombiennes n'ont jamais tenté d'opération qui risquait de mettre en danger la vie des otages, conformément aux souhaits de la France et de la famille d'Ingrid Betancourt.
C'est donc sans qu'un coup de feu soit tiré qu'a été réussi la libération des 15 otages, et ce grâce à "une manœuvre très intelligente" comme l'a commenté Nicolas Sarkozy. Le but de la manœuvre était de rassembler les 15 otages qui étaient divisés en trois groupes, détenus sur des lieux différents. Les services de renseignement militaires sont parvenus "grâce à divers subterfuges" à placer au moins un de leurs hommes au sein du "secrétariat des Farc", l'organe de commandement de l'organisation de guérilla, a expliqué le ministre de la défense colombien. Le militaire infiltré est parvenu à convaincre les guérilleros geôliers de transférer ces 15 otages qui faisaient partie d'un groupe de 39 captifs dit "politiques" que les rebelles voulaient échanger contre 500 des leurs incarcérés par les autorités colombiennes.
Des tee-shirts à l'effigie de Che Guevara
"Comme les otages étaient divisés en trois groupes, a précisé le ministre, on a réussi à les réunir au même endroit, puis de faciliter leur acheminement vers le sud du pays en prétendant qu'il fallait les remettre à Alfonso Cano", le nouveau chef des Farc après le décès du dirigeant historique de la guérilla, Manuel Marulanda. "Nous nous sommes coordonnés pour qu'un hélicoptère vienne les chercher dans un endroit convenu à l'avance" et qu'un responsable des Farc surnommé "Cesar" et un autre membre de son état-major "les accompagnent jusqu'à Alfonso Cano", L'hélicoptère, qui appartenait en fait à l'armée, piloté par des hommes expérimentés des services de renseignement, a recueilli les otages dans le département de Guaviare, dans le sud-est du pays.
Selon Le Figaro Magazine à paraître samedi qui a interrogé en exclusivité le colonel Gomez, l'un des principaux organisateurs de la libération, les agents de renseignements colombiens se sont "déguisés" en guérilleros, allant jusqu'à porter des tee-shirts à l'effigie de Che Guevara et équipés de fusils AK-47, un armement typique des Farc. C'est une fois dans l'hélicoptère que les militaires colombiens ont révélé leur vraie idendité, en lançant aux otages : "Vous êtes libres".
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