Ingrid Betancourt évoque son avenir politique

Par D.H. (avec agence), le 07 juillet 2008 à 17h24 , mis à jour le 07 juillet 2008 à 22h40

L'ex-otage s'est dite, lundi sur RFI, prête à jouer les émissaires entre les présidents rivaux colombien et vénézuélien dans la crise des otages des Farc.

Ingrid BetancourtIngrid Betancourt, le 7 juillet sur RFI © RFI

Aussitôt libérée mercredi dernier, elle avait dit sa détermination à vouloir se battre pour que tous les otages de Farc restés dans la jungle recouvrent à leur tour la liberté. Mais sous quelle forme ? Cinq jours après sa libération, Ingrid Betancourt a évoqué, lundi à Paris, au micro de RFI, la manière dont elle "veut être un soldat de cette cause" des otages, tout en évoquant ses incertitudes.

"J'espère que je peux aider, que je peux faire quelque chose pour rétablir l'amitié, la confiance" entre les présidents rivaux colombien et vénézuélien, Alvaro Uribe et Hugo Chavez, a-t-elle déclaré. Mais "je ne sais pas comment le faire parce que Chavez détient une clef que personne d'autre ne possède. Les Farc l'écoutent. Chavez est un allié pour nous", a-t-elle estimé, ajoutant : "Chavez, je l'adore". Elle a également dit vouloir rencontrer le président équatorien Rafael Correa, qui s'est investi dans le dossier des otages.

"Si je peux servir la Colombie en assumant par exemple la présidence..."

Dans cette mission potentielle, une nouveauté en tous cas. Le gouvernement colombien a annoncé lundi à Bogota qu'il rechercherait désormais un "contact direct" avec les guérilleros des Farc pour obtenir la libération de leurs otages car il a "perdu confiance" dans les médiateurs européens (lire notre article). Ingrid Betancourt a de son côté estimé qu'Alvaro Uribe devrait "changer de vocabulaire" afin d'engager un dialogue avec les Farc. Tout en reconnaissant l'adresse du chef de l'Etat colombien, qui a selon elle "beaucoup de ficelles dans sa politique de sécurité", la sénatrice franco-colombienne a jugé qu'Uribe devait aussi "rectifier" son discours vis-à-vis des Farc, un "vocabulaire radical, extrémiste, de haine, de mots très forts qui blessent intimement l'être humain". Selon elle, il faut donner "à l'autre l'espace de respect et de tolérance pour qu'il garde la face et pour qu'il puisse à moment donné accepter de parler avec celui qu'il haït".

Plus tard, interrogée sur TV5Monde, pour savoir si elle envisageait d'être candidate à l'élection présidentielle de 2010, elle a répondu : "Il faut attendre. Si je peux être un recours je le serai"."Si je peux servir la Colombie et si je peux la servir en assumant par exemple la présidence de la Colombie tant mieux. Mais je pense qu'il y a d'autres façon de faire comme par exemple travailler pour la Colombie d'ici en France", a-t-elle ajouté.
 
Arrivée à Paris vendredi, elle a laissé entendre qu'elle devrait encore rester quelques temps en France, car sa famille craint un attentat. "J'ai eu une grande discussion avec ma famille et en fait ils ont peur. Ils me disent ‘on a trop souffert pour toi et on a le droit de te demander de ne pas y aller'", a-t-elle expliqué sur  TV5Monde. "Je pense qu'il faut y aller tranquillement. Le fait que je ne sois pas en Colombie ce n'est pas dramatique. Je peux faire les choses d'ici. Et je reviendrai en Colombie mais peut-être à un moment où la crise sera moins palpable", a-t-elle ajouté. "Je n'ai pas envie de me convertir en une espèce de martyr où mes enfants viendront sur ma tombe. Je veux être vivante", a-t-elle ajouté.
 
Il y a "certainement quelqu'un qui a reçu de l'argent"
 
Sur RFI, l'ex-otage s'était aussi adressé en espagnol aux otages qui écoutent l'émission dans la jungle (voir la vidéo), témoignant une nouvelle fois de sa volonté de se battre pour ceux qui vivent "avec la mort constamment à leur côté". Elle a de nouveau appelé toute la Colombie à participer à une grande marche pour les otages le 20 juillet à Bogota, jour de célébration de l'indépendance en Colombie, et tous les pays d'Amérique latine à poursuivre leur mobilisation. Elle a réaffirmé qu'elle ne sera pas à la marche, évoquant même la possibilité de ne pas être en Colombie à cette date.
 
Sur ses conditions de détention, Ingrid Betancourt a répété que pour elle, le commandant "Gafas" qui la détenait n'avait pas été acheté mais qu'à "plus haut niveau", il y a "certainement quelqu'un qui a reçu de l'argent". L'émotion l'a une nouvelle fois envahie lors de la rediffusion par RFI du premier message radio sur cette antenne de son fils Lorenzo, fin 2007. "Je me déteste lorsque je pleure mais je n'arrête pas de pleurer", a-t-elle dit.

Sa libération, un "miracle" après une prière à Jésus

Dans une autre interview, au Pèlerin cette fois (de jeudi), l'ex-otage affirme voir dans sa libération "un miracle", comme une prière qu'elle avait adressée en juin à Jésus et qui a été exaucée. "Le 1er juin, j'écoutais Radio Catholica Mundial et j'apprends que le mois de juin est celui où l'on célèbre le Sacré-Coeur. Or, la dernière fois que j'ai vu mon père, à la veille de mon enlèvement, nous étions assis dans sa chambre, sous une image du Sacré-Coeur", raconte-t-elle, dans cette interview accordée dimanche après la messe de 22h en la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre à Paris à laquelle elle a assisté. "Papa m'avait alors pris la main, avait regardé l'image et demandé : ‘Sacré-Coeur, prends soin de mon coeur, prends soin de mon enfant'", explique-t-elle.
"Alors, j'ai fait cette prière : ‘Mon Jésus, je ne t'ai jamais rien demandé parce que tu es tellement grand que j'ai honte de te solliciter. Mais là, je vais te demander quelque chose de très concret. Je ne sais pas ce que cela signifie exactement ‘se consacrer au Sacré-Cœur', mais si tu m'annonces, au cours du mois de juin qui est ton mois, la date à laquelle je vais être libérée, je serai toute à toi'", poursuit-elle. "Et le 27 juin, un commandant de la guérilla rentre au campement et nous ordonne de préparer nos affaires, car peut-être l'un d'entre nous va être libéré. Quand il a parlé, j'ai pensé : ‘Voilà ! Il est au rendez-vous'. Ma libération s'est déroulée de manière très différente, mais le fait est que Jésus a tenu parole : je vis un miracle", conclut l'ex-otage, qui affirme avoir découvert la Bible en captivité dans la jungle.
Ingrid Betancourt se rendra en pèlerinage sur le site marial de Lourdes vendredi et samedi. Une visite est également prévue au Vatican, où le pape Benoît XVI s'est déclaré disposé à la recevoir, mais aucune date n'a encore été fixée.

Par D.H. (avec agence) le 07 juillet 2008 à 17:24
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience