Barack Obama, le 6 mai 2008 © TF1/LCI
"Les primaires se gagnent aux extrêmes, l'élection générale se gagne au centre". Tous les quatre ans, le credo revient comme un leitmotiv. Malgré sa volonté de changement et de rompre les pratiques anciennes, Barack Obama semble ne pas y échapper. Depuis qu'il a obtenu l'investiture démocrate, le sénateur de l'Illinois a en effet infléchi sa position sur plusieurs sujets et s'est montré prudent sur plusieurs autres (voir ci-dessous).
Les raisons de ce "recentrage" et de ce retour à la "real-politik" sont évidentes : pour espérer battre John McCain, il lui faut rassurer à la fois les électeurs indépendants, qui apprécient beaucoup le prétendant républicain, et ceux de l'Amérique profonde, qui lui ont déjà fait défaut lors des primaires démocrates face à Hillary Clinton. Son autre cible : les républicains déçus de la candidature de John McCain, trop centriste à leurs yeux. Certains ironisent sur ce virage en feignant de se demander si le héraut du changement que se veut Obama n'était pas devenu un simple conservateur comme le parti démocrate sait également en produire, notamment dans le Sud du pays.
En fait, comme tout politicien ordinaire, Barack Obama se retrouve coincé entre son idéal et la pratique. C'est notamment le cas en matière de politique étrangère où même si sa diplomatie serait forcément plus souple sur la forme que celle de George W. Bush, elle ne serait pas si fondamentalement différente sur le fond. Au risque de décevoir une bonne partie de ses supporters étrangers.
- IRAK
Barack Obama s'est toujours opposé à la guerre -même s'il n'a pas eu à voter contre en 2003, puisqu'il ne siégeait pas encore au Sénat. C'est d'ailleurs l'un des arguments majeurs de sa campagne face à John McCain. C'est sur la gestion du conflit à partir du 20 janvier 2009, date de l'entrée en fonctions du futur président, que le sénateur de l'Illinois hésite. Pendant longtemps, il s'était prononcé pour un retrait quasi-immédiat des troupes américaines et contre le maintien de toute présence militaire sur place.
Petit à petit, face aux remarques de l'état-major, il a infléchi sa position et envisage un retrait étape par étape qui prendrait fin à l'été 2010 et le maintien d'"une force résiduelle qui aurait des missions limitées : poursuivre les restes d'al-Qaïda en Mésopotamie, protéger les services américains et, tant que les Irakiens feront des progrès politiques, entraîner les forces de sécurité irakiennes".
- CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN
Le 4 juin, au lendemain de la fin des batailles démocrates et avant le retrait officiel d'Hillary Clinton, Barack Obama prononçait un discours devant le principal lobby juif aux Etats-Unis. Un moment important dans l'optique de gagner le vote de la communauté. Même s'il est dans l'ensemble plutôt acquis aux démocrates -74% pour Kerry en 2004 face à Bush-, c'est aussi l'un des plus versatiles. Les derniers sondages montrent ainsi que les Juifs américains ont tendance à devenir plus conservateurs. Autre donnée importante : pendant les primaires, il s'était lourdement incliné face à Hillary Clinton.
Résultat : lors de son discours, le sénateur de l'Illinois s'était posé sur une ligne ouvertement favorable à Israël. Pour la première fois, il avait ainsi affirmé que Jérusalem devait "rester la capitale d'Israël" et "demeurer indivisible". Se basant sur une position classique et très proche de l'administration Bush, il estimait donc de fait qu'Israël ne devrait pas revenir dans ses frontières de 1967 avant la guerre des Six Jours et que le futur Etat palestinien ne devrait pas avoir Jérusalem comme capitale -ces deux conditions sont considérées comme indispensables par les Palestiniens. Il s'était également félicité des "liens indestructibles" entre les Etats-Unis et Israël. "Ceux qui menacent Israël nous menacent", avait-t-il asséné, dans une référence implicite à l'Iran, ajoutant souhaiter "isoler" le Hamas jusqu'à ce que l'organisation renonce au terrorisme, reconnaisse à Israël le droit d'exister et se soumette aux accords passés.
- PEINE DE MORT
Sur ce thème de société qui ne fait pas débat aux Etats-Unis, Barack Obama ne s'est jamais démarqué de la pensée américaine : il est pour (un candidat qui annoncerait aujourd'hui qu'il ferait voter l'abolition signerait là son acte de défaite). Néanmoins, une récente décision de la Cour suprême aurait pu lui permettre de se montrer plus flexible. La plus haute instance judiciaire a en effet interdit la peine capitale pour les violeurs d'enfants qui n'ont tué personne.
Réponse de Barack Obama : "Je pense que le viol d'un petit enfant, de 6 ou 8 ans, est un crime hideux et si un Etat décide que dans des circonstances réduites, limitées, et bien définies, la peine de mort est au moins potentiellement applicable, ça, ça ne viole pas notre Constitution".
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