Obama, le "renoi" qui parle aux banlieues françaises

Par , le 24 juillet 2008 à 16h50 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 12h04

Enquête - Incarnation d'un nouveau rêve américain, le candidat démocrate à la Maison Blanche, en visite en France vendredi, suscite les sympathies dans les cités. Décryptage du phénomène.

Obama banlieue Obamania © LCI.fr

LCI picto cliquez regardez
Obamania dans les banlieues, ils expliquent pourquoi
 

Ils sont là, suspendus à côté des maillots des grands basketteurs américains : à deux rayons des chaussures à virgule ou aux trois bandes ; accrochés sous le haut-parleur qui diffuse non stop une musique hip-hop. Ces tee-shirts à l'effigie de Barack Obama s'affichent sans complexe dans cette boutique de sportswear, aux Halles, à Paris. Obama tout sourire, Obama aux côtés de Martin Luther King, Obama clamant sur le coton "Yes, We Can". Et les ventes de ces modèles n'ont rien à envier à celles des "must-have" du moment chez les 17-25 ans.
 
Etonnant ? Pas tant que ça. Car s'il est le candidat préféré des Français (1), celui qui disputera la Maison-Blanche à John McCain en novembre prochain, a, dans les quartiers, une place particulière. Dans les zones métissées et en proie à un vif sentiment de discrimination, le démocrate a visiblement la cote. Certains vont même jusqu'à parler de "véritable engouement". A voir.
 
"Mieux que Bush"
 
"Oba quoi ?" A la cité des Carreaux, à Villiers-le-Bel, dans le Val-d'Oise, le nom d'Obama ne fait pourtant pas tilt tout de suite chez les jeunes. Mais il suffit que l'un d'entre eux explique en deux mots qui il est -"le renoi qui va être président"-, pour que ses potes réagissent d'un "Ah oui, on l'a vu à la télé". Et chacun d'avoir alors son mot à dire. Tous ont de la sympathie pour le démocrate, qu'ils qualifient de "cool", "charismatique", "mieux que Bush"... Une réaction rare chez ces jeunes, plutôt méfiants face aux hommes politiques. Sans oublier que depuis la guerre en Irak, l'image des Etats-Unis s'est considérablement dégradée dans les banlieues. Alors, ici dire qu'il est "mieux que Bush" est un argument de poids sur lequel tout le monde s'entend.

"Quand j'entends parler de lui, je vois un Noir pour représenter l'Amérique, ça c'est fort", se félicite Jahmal, grand gaillard de 26 ans. "Sa couleur de peau fait que beaucoup de gens, qui se sont sentis délaissés dans la politique actuelle, peuvent aujourd'hui se reconnaître en lui", explique Stanislas, 24 ans (2), dans un discours plus construit.
 
Victime aussi de préjugés
 
Le métissage de Barack Obama, fils d'un berger kényan et d'une Américaine du Kansas, fédère. Mais il n'explique pas tout. Colin Powell n'a pas suscité un tel enthousiasme et il n'est pas sûr que Condi Rice, si elle avait été la candidate républicaine, aurait eu droit à son tee-shirt dans les boutiques sportswear. Pour l'historien François Durpaire (3), le succès du candidat dans les cités s'explique notamment par sa jeunesse. "Quand on demande à Obama ses choix musicaux, il répond : PDiddy, Kanye West, Wyclef Jean... Ce sont des chanteurs qu'on connaît dans les banlieues françaises, souligne-t-il. Quant à John Mc Cain, il est plus de la génération des Beach Boys ou d'Abba que de cette culture hip hop qui est aujourd'hui une culture mondiale...".

Une connivence culturelle à laquelle s'ajoute un discours intergénérationnel : voilà ce qui plaît aux jeunes de banlieues. S'ils ne connaissent pas nécessairement son programme, tous se disent sensibles à l'aura d'Obama. "Il parle de tout le monde, il a l'air de penser à tout le monde, il n'exclut personne", constate Assia, lycéenne de 17 ans habitant Nanterre. "Oui, et puis il n'a pas l'air hautain comme les autres hommes politiques", renchérit sa copine Justine.
 
"Un phénomène d'identification"
 
Le sénateur de l'Illinois transcende les clivages communautaires, et ça plait. "Obama, il est noir et blanc, blanc et noir, il peut ressembler à une personne d'origine maghrébine, asiatique... Bref, il est métissé comme nos banlieues, constate Jean-Claude Tchicaya, du collectif Devoirs de Mémoires, actif lors des émeutes de novembre 2005. Et puis comme elles, il est parfois visé par des attaques ou victime de préjugés : on lui demande s'il est musulman, on le caricature en extrémiste..."
 
Selon lui, Obama, peut aussi représenter une revanche démocratique et pacifique de l'Histoire. "Pour les jeunes des quartiers, il est un symbole car son parcours permet un phénomène d'identification", dit encore Jean-Claude Tchicaya. Selon François Durpaire, les banlieues vivent l'avènement d'Obama sur le mode du mythe compensateur : ne disposant pas de réseaux d'influence, ils font de l'ascension sociale de ce fils d'immigrant africain, élevé dans une famille modeste, le symbole d'une mobilité sociale qu'ils ne connaissent pas. "Les parents, les grands-parents se disent 'on a migré comme le papa d'Obama dans les années 60 et son fils brigue aujourd'hui la magistrature suprême du pays le plus puissant du monde. Nous aussi on peut imaginer ça pour nos enfants en France", note François Durpaire.
 
"C'est pas demain la veille"
 
"Obama vante toutes les potentialités qui ne sont pas assez mises à jour dans les quartiers populaires", ajoute Jean-Claude Tchicaya. Il incarne le rêve américain et montre que le Liberté, égalité, fraternité est aussi possible en France". En somme, c'est "un motif d'espoir", souligne Marc Cheb Sun, directeur de la rédaction de Respect magazine. Le "mag qui secoue les ghettos" a consacré ses trois derniers édito à Barack Obama. Morceau choisi : "Elu ou pas, Obama est déjà porteur d'une intense victoire : il n'est pas la voix d'une communauté, mais bien celle d'un élan qui, toutes couleurs confondues, dépasse les logiques de groupes pour poser les bases d'un avenir commun".
 
Y aura-t-il cet élan dans les banlieues françaises ? Après Fadela Amara ou Rachida Dati, l'exemple d'Obama va-t-il susciter d'autres vocations politiques chez les jeunes ? Si les institutionnels le pensent, à Villiers-le-Bel, Jahmal et ses copains en rigolent. Rires jaunes, voire moqueurs. "Les Etats-Unis sont beaucoup plus en avance que nous. Ne serait-ce qu'à la télé : il  y a déjà un président noir, dans la série 24 heures... Vous en connaissez, vous, des séries françaises où un black occupe un poste important ?", s'interroge Moussa 17 ans. Et sans attendre la réponse, il lance, le regard désabusé, : "Alors dans la vraie vie, c'est pas demain la veille."

Sur le même sujet : Pourquoi l'Obamania en France ?
 
(1) Enquête réalisée par le Pew Research Center
(2) Auteur de "Je préfère grignoter le ciment"
(3) "L'Amérique de Barack Obama", de François Durpaire et Olivier Richomme (éd. Demopolis)

Par Amélie Gautier le 24 juillet 2008 à 16:50
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

30 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Lchuzel, le 27/08/2008 à 14h29

    Qui parmi vous est capable de dire concrètement ce que propose ce candidat ? Aucun. Il est navrant de voir avec qu'elle manque de discernement on peut vous vendre une lessive ou un homme politique. Pour ma part j'achète des propositions concrètes pas un prospectus qui me promet la lune sans la moindre contre partie. Obama on nous vend du Kennedy qui symbolise l'ascension de la communauté noire !!!! Les qualités d'un individu ne se mesurent pas au nappage du gâteau mais au gout du gâteau Il est des saveurs sucrée qui peuvent laisser un gout amer qu'il est difficile d'effacer

  • Martel, le 25/08/2008 à 11h29

    Nous avons bien un Président issu de l'immigration, et dont la communauté religieuse est minoritaire en France. Nos "djeunes " ne s'en sont pas rendu compte. Pourquoi admirer un candidat qui va le rester ?

  • Martel, le 24/08/2008 à 02h28

    On en oublierait presque que nous avons une longueur d'avance sur les USA. Notre Président est un fils d'immigrés, sa mère appartient à une minorité, et il est avocat. Les jeunes des banlieues ne réalisent pas la chance qu'ils ont d'avoir un Président qui présente tant de similitudes avec Obama...

  • ARMADA, le 26/07/2008 à 08h08

    C'est un jeune homme de paix, d'égalité, de liberté et de fraternité, choses qui ont vallu bien des assassinats : Kennedy, Martin Luther King ! je ne suis pas spécialiste en politique des Etats Unis, mais cet homme risque gros, je crois ! (de plus, il est beau!!)

  • Christian, le 25/07/2008 à 20h39

    IL EST METIS ! UN MELANGE DE COULEUR ! IL EST METIS IL VIENT D ICI ET D AILLEURS !

  • Prudence, le 25/07/2008 à 18h00

    Obama sympa ok! le tout est de savoir ce qu'il compte entreprendre avec la France, tant mieux si les jeunes de banlieues l'apprécient mais c'est Sarko notre président....j'espére que s'il est élu il saura faire un peu de bien à ses pauvres de banlieues à lui, parceque c'est loin d'être rose aux Etats Unis.

  • dominique, le 25/07/2008 à 17h27

    Je rejoins l'objectivite de mhedi je suis desolee que dans le pays des droit de l'homme on parle de sa couleur de peau l'espoir ne doit pas etre lie a une couleur et il serait interessant de parler du programe du candidat oboma et laissons aux americains leurs choix

  • Nesdy76, le 25/07/2008 à 17h02

    First of all, bonjour à tous, à dire vrai qu'à chaque fois qu'on parle de Obama , j'ai moi meme la chair de poule. c'est un grand Homme, il est capable d'apporter l'amour, la paix dans ce monde de guerre et unir tout le monde quelque soit leur couche sociale. voilà un citoyen du monde!

  • Ersaishania, le 25/07/2008 à 17h01

    En voyant son ascension sociale, on peut se dire que tout est possible car déjà, il postule a l'élection présidentielle américaine ce qui est un exploit quand on vient de la classe modeste américaine mais quand en plus c'est un noir c'est prodigieux. Sachant que la population noire américaine est souvent synonyme de gang violents tout comme les latinos américains, il faut une sacrée envie de faire bouger les choses pour arriver là. Mc Cain n'a qu'a bien se tenir avec sa politique proche de Bush car le Vietnam c'est fini depuis longtemps, l'heure est au changement et a l'intégrité de tout les peuples car beaucoup oubli que les frontières ne sont que factices. Le monde a besoin de plus de personne comme lui ! CHANGE we can believe it !

  • KOUGBADI Akochayé, le 25/07/2008 à 16h40

    Je n'apprécie pas votre titre à la limite injurieuse. Un Journaliste a-t-il a être partisant surtout quand on parle de couleur ? ça c'est inimaginable. Votre sobriquet de "Renvoi" veut-il donner quel enseignement ? Nous on a une bonne expérience de la démocratie qui oblige à promouvoir les débats d'idées et non les discrimations basées sur de basses sentiments. A. KOUGBADI depuis le Bénin

Lire tous les commentaires

      logAudience