Barack Obama et John McCain © TF1/LCI
Au fil des années, la place de vice-président, purement honorifique à l'origine, a pris de plus de plus d'importance. En 1960, l'élection de John Kennedy est attribuée en partie au choix de Lyndon Johnson, qui lui avait apporté le vote conservateur et la victoire au Texas. Dick Cheney, le vice-président de George W. Bush, est quant à lui considéré comme celui ayant eu le plus de poids et d'influence dans l'Histoire.
Pour choisir celui qui occupera la seconde place de leur "ticket", John McCain et Barack Obama ont plusieurs critères à prendre compte. Certains se complètent ou se recoupent, ou, au contraire, s'opposent. Selon le coefficient qu'ils accordent à chaque possibilité, les deux prétendants à la Maison-Blanche peuvent ainsi dresser une courte liste.
- Compenser leur principal point faible
John McCain l'admettait lui-même il y a quelques mois : "je m'y connais moins en économie que sur les questions internationales ou militaires". De son côté, Barack Obama, sénateur depuis seulement 2004, est régulièrement brocardé pour son inexpérience, notamment en politique étrangère et en matière de sécurité. Chacun des deux peut donc compenser son déficit en s'adjoignant un co-listier qui possède les compétences qui lui font défaut.
- Pour John McCain : Mitt Romney, ancien adversaire lors des primaires, a déjà démontré ses qualités de gestionnaire, notamment lors des Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002.
- Pour Barack Obama : Joe Biden, président de la Commission des affaires étrangères au Sénat et poids-lourd de la vie politique américaine.
- Gagner un "swing state"
Il s'agit d'un aspect purement comptable. En raison du système électoral -un scrutin indirect se déroulant Etat par Etat où le vainqueur rafle la totalité des "Grands Electeurs" de l'Etat-, certains Etats historiquement indécis entre démocrates et républicains ont une importance primordiale. En choisissant une personnalité implantée dans l'un de ces Etats -en l'occurrence généralement le gouverneur-, un prétendant à la Maison-Blanche a de fortes chances de s'y imposer. Cette année, l'Ohio, la Floride, la Virginie, la Pennsylvanie et l'Indiana figurent parmi le peloton de tête de ces "swing states".
Pour John McCain : Charlie Crist, gouverneur de Floride.
Pour Barack Obama : Tim Kaine, gouverneur de Virginie.
- La géographie
Afin de séduire le maximum d'électeurs, mieux vaut éviter d'avoir sur le même ticket deux personnalités issus de la même région. John McCain étant de l'Ouest, il pourrait prendre un colistier du Nord ou de l'Est. Situation inversée pour Barack Obama : sénateur de l'Illinois, au Nord du pays, il pourrait prendre un co-listier du Sud ou de l'Ouest.
- Se doubler de l'expérience exécutive
Barack Obama et John McCain sont sénateurs. S'ils connaissent donc bien le secteur législatif, ils n'ont en revanche jamais dirigé un pouvoir exécutif. Ils peuvent donc choisir un gouverneur, si possible d'un grand Etat. Ce critère recoupe donc le précédent.
- Rassurer les sceptiques de leur propre parti
En raison de son attitude de "tête brûlée" et de ses prises de positions proche des démocrates sur plusieurs sujets (notamment l'immigration et la torture), John McCain est détesté par la droite dite "religieuse" du parti républicain. En nommant une personnalité "compatible" pour cette frange de l'électorat évangélique, il la rassurerait sur ses intentions pour qu'elle se décide à se déplacer le 4 novembre plutôt que s'abstenir.
Côté démocrate, la bataille des primaires entre Hillary Clinton et Barack Obama a laissé des traces. L'objectif du sénateur de l'Illinois est donc d'unifier le parti et de rassurer l'électorat ouvrier, qui a voté massivement pour son ex-rivale. A défaut de l'ex-Première dame elle-même, un de ses proches ferait l'affaire.
Pour John McCain : Tim Pawlenty, gouverneur du Minnesota ; Mike Huckabee, ancien candidat aux primaires.
Pour Barack Obama : Evan Bayh, sénateur de l'Indiana ; Ed Rensell, gouverneur de Pennsylvanie.
- Jouer l'ouverture
Si les primaires se gagnent aux extrêmes, l'élection se gagne au centre. A l'exact opposé du critère précédent, les deux candidats peuvent donc choisir de séduire les électeurs indépendants et modérés qui oscillent entre républicains et démocrates au gré des élections. La solution : nommer une personnalité très modérée ou indépendante, voire appartenant carrément au camp adverse.
- Pour John McCain : Joe Lieberman, ancien co-listier de Al Gore en 2000.
-Pour Barack Obama : Chuck Hagel, sénateur républicain du Nebraska et héros de la guerre du Vietnam.
- L'âge
John McCain, qui fêtera ses 72 ans fin août, est régulièrement attaqué sur le sujet et toute attitude équivoque est tout de suite interprétée comme un problème physique, voire physiologique. Avec un co-listier jeune -entre quarante et cinquante-cinq ans, il évacuerait en partie les critiques. Pour Barack Obama, 47 ans depuis ce lundi, c'est l'inverse. Avec un co-listier plus âgé que lui -donc plutôt la soixantaine-, il compenserait son inexpérience politique.
- La réplique à l'adversaire
Même s'il est métis, Barack Obama est perçu socialement comme un Noir, donc comme un représentant d'une minorité. John McCain peut donc répliquer en s'adjoignant un co-listier issu d'une "minorité", raciale ou politique. Il pourrait donc choisir Bobby Jindal, hindou, gouverneur de Louisiane, ou encore une femme. Barack Obama est moins concerné par le sujet.
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