Barack Obama, lors de son discours d'investiture à la convention démocrate, le 25 août 2008 © TF1/LCI
Retrouvez les principaux extraits du discours,
traduits en français,
Pour son discours d'investiture, le plus important depuis le début de sa carrière politique, Barack Obama devait relever plusieurs challenges. En moins de 45 minutes, il devait à la fois se présenter aux Américains, qui le connaissent mal malgré le déferlement médiatique qui l'entoure depuis un an, séduire les électeurs modestes d'Hillary Clinton (25% entendent voter pour John McCain), apparaître comme un vrai leader et se montrer précis sur son programme. Tout ceci en évitant la rhétorique sur laquelle il a fondé son succès aux primaires pour aborder le concret.
Lors de son intervention, bien reçue par les observateurs politiques, il a plutôt bien rempli ses trois premières missions. Après avoir remercié le couple Clinton dès ses premières phrases, il a, à plusieurs reprises, placé son discours sous le signe de la compassion et de la redistribution des richesses. Associant John McCain à la politique du gouvernement Bush, il a par exemple promis de stopper les baisses d'impôts pour les plus riches et les grandes entreprises, pour les concentrer sur les petites entreprises -avant son discours, une patronne de PME était montée à la tribune pour expliquer ses difficultés- et les ménages aux faibles revenus. Objectif de ce "virage" à gauche : gagner la confiance des "cols bleus" proches d'Hillary Clinton, qui lui ont fait défaut lors des primaires.
Prêt à en découvre avec McCain
Toujours dans cette optique, alors que le camp républicain le présente comme un élitiste déconnecté des classes populaires, il a abordé son propre parcours, rappelant ses origines modestes, père immigré et mère célibataire. "John McCain considère lui qu'avec cinq millions de dollars par an, on est dans la classe moyenne", a-t-il lancé. Bref, un moyen de dire à la classe ouvrière : "je suis l'un des vôtres, pas John McCain".
Plus étonnant, pour mettre en avant ses qualités de commandant en chef, il a aussi vivement attaqué John McCain sur son propre terrain : la sécurité nationale. Montant au front alors qu'on lui a souvent reproché d'être trop "tendre" et de ne pas répondre aux invectives adverses, il a ainsi dressé la liste des erreurs commises, selon lui, par son rival, notamment le soutien à la guerre en Irak et le déni de l'enlisement en Afghanistan -où il a encore promis d'envoyer des renforts s'il est élu. Plus globalement, il a, là encore, lié McCain à Bush. "Si John McCain veut débattre sur la question de savoir qui a le tempérament et le discernement pour devenir le prochain commandant en chef, c'est un débat que je suis prêt à avoir", a-t-il lancé, dans la perspective des trois débats télévisés qui vont les opposer à partir de fin septembre.
"Pas de priorités claires" pour le New York Times
Restait la précision du programme. "Laissez-moi vous dire exactement ce que signifiera le changement si je suis élu", a-t-il entamé. Là, il ne fallait plus se contenter de parler du changement dans de belles envolées lyriques, mais quel est, dans les faits et concrètement, le changement qu'il propose à ses compatriotes. C'est sur ce point que le bât de son discours blesse.
Sans aucun doute, "La promesse américaine" est belle. Outre les questions d'impôts, Barack Obama a ainsi présenté une longue liste de propositions (se débarrasser de la dépendance énergétique extérieure dans les 10 ans grâce aux énergies renouvelables et propres, fournir une assurance-maladie adéquate à tous les Américains, améliorer l'éducation en augmentant les professeurs...). Mais n'a rien dit sur le financement de ces mesures ni sur leurs détails précis. Les quelques mots rapides sur les questions de société (immigration, droits des homosexuels, port d'armes, avortement) étaient également teintés du consensus actuellement en vigueur dans le camp démocrate. "Le discours n'a pas permis d'établir des priorités claires. Pas sûr que cela soit le cas dans les 60 jours à venir", estimait vendredi matin le Washington Times dans son éditorial.
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