Le site du comité "John McCain France" © TF1/LCIFin 2007, avant le début des primaires, les Français qui s'investissaient, de manière évidemment symbolique, dans la campagne américaine se trouvaient essentiellement du côté républicain. Outre les blogs de la pensée libérale, on trouvait ainsi, pêle-mêle, l'"Association des amis du parti républicain", une autre structure favorable à Rudolph Giuliani, alors favori pour l'investiture, ou encore des groupes de soutien à Ron Paul, l'un des candidats du parti de l'éléphant (cliquez ici pour relire notre article).
Et puis, début janvier, le phénomène Obama a tout balayé dans l'Hexagone. En quelques semaines, les comités de soutien en faveur du sénateur de l'Illinois se sont multipliés, avec l'appui de de nombreux intellectuels, écrivains, people ou hommes politiques, de droite comme de gauche (cliquez ici pour lire notre article). Largement minoritaires, les "Frenchies" pro-républicains se sont alors retrouvés noyés dans la masse, sans pouvoir faire entendre leur voix.
"Expliquer McCain aux Français"
Afin de tenter de rééquilibrer le rapport de force, Pierre Toullec, déjà fondateur de "l'Association des amis du parti républicain", a donc créé dans le courant de l'été une structure parallèle dédiée au candidat, "McCain France". "Les médias ne parlent quasiment pas de lui. En revanche, tout le monde parle d'Obama, sans être cependant capable de dire ce qu'il défend", explique cet étudiant de 22 ans, qui se qualifie lui-même de "néo-conservateur". "Nous voulons expliquer la candidature de McCain aux Français et montrer, en décortiquant leur programme respectif, en quoi son choix est préférable à celui d'Obama, aussi bien pour les Etats-Unis que pour l'Europe et la France", ajoute-t-il. Autre objectif : informer les Américains de France -ils sont environ 200.000- sur les modalités pratiques du vote par correspondance depuis l'Hexagone.
Face à l'anti-américanisme et à la piètre image du parti républicain en France, Pierre Toullec, ancien membre d'Alternative libérale qu'il a quitté en raison d'une ligne jugée trop à gauche, est conscient des difficultés qui l'attendent. "Nous savons pertinemment que nous n'arriverons jamais au niveau du comité de soutien à Obama. Ce n'est donc pas notre but", souligne-t-il, en revendiquant une dizaines de membres répartis dans toute la France et une quarantaine d'adhérents au groupe qu'il a créé sur Facebook -à noter qu'un autre blog de soutien au sénateur de l'Arizona est aussi apparu sur la toile récemment.
Soutiens de philosophes
Pour se faire entendre, Pierre Toullec, dont les moyens financiers sont quasi-inexistants, entend s'appuyer les différents blogs de le pensée libérale et surtout multiplier les apparitions dans les médias -il a déjà été interrogé sur France 24 ou RFI- et dans les conférences sur les Etats-Unis, qui ne vont pas manquer d'être organisées un peu partout d'ici au 4 novembre.
Et il a surtout obtenu le soutien de quelques personnalités de la mouvance libérale. Tout d'abord, ceux des philosophes Yves Roucaute et Guy Millière, les deux principaux représentants de la pensée néo-conservatrice en France. "Contrairement à 2004 où la propagande anti-Bush avait atteint un tel point de paroxysme, j'espère que la France médiatique va cette fois accepter le jeu républicain. Comme dans toutes les démocraties avancées, il faut donner libre accès aux différents points de vue. Bref, il faut que les médias soient des intercesseurs, et non des censeurs", explique Yves Roucaute.
"Ce n'est pas très sain quand un seul côté des choses est montré dans une démocratie", renchérit Guy Millière. "Soutenir McCain via le comité de Pierre Toullec nous permet de prendre date. Dans le contexte français, son élection serait une douche froide. Il nous faut donc anticiper et expliquer que McCain admire les valeurs fondamentales, que ce n'est pas un abominable homme d'extrême-droite comme il est caricaturé. Et si, par malheur, Obama était élu, il nous faut expliquer que la situation ne sera pas aussi idyllique que ce qu'imaginent les Européens. Sa politique économique serait catastrophique pour l'Europe et sa politique étrangère entraînerait l'instabilité au Proche-Orient", poursuit Guy Millière.
Rachid Kaci, seul politique pro-McCain
Dans la classe politique, une seule personnalité revendique pour l'instant fermement son soutien au candidat du parti de l'éléphant : Rachid Kaci, le leader de la Droite libre, le courant de la pensée libérale conservatrice associé à l'UMP. "Idéologiquement, je soutiens les convictions républicaines, donc je penche naturellement pour McCain", note celui qui s'était opposé à Nicolas Sarkozy pour la présidence de l'UMP.
"Je n'ai pas l'habitude de m'incruster dans la politique intérieure d'autres pays. Mais là, je suis agacé par l'Obamania qui sévit en France. En ce moment, c'est à la mode de se dire pro-Obama, ça fait moderne. Même les hommes de droite, qui logiquement sont plus proches des républicains, n'y échappent pas. Mais cela ne repose pas sur des convictions idéologiques. D'ailleurs, personne n'est vraiment capable de me dire quel est son programme ni sa vision de l'avenir. C'est vraiment pathétique", enrage-t-il. Et d'asséner : "Beaucoup le soutiennent simplement car il est noir, notamment dans les banlieues. On est à la limite du communautarisme". Rachid Kaci a donc l'intention de mobiliser son courant autour de "John McCain France", mais aussi de manière plus personnelle en lançant son propre comité de soutien en interne à l'UMP.
"Appréciable, mais à ne pas trop ébruiter"
Que pensent les républicains et l'équipe de campagne du sénateur de l'Arizona de ces improbables soutiens français ? Selon Pierre Toullec, son initiative a été plutôt bien accueillie par le staff de campagne du sénateur de l'Arizona -un QG qui préfère néanmoins rester très discret sur le sujet avec la presse. A Paris, la direction de Republicans abroad France -la section du parti dans l'Hexagone- avoue "apprécier que des étrangers s'intéressent à la politique américaine". "Nous sommes très contents d'avoir le soutien de Français. D'ailleurs, même s'ils sont minoritaires, je croise beaucoup de Français qui me disent être pro-républicains, voire supporters de Bush", explique George Yates, son président.
Pour autant, même si George Yates participera "avec plaisir" à des débats organisés par Pierre Toullec, pas question pour lui de trop ébruiter la chose outre-Atlantique. "Les Américains le percevraient de manière négative. Ils sont très méfiants quand des étrangers se mêlent de nos affaires, encore plus quand cela provient de la France. C'est bien que des Français disent que McCain est un bon candidat. Mais il ne faut pas qu'ils franchissent le pas en demandant aux Américains de voter pour lui", fait-il remarquer. Avant de conclure : "C'est valable aussi pour les démocrates. D'ailleurs, je pense que le vaste soutien pour Obama en Europe lui sera préjudiciable et sera plutôt bon pour nous".
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