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Comment Sarah Palin a renversé la tendance

Fabrice Aubert par
le 15 septembre 2008 à 11h09
Temps de lecture
5min
[Expiré] [Expiré] John MCCain

Crédits : AFP

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Amériques Eclairage - Inconnue avant sa nomination, la colistière de John McCain, malgré les affaires, a permis au candidat républicain de prendre la tête.

picto papier election americain 140Une des quotidiens, une des magazines, émissions sur les grandes chaînes d'info... Ça ne fait aucun doute : Sarah Palin a déboulé en force dans la course à la Maison-Blanche. Même Barack Obama reconnaît qu'il s'agit d'un "phénomène".  Evidemment, le candidat démocrate, qui était interrogé sur CBS, parlait uniquement d'un phénomène médiatique. Pourtant, même s'il a du mal à l'admettre, Sarah Palin est avant tout un phénomène politique.
 
Avant sa nomination, le 29 août dernier, elle était totalement inconnue du grand public. Seuls ses administrés de l'Alaska et les initiés du parti républicain connaissait la gouverneure de cet Etat exilé. En la choisissant comme colistière après ne l'avoir rencontrée au total que deux fois (!), John McCain avait avant tout un objectif clair : séduire la droite conservatrice et religieuse, (celle qui a assuré la double victoire de George W. Bush en 2000 et 2004) qui le déteste -il le lui rend bien- et qui hésite à s'abstenir le 4 novembre.

Pafaite pour les évangéliques
 
Le pedigree de l'ancienne reine de beauté -elle fut la dauphine de Miss Alaska- a en effet de quoi rassurer la frange la plus radicale du parti républicain : avec ses cinq enfants, dont un bébé trisomique, c'est une mère de famille exemplaire, elle est opposée à l'avortement, au mariage gay, son fils est parti en Irak le 11 septembre, elle considère que cette guerre est une mission venue de Dieu, elle veut que la théorie du créationnisme soit enseignée à l'école. Bref, alors que John McCain avait longtemps hésité à choisir un colistier centriste pour séduire les indépendants, il avait donc au dernier moment effectué, sous la pression de ses conseillers, un virage à 180 degrés. Un virage qui pouvait aussi lui permettre d'attirer les supportrices d'Hillary Clinton, peu enthousiasmées par Barack Obama.
 
Après la surprise, vinrent les interrogations. Mais quelle mouche avait donc piqué John McCain avant ce choix hasardeux ? Séduire la droite du parti, c'est bien, mais quid de l'expérience de Sarah Palin, notamment en matière politique étrangère ? Puis vinrent les rumeurs, qui la conduisirent à révéler la grossesse de sa fille mineure et célibataire -une information banale outre-Atlantique mais qui fait désordre pour quelqu'un qui prône l'abstinence sexuelle avant le mariage. Sous pression, elle était très attendue pour son discours d'investiture à Saint-Paul. Après s'être mise à l'écart de l'agitation médiatique, elle fut préparée par les conseillers du parti, dont beaucoup ont travaillé sur les campagnes Bush.

La révélation de Saint-Paul

Et ce fut la révélation : en prime-time, et bien qu'elle n'ait quasiment pas écrit une seule ligne de son intervention, elle se révéla être une oratrice de grand talent, capable d'enthousiasmer les foules (cliquez ici pour revoir ce discours, traduit en français). Même les journaux de gauche reconnurent la qualité de la prestation. Le camp républicain, grâce à une mise en scène parfaite et la présentation de toute la famille Palin sur scène, avait réussi son pari. Les sondages confirmèrent l'impression : John McCain prenait la tête dans les premières enquêtes réalisées après les conventions. Comme prévu, Sarah Palin plaît aux évangéliques. Mais aussi aux hommes. Finalement, ce sont peut-être les femmes les plus sceptiques.
 
Après avoir trouvé sa diva, le sénateur de l'Arizona, en vieux briscard de la politique qui sait quand le vent tourne, exploite désormais ce filon en or venu d'Alaska. Généralement, le colistier est en retrait et mène campagne seul pour ne pas faire d'ombre au candidat. Cette fois, Sarah Palin et John McCain se déplacent ensemble et vont tenir de nombreux meetings communs dans les "Etats clés". "L'idée de les garder ensemble vise à montrer qu'ils forment un bon duo pour délivrer un message", explique un membre du parti de l'éléphant. Elle sera aussi mise à contribution pour les collectes de fond.

Les conseillers savent quant à eux gérer au mieux la présence médiatique : si les poupées à son effigie se vendent comme des petits pains, il aura fallu attendre jeudi dernier pour qu'elle donne sa première interview télévisée. Sur un thème pas facile pour elle -la politique étrangère-, sans être forcément au top sur tous les sujets, elle a réussi à éviter la grosse gaffe, comme l'espérait le camp démocrate, qui avait critiqué son absence des plateaux (cliquez ici pour lire notre article).

Obama désorienté
 
Et Barack Obama dans tout ça ? Et bien, il a du mal à gérer la "hockey mom" (mère de hockey, prototype de la bonne mère de famille d'Alaska). Comment l'attaquer sur les affaires l'entourant et mettre en évidence ses contradictions passées sans passer pour le macho de service ? Plus globalement, comment faire face à la nouveauté et à la mode du "changement", quand on a soi-même surfé sur ces deux thèmes pendant deux ans ?
 
La blague du "cochon aux rouges à lèvres" est symptomatique : il est fort peu probable qu'il ait voulu assimiler Sarah Palin à une truie (cliquez ici pour lire notre article). Mais comment le sénateur de l'Illinois n'a-t-il pas pensé que cette expression, très commune, ne serait pas prise pour une comparaison alors que la gouverneure de l'Alaska s'est elle-même comparée à un "pitbull avec du rouge à lèvres" lors de son discours d'investiture ? En tout cas, le camp républicain a évidemment attrapé la perche tendue et l'argument du sexisme qui lui tendait les bras (cliquez ici pour voir le clip de campagne).

Rattrapée par les affaires ?
 
Reste maintenant à savoir si le boom Palin durera jusqu'au 4 novembre Un seul colistier a véritablement pesé dans les campagnes présidentielles : Lyndon Johnson en 1960, aux côtés de John Fitzgerald Kennedy. Venu du Texas, il était chargé de rassurer l'électorat protestant et conservateur du Sud sceptique envers JFK, catholique de la côte Est.

Pour rééditer l'exploit, Sarah Palin devra avant tout dégonfler les différentes affaires qui l'entourent (cliquez ici pour lire notre article). La dernière en date a été mise en avant dimanche par le New York Times : Sarah Palin aurait tendance à favoriser ses amis grâce à son poste de gouverneure. Elle aurait ainsi offert la direction des services de l'agriculture a une amie qui aurait  fait valoir comme seule qualification pour ce poste, payé 95.000 dollars par an, sa passion pour les vaches. Pour l'instant, les révélations précédentes, toujours à prendre au conditionnel, n'ont pas eu d'incidence sur sa popularité.


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Commenter cet article

  • Dana : Pourvu que la sara mania dure jusqu'aux elections. A vrai dire, je n'ai pas compris ce que madame palin possede comme talents pour etre qualifiee a devenir presidente. Elle est ignarde en politique etrangere et son discours n'a pas d'etoffe, pour ne pas dire qu'il est superficiel.. mais peut etre qu'il suffit d'etre extremiste pour gagner en popularite. Quant a la comparer a madame clinton, allons donc... Cette derniere est experimentee a tous les niveaux et tient un discours consistant et profond.. En tout cas, le temps est le meilleur juge. On verra bien le 4 novembre prochain...

    Le 16/09/2008 à 11h11
  • Jean-paul : "L'habit ne fait pas le moine. Comment une journaliste sportive sans une grande expérience de gestion publique peut elle diriger une nation comme les USA ?" encore une belle connerie des gauchos français qui ne sont pas une incohérence prés... je suppose que ce bon gaucho nancéen doit hurler contre les énarques français (sauf ceux de gauche) et doit dire à ses collegues à la pose café que la direction de sa boite n'est pas à la hauteur et qu'il ferait mieux. c'est tout de même amusant de voir que l'orsque une femme ou un homme de droite n'a pas bac 10 il n'est qu'un bon à rien. je rapelle également notre distingué gaucho de service que reagan bien qu'étant un acteur de série B à tout de même fait de mandat et qu'il s'en ait trés bien sorti.... alors de grace cessons de dire n'importe quoi .

    Le 16/09/2008 à 01h52
  • Christine : Palin est une ignorante qui ridicule les US - on n'a pas besoin d'une autre Bush en version femme!

    Le 16/09/2008 à 00h00
  • Terry : "elle considère que cette guerre est une mission venue de Dieu". Je vois que les medias continuent a propager les fausses informations. Cette declaration qui lui a ete faussement attribuee par un journaliste lors d'une interview, n'est en fait pas ce que Sarah Palin a dit. Comme on dit aux US, un mensonge a deja fait le tour du monde avant que la verite n'ait le temps de mettre ses chaussures...

    Le 15/09/2008 à 20h54
  • Yannick : A Pascal de Yorkshire: Obama est connu pour etre aussi un grand orateur. Comme Hitler et Mussolini aussi?? Logique a la c...!

    Le 15/09/2008 à 19h43
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