Les "527" déboulent en force dans la campagne

Par , le 17 septembre 2008 à 17h11 , mis à jour le 17 septembre 2008 à 19h10

Eclairage - Les groupes indépendants des candidats diffusent depuis quelques jours de nombreux spots pour influencer les électeurs.

born alive truthLe site internet de "Born alive truth", un groupe indépendant opposé à Barack Obama © TF1/LCI

picto papier election americain 140C'est une spécificité américaine. Outre les équipes officielles de campagne et les partis politiques, n'importe quel groupe indépendant peut, moyennant dollars, diffuser des publicités électorales. Ces associations sont généralement regroupées sous l'étiquette "527", du nom du chapitre du code des impôts auquel elles sont affiliés. L'avantage : non soumises au contrôle des commissions électorales, elles peuvent dépenser autant d'argent qu'elles souhaitent pour défendre une cause. La plupart ne sont également pas tenues de révéler leurs donateurs -certaines cumulent parfois plusieurs millions de dollars.
 
Officiellement, les "527" n'ont pas le droit de soutenir  un candidat. Mais la frontière, très floue, est généralement allégrement franchie. Surtout quand il s'agit d'attaquer l'adversaire de son champion, ce qui permet de ne pas appeler directement à voter nommément pour une personne. En 2004, le groupe "Swift boat veterans for truth"  avait ainsi diffusé un spot où il remettait en cause les états de service et assimilait John Kerry, le candidat démocrate, à un lâche. Le clip avait été dévastateur pour l'adversaire de George W. Bush. Il est aujourd'hui cité en exemple pour illustrer les dérives des "527" et des groupes indépendants.

Obama et McCain prennent leur distance

Prenant les devants pour éviter toute polémique, Barack Obama et John McCain se sont désolidarisés des agissements des "527" dès la fin des primaires. Depuis, les "527" étaient restés à la lisière des débats. Mais alors que la bataille est de plus en plus serrée, ils viennent de débouler en force, à grand renfort de publicités télévisées, envoi de mails et de messages viraux.
 
Et les deux candidats en prennent pour leur grade. Brave New PAC, fondé par le cinéaste Robert Greenwald, fait ainsi intervenir Phillip Butler, un ancien prisonnier de guerre au Vietnam, pour remettre en cause les états du service du candidat républicain. Critiquant son caractère colérique, il explique qu'avoir été "un ancien prisonnier de guerre n'est absolument pas un argument et un pré-requis pour être président", comme l'affirme John McCain. "Je n'aimerais pas que John McCain puisse appuyer sur le bouton nucléaire", conclut Philip Butler. Un autre clip réalisé par Service Employees International Union, un syndicat de salarié qui a pris fait et cause pour Barack Obama, dénonce les réalisations de John McCain en matière d'économie.
 
De son côté, Barack Obama est aussi pris pour cible. Born alive truth, un groupe opposé à l'avortement, laisse par exemple la parole à une femme qui a survécu à un avortement raté. Objectif : critiquer la position du candidat démocrate en faveur de l'avortement. "Je ne serai pas vivante si Barack Obama avait été là à l'époque", lance-t-elle, en affirmant que le sénateur de l'Illinois a voté à quatre reprises contre une loi autorisant le droit à la vie pour les bébés nés lors d'un avortement raté. Elle suggère ainsi à demi-mots qu'il est en faveur de l'infanticide. American issues project, une association conservatrice, met quant à elle en avant les liens entre le candidat démocrate avec Bill Ayers, le leader d'un groupe radical d'extrême gauche, auteur de plusieurs attentats dans les années 70.
 
Encore pire jusqu'au 4 novembre ?
 
Même si certaines sont "positives' et appellent par exemple à l'inscription sur les listes électorales, le principal point commun de toutes ces publicités est leur degré de férocité. Elles sont très négatives, parfois plus négatives que les clips officiels, ce qui n'est pas un mince exploit (cliquez ici pour voir notre page spéciale). Sans véritable surprise, chaque candidat accuse donc l'autre d'en être secrètement en partie responsable.
 
Que peut-on attendre jusqu'à la fin de la campagne ? "Cela va être encore pire", prédit le Campaign media analysis group, une société qui scrute les publicités électorales. "Les groupes indépendants vont les multiplier", ajoute son président, Evan Tracey. "En fait, les "527" et assimilés ont compris une autre chose : en étant négatif, ils ont beaucoup plus d'écho médiatique qu'en étant positif", confirme John Geer, de l'Université de Vanderbilt. 
 
C'est une sorte d'effet boule de neige : repris par les médias, un spot négatif, diffusé à peine quelques jours ou dans quelques Etats, offre une exposition gratuite en étant relayé, gratuitement cette fois, dans les journaux télévisés- les candidats ont d'ailleurs assimilé cette donnée pour leurs propres clips. Internet boucle la boucle : avec leur mise en ligne sur les sites de partage de vidéo, les publicités sont alors vues gratuitement par des millions d'Américains.
 
Le Net plus fort que les "527" ?
 
Le Net offre d'ailleurs à de simples amateurs la possibilité de se muer en sorte de "527" virtuel. Michael Brown  un vétéran d'Irak, est ainsi devenu une star d'Internet. Dans une vidéo de deux minutes "Cher M.Obama", il défend, en gros plan, la guerre, rejetant l'idée d"erreur" que Barack Obama martèle à propos du conflit. A la fin, il s'éloigne. On découvre alors qu'il est unijambiste, après avoir perdu, selon lui, sa jambe au combat. Coût de sa vidéo, chargée huit millions de fois : quelques centaines de dollars. Un rapport "clic-prix" imbattable.



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Par Fabrice Aubert le 17 septembre 2008 à 17:11
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2 Commentaires

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  • Bassaiev, le 18/09/2008 à 15h08

    Révélateur du plus grand défaut de la démocratie: la démagogie

  • Alain, le 18/09/2008 à 09h40

    C'est comme ici : pendant la campagne, les poubelles volent bas et en escardille. Et plus l'élection approche, plus elles puent. Comme disait un de nos politiciens : ils mettent de la merde dans le ventilateur

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