John McCain © TF1/LCI 
Steven Ekovich est professeur de sciences politiques à l'Université américaine de Paris.
LCI.fr : Que cherche John McCain en stoppant sa campagne et en voulant reporter le premier débat ?
Steven Ekovich : Il y a plusieurs dimensions à cette stratégie. Tout d'abord, il veut renforcer son image d'homme politique bipartisan capable d'emmener ensemble les républicains et les démocrates à la même proposition de loi. Cela correspond bien à son image de franc-tireur et d'homme "qui fonce", qui sait prendre des risques quand il le faut pour le bien du pays. Il est très apprécié pour cela par les indépendants.
Ensuite, les sondages qui se succèdent depuis quelques jours et le début de la crise lui sont défavorables tandis que Barack Obama profite de la situation. Même si rien n'est joué, il est en perte de vitesse. Sur ce point, il s'agit donc d'un calcul politique afin de redorer son blason et de montrer qu'il applique son principe du "pays d'abord".
Enfin, a contrario, il s'agit de montrer que Barack Obama préfère continuer à faire campagne plutôt qu'œuvrer pour le pays.
LCI.fr : Cette stratégie est néanmoins risquée.
S.E. : Oui, car il aura notamment du mal à convaincre les parlementaires républicains les plus réticents à adopter un plan d'aide de l'Etat au privé. Beaucoup trouvent également que le projet Bush est loin d'être clair. On peut dire que c'est un vrai coup de poker. Mais McCain en déjà gagné d'autres dans le passé. Au pire, si le plan n'est pas voté, il essaiera de faire porter le chapeau aux démocrates. De leur côté, ces derniers sont aussi dans une position difficile : ils ne pourront pas voter contre le plan si les républicains votent pour. Et dans ce cas, ils donneront raison à la stratégie de McCain.
"McCain tente aussi de se différencier de Bush"
LCI.fr : Quel est son intérêt à différer le débat, alors que le domaine abordé vendredi -la politique étrangère- est son point fort ?
S.E. : Là encore, chacun des deux candidats aura un argument en sa faveur. Obama va tenter d'interpréter ce refus comme une faiblesse et une peur de McCain de l'affronter. De l'autre, McCain fera en effet remarquer que c'est justement avec la politique étrangère qu'il a les meilleurs atouts pour prendre le dessus. Quoi qu'il en soit, désormais, après avoir dit qu'il irait à Washington pour trouver une solution, il ne peut plus reculer et participer au débat si le plan est adopté avant vendredi soir.
LCI.fr : Est-ce également moyen de se différencier de Bush ?
S.E. : Tout à fait. En allant au Congrès, il sous-entend que le président n'a pas bien géré la situation en présentant un plan bancal et que, lui, a la solution.
LCI.fr : Plus globalement, après avoir signé un communiqué commun, unique dans l'histoire à 40 jours d'une élection, les deux camps vont-ils mettre les attaques de côté ?
S.E. : Non. Cela va continuer. Peut-être les attaques seront-elles moins tranchantes pendant quelques jours, mais elles reprendront de plus belle plus on avancera vers l'élection. Les républicains vont mettre en avant le bilan trop à gauche d'Obama et ses relations avec son ancien pasteur, Jeremiah Wright, et avec l'agent immobilier douteux, Tony Rezko. Les démocrates vont de leur côté appuyer sur l'âge de McCain et vont l'assimiler au maximum à Bush. Mais ils devront faire attention que cela ne nuise pas à l'image d'Obama qui a toujours dit qu'il ne voulait pas d'une campagne de bas niveau.
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